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jeudi 30 novembre 2017

Changement par Claude MEILLET



CHANGEMENT

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Beaucoup de choses les unissaient car beaucoup de choses les séparaient. Leurs compagnes respectives les appelaient d’ailleurs, le trio infernal. Ils représentaient effectivement le phénomène mystérieux de l’attraction des contraires, que même Einstein n’avait pas décrypté, Qui faisait qu’ils n’adoraient tous les trois, rien de plus que d’affronter leurs points de vue. Autour, bien entendu, d’un apéro réconciliateur.
            Initié par le constat unanime d’une accélération exponentielle du changement, le débat, cette fois, portait sur la prééminence d’un des trois curseurs temporels, le passé, le présent, le futur. Jonathan, défenseur absolu du présent, se retrouvait engoncé entre sur sa droite, le tenant résolu du passé et sur sa gauche, le héraut du futur.



            Le premier prétendait mordicus que sa progéniture, enfants et petits-enfants, n’avaient plus qu’à s’arranger, vaille que vaille, avec l’héritage grisailleux, selon son terme, que les générations précédentes leur laissaient. Un monde de vieux et des continents de jeunes. Exemple, l’Europe avec des Allemands cacochymes face à des migrants en recherche d’un avenir. Une confrontation générationnelle couvant partout. Ici même ! La moyenne d’âge de la population bédouine, 14 ans, titille la moyenne israélienne, 31 ans. Une urbanisation galopante, encore. Bombay n’a pas eu le temps de se rebaptiser Mumbai qu’elle passe de 10 à 20 millions d’habitants.
            Une nouvelle fois, regardons devant notre nez. Ces Bédouins, jadis parcourant le Néguev, se retrouvent en quelques années, confinés dans un patchwork de villes et villages. L’attractivité de Tel Aviv devient telle qu’y entrer entre 7 et 9 heures tient du parcours du combattant. Le progrès technologique foudroyant, aussi. Renversant les tables. Exemple, l’intelligence artificielle qui fait et fera encore plus disparaître, très concrètement, des métiers, des emplois. C’est bien beau de se pavaner start-up nation ! Mais a t’on mesuré l’effort d’éducation, de protection, d’imagination que cela exige. Sans compter, les risques climatiques, écologiques, l’insécurité démultipliée par la prolifération des armements et l’incompétence des politiques.

            Bref, se dit Jonathan, un poids du passé qui creuse le lit du pessimisme. Comme toujours.
            Pour le second, le futur constitue le moteur premier de l’action des hommes. Et des femmes, of course. Le passé, noir ou gris, est et sera vite balayé. Compte-tenu de la vitesse prise par les évolutions du monde. Qui oblige à l’effort et non au regret. L’urgence est de porter le fer sur l’éradication de la pauvreté. Insupportable. Le futur disposera d’assez de moyens pour faire disparaître la dichotomie jusqu’ici acceptée de pays riches et de pays pauvres. Ainsi que la persistance de la faim dans le monde.
            D’accord pour nettoyer devant notre propre porte. Les 30% d’enfants qui souffrent de la pauvreté en Israël devront absolument, définitivement, rejoindre le rang des enfants heureux. Les moyens existent maintenant également pour obliger la finance à irriguer le développement économique et social. Et non plus à s’enrichir elle-même, par elle-même. Les oligarques israéliens devront partager plutôt que d’accumuler. Nous devrons apprendre à gouverner un monde interconnecté, multipolaire. L’omnipuissance comme l’enfermement nationaliste vont et devront céder la place à l’échange er à l’invention partagée. Exemple, la volonté hégémonique régionale et la fixation destructrice anti israélienne de l’Iran deviendront caduques, aussi illusoires qu’aberrantes. Sans compter, pour y répondre, les actions qui seront entreprises pour contrôler les armements, comme les menaces écologiques.

            Bref, Jonathan voyait se construire devant eux trois réunis, un nouveau monde, libéré de l’ancien, passé et présent mélangés.
            Instruit par l’expérience, il s’efforça, cette fois, à ne pas abaisser la pertinence de l’une ou l’autre position. Inutile et peine perdue d’avance. Il s’efforça plutôt à les mener toutes deux sur le terrain de la réalité intellectuelle. Avec l’appui de quelques grands maîtres, pour assurer ses arrières. « Le temps ne fait rien à l’affaire » nous a averti Molière. Pour sa droite, il dégaina « le passé n’existe pas, c’est la présence du passé » lancé par Valéry. Pour sa gauche, « le passé est sûr, l’avenir l’est moins », il choisit le renfort de De Gaulle.
            Toute cette armada d’autorités pour son propre développement. Face à un héritage du passé, conduisant génétiquement au fatalisme, face à la pré-structuration du futur, conduisant tout autant automatiquement à l’optimisme, seul compte l’instant présent. Le réel, c’est maintenant, comme on pourrait le dire plus justement en politique.  Le changement n’est pas le bourreau d’un passé qui n’existe plus. Ni la projection d’une espèce de passé qui serait devant. Le changement, c’est le moteur de l’invention permanente du présent. Ce qui serait une bonne définition d’Israël, asséna t’il finalement.
            Sous les hurlements de rire, de ses deux acolytes qui trinquèrent à sa santé mentale.


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

La question qui demeure sans réponse : comment "assurer ses arrières" quand on a le cul entre trois chaises ?