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mardi 21 novembre 2017

Avi Gabbay à la recherche d'une stratégie gagnante



AVI GABBAY À LA RECHERCHE D’UNE STRATÉGIE GAGNANTE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

  
     
        Avi Gabbay, leader des travaillistes, cherche sa voie en oscillant entre une politique de gauche et une conception de droite. Il est vrai qu’il s’inspire d’Emmanuel Macron mais la comparaison s’arrête là. Macron a créé un parti nouveau, en éliminant les «éléphants» et en rompant avec ce qui existait auparavant pour faire du totalement neuf. Gabbay s’est installé sur les ruines du parti travailliste dont 48% des militants ne l’ont pas choisi. Certains lui sont même fondamentalement opposés, d’une part parce qu’il vient du monde de la finance et de l’industrie, qui l’a rendu millionnaire, et d’autre part parce qu’ils se méfient de son passé de droite.



Gabbay avec Kahlon

            Après être venu de nulle part, son entrée en politique est tardive, en 2014, en tant que l’un des fondateurs du parti de centre-droit Koulanou, créé par un transfuge du Likoud, Moshé Kahlon. Mais en participant avec ses amis au gouvernement Netanyahou, il a été bridé et n’a pas pu réaliser le programme pour lequel il avait été élu. En décembre 2016, il décida donc de rejoindre le parti travailliste en déconfiture qui manquait de leader charismatique, et fut élu au poste de président à la surprise de la classe politique israélienne. Le pays était alors véritablement sous influence macronienne, misant sur les nouvelles têtes.

            Depuis, il est à la recherche d’une stratégie gagnante et ne donne pas l’impression d’innover, se bornant à utiliser les vieilles marmites pour une nouvelle tambouille. Il est vrai qu'en n’étant pas député, il est handicapé car il n'a pas le droit au statut de chef de l’opposition et ne dispose pas de la tribune de la Knesset pour mieux se faire connaître et transmettre ses messages politiques. Alors pour se rendre audible, il s’éparpille sur des sujets pourtant sensibles, souvent avec maladresse. Son éventuelle nomination au poste de premier ministre est purement mathématique comme le veut le système législatif de la proportionnelle intégrale où, paradoxalement, les petits partis sont les faiseurs de rois.
            Aux dernières élections législatives de 2015, sur une population de 8.120.300 personnes, 5.881.696 citoyens étaient inscrits mais seuls 4.253.336 ont voté; 28% d’abstention. Pour comprendre l’éparpillement des voix lié au système, il faut se pencher sur les résultats de l’élection des 120 députés :
Likoud (Benjamin Netanyahou) 23,40%, 30 sièges
Union sioniste (travaillistes, Isaac Herzog) 18,67%, 24 sièges
Liste unifiée arabe (Ayman Odeh) 10,54%, 13 sièges
Yesh Atid – Centre (Yaïr Lapid) 8,81%, 11 sièges
Koulanou – centre droit (Moshe Kahlon) 7,49%, 10 sièges
Foyer juif – sionistes religieux (Naftali Bennett) 6,74%, 8 sièges
Shass – orthodoxes séfarades (Arie Dehry) 5,73%, 7 sièges
Israël Beitenou, nationalistes (A.Lieberman) 5,11%, 6 sièges
Judaïsme unifié, orthodoxes ashkénazes (Litzman) 5,03%, 6 sièges
Meretz – gauche historique (Zehava Gal-On) 3,93%, 5 sièges
            Cette multiplicité des listes montre la difficulté de constituer une coalition majoritaire de 61 députés et l’obligation de «combinazione» sachant que tous les petits partis maintiennent généralement leur acquis de députés, à une ou deux unités près, et que les religieux marchandent leur participation en échange de subventions à leurs écoles talmudiques, sans aucune considération politique. Le système électoral ne permet pas de raz-de-marée à la manière de Macron et le jeu politique tourne donc autour des partis de base : Likoud, travaillistes et centristes. 

            Mais il existe certaines constantes auxquelles n’échappe pas Avi Gabbay. Il a lui aussi, à l’instar des partis «sionistes», exclu la possibilité d'une coalition gouvernementale avec la Liste Commune arabe, affirmant qu’il ne voyait rien qui «nous relie à eux». Treize sièges restent ainsi orphelins, àl'écart de la démocratie israélienne, ce qui rend le puzzle difficile à constituer.  Gabbay reste cependant optimiste : «Afin de former le prochain gouvernement, nous aurions besoin d'environ 27 mandats, alors que Yesh Atid de Lapid aurait besoin de 11». On en déduit qu'il ferait son affaire pour les 23 députés manquants pour sa majorité.
Moshé Yaalon

            En raison de l’état de guerre permanent en Israël, les listes électorales doivent impérativement inclure des représentants sécuritaires pour rassurer la population. Gabbay n'a pas fait l'erreur travailliste de 2015 et a réservé, sans citer formellement de nom, une place à un ancien membre de l'establishment de la sécurité. Il espère attirer au parti travailliste l'ancien ministre de la Défense et ancien chef d'État-major de Tsahal, Moshe Yaalon, qui a quitté le Likoud. Il s’agit d’un véritable bond politique et le jeu n’est pas gagné.
            Sur le plan sécuritaire, droite et gauche se sont toujours trouvées sur la même ligne à quelques epsilon prés, mais Avi Gabbay n’hésite pas, en passant, à égratigner indirectement Netanyahou : «L'Iran est une menace réelle pour l'État d'Israël, mais pas existentielle. De toute évidence, nous ne pouvons pas permettre à l'Iran d'atteindre les capacités nucléaires ... Il y a la phase des discours, suivie de la phase de la diplomatie à huis clos ; la dernière fois, nous nous en sommes éloignés parce que nous étions absents de la phase diplomatique; nous ne pouvions pas influer sur ce qui se passait».
Netanyahou et le rabbin Kadouri

            Mais pour draguer l’électorat de droite et religieux, le chef de la gauche a repris les thèmes traditionnels de Netanyahou. Certains risquent de préférer l’original à la copie surtout lorsqu’il s’agit de thèses inhabituelles au sein de la gauche. Avi Gabbay a affirmé que la gauche a perdu le contact avec ses valeurs juives, faisant écho à la déclaration controversée du Premier ministre aux élections de 1999, en présence du rabbin Yitzhak Kadouri, un illuminé prétendant avoir rencontré le Messie : «la gauche avait oublié ce que signifie être un Juif, savez-vous ce que la gauche a fait, elle a oublié ce que veut dire être juif »
- La Gauche a oublié ce que c'est être juif  -Mais nous nous en souvenons suffisamment pour prier pour le parti

          Avi Gabbay a fait le perroquet sur le même thème : «la gauche a oublié ce que signifie être juif. Nous vivons dans un État juif, je le crois, mais le parti travailliste s'est éloigné de cela. Nous sommes juifs et nous devons parler de nos valeurs juives. Je vous garantis, ils sont à la base de toutes les générations qui sont apparues, où tout commence, tout commence par notre Torah et nos lois et nos valeurs fondamentales».
            La tradition travailliste de David Ben Gourion, de Golda Meir et de Yitzhak Rabin a toujours été laïque bien que des religieux aient participé à l’épopée sioniste. Mais Gabbay veut attirer les électeurs potentiels modérés de la droite avec l’intention d’affaiblir le Likoud. Or ce n’est pas dans les domaines de prédilection de la droite qu’il pourra marquer des points. Concentrer sa campagne sur la religion est un choix étonnant. Il peut se distinguer du gouvernement sur de multiples autres thèmes : le combat contre la corruption, la séparation de la religion et de l’État, la lutte contre la pauvreté, la libération de terres domaniales pour construire des logements sociaux pour les jeunes couples et les nouveaux immigrants, la neutralisation des monopoles et des monopoles alimentaires en particulier, la baisse de la TVA pour les produits alimentaires de 17% à 7% pour diminuer le coût de la vie au profit des défavorisés, l’orientation d’une partie des revenus inespérés du gaz sur des investissements sociaux, et enfin une loi sur la moralisation de la vie politique pour interdire à un condamné de devenir ministre ou député.
Le ministre Arie Dhery sortant de prison et à nouveau inculpé

            Il n’a pas besoin de singer la droite pour gagner des voix. Or il a affirmé qu’un gouvernement sous sa direction n'évacuerait pas nécessairement les blocs d’implantations dans le cadre d'un futur accord de paix. En fait il donne l’impression de vouloir se situer politiquement entre le Likoud et Bayit Hayehudi, son milieu politique naturel. Enfin, il enfonce des portes ouvertes avec des positions consensuelles sur la politique étrangère, par exemple le retrait d’Israël de l’Unesco.
            À vouloir s’afficher avec des idées de droite, il reste dans la lignée de ses adversaires politiques. L'électorat risque de ne pas s'y retrouver car il se comporte comme la droite en France qui avait voulu marcher sur les plates-bandes de l’extrême-droite et qui a été balayée. La droite républicaine française a été sanctionnée par l’électorat qui, au contraire, a consolidé les voix de Marine le Pen. Avi Gabbay suit la même voie sans issue. Il peut légitimement critiquer le parti travailliste pour son atonie et son manque d’imagination et d’innovation mais il serait maladroit qu’il calque les idées de Netanyahou.
            La droite et la gauche ont des concepts politiques différents  dans les pays occidentaux mais en Israël, elles se rejoignent sur les décisions sécuritaires parce que le pays en danger doit rester uni. Elles se distinguent en revanche sur les choix économiques et sociaux et c’est là qu’il faut enfoncer le clou si Gabbay veut être original. Parler de judaïsme et de religion est stérile. Il n’est pas nécessaire de plaire aux gens anachroniques qui sont restés accrochés aux traditions du Shtetel. La religion doit sortir de la politique et rester dans les synagogues sans qu’il soit besoin d’en faire un argument de campagne.
            Avi Gabbay devrait s'inspirer de Macron qui a rajeuni les cadres et fait appel à des hommes neufs. Il doit remodeler son discours pour qu'il soit aux antipodes de celui du Likoud. Mais pour l'instant, il ne cesse de se tirer une balle dans le pied.  Il ne faudrait pas qu’il fasse du Kahlon qui avait voulu renverser la table et qui, au final, a adopté le programme de Netanyahou pour garder son portefeuille ministériel. 


3 commentaires:

Paul ACH a dit…

la stratégie d’Avi Shabbat pour ramener la Gauche au Pouvoir ne peut se trouver que dans une « Coalition » hétéroclite.
La Loi Électorale est dépassée. Il faudrait les modifications suivantes :
- Seuil d’attribution des Sièges à 10%
- Le Parti arrivé en tête bénéficie d’un bonus de 15 ou 20 Sièges
- Le Président de la Knesset ne peut voter, sauf en cas d’égalité.

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Pour l'avoir entendu plus d'une fois, et ayant moi-même fait le reproche au parti travailliste de ne pas savoir mettre en valeur les valeurs juives morales et politiques qui sous tendent la vision de nombreux "metuentes", hors du parti, mais profondément choqués par les dérives de leurs représentants officiels, tant au Likoud qu'au sein de ce qui fut le "Mafdal", et même au-delà dans la frange des électeurs de Shass, je pense qu'il lance un débat important pour la reconquête des coeurs, même si cela se fait au détriment d'une gauche qui ne connaît pas l'ADN du Mapai historique. Un tel retour n'est pas seulement un artifice, c'est à mon avis un devoir national, vis à vis de notre avenir d'Israéliens. Les dérives nationalistes et fascisantes de ceux qui se disent "Juifs" et le crient à tout bout de champ, sont pour beaucoup le contraire de ce que la majorité des modérés considère comme des influences négatives des idéologies extérieures tout autant que le communisme et le stalinisme le furent à "gauche".

Il est grand temps de nous ressaisir et de mettre les meilleurs cerveaux sur un programme qui souligne les vertus de la pensée juive et ne laissent pas le champ libre aux populistes manipulateurs qui surexploitent ce filon...

Gilbert BRAMI a dit…

La Stratégie gagnante, face aux périls, ne peut être que celle de l'union nationale ! Il faut qu'enfin qu'on s'arrête de gouverner avec une voix de majorité et ainsi être soumis au chantage de fanatiques de tout bord !