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vendredi 6 octobre 2017

Personnage par Claude MEILLET



PERSONNAGE

L'opinion de Claude MEILLET

            

          L’intersection entre l’artifice médiatique et la réalité humaine. Moment rare. Surpris, fasciné, il observa ardemment la rencontre. Allongé sur un divan, dans un décor, une mise en scène, un style d’interrogation convenus, un humoriste célèbre était supposé livrer à un célèbre animateur de télévision, des réponses vérités dans un exercice de psychanalyse factice. Ce jeu de rôle se passait bien. Amusant, intéressant même. Jusqu’à l’évocation de la disparition précoce de la mère de l’humoriste. Jusqu’à l’envahissement brutal, incontrôlé, de l’émotion vraie, irrépressible, chez l’humoriste. La voix tremblée, le bord de larmes. La satisfaction rentrée de l’animateur psy d’avoir soudain fait surgir la réalité du drame humain enfouie sous la représentation d’amuseur. Par pur professionnalisme, le personnage comique reprit vite le dessus. Mais Jonathan gardait en mémoire l’instant de fracture et de révélation.




            D’autant plus que la fascination ressentie le renvoyait à l’exacerbation d’un constat. Celui de l’effet de grossissement et de multiplication des personnages provoqués par la sur-médiatisation. Nul n’est épargné. Le dirigeant syndicaliste communiste qui arbore sa moustache à la Peppone. Symbole d’appartenance et d’engagement. Le tribun, vieux routier de la politique, qui se ressource en représentant vibrant de la colère et la frustration populaire, avec pour oriflamme une veste prolétaire.  Le ministre fortement engagé dans la religion, qui instille par touches successives dans le système éducatif laïque, un enseignement religieux sous couvert de la nécessité du renforcement de la conscience patriotique.  Le cardinal onctueux qui revendique dignement l’application du jugement ecclésiastique aux errements sexuels de prêtres éducateurs. La vedette sportive multi millionnaire qui relie à son pur amour du football sa revente sur le marché mondial des grands clubs nationaux. Les stars du show-business qui apportent en toute humilité leur notoriété, en participation au spectacle télévisé à vocation humanitaire, cadeau de notoriété que la notoriété du spectacle leur rend bien.

            La surexposition crée de plus en plus un monde de théâtre de guignols. Avec pour spectateurs, les personnes ordinaires réelles qui sont priées d’applaudir aux exploits des bons, à acclamer la punition des méchants, d’admirer la force du gendarme et de saluer comme il se doit la victoire du héros. Avec pour risque aussi, que l’habit du personnage, trop grand ou trop petit, mal ajusté à la vraie personnalité, révèle la supercherie et que les spectateurs passent de la contestation à l’opposition ou plus, à la révolte.
            Jonathan porta son interrogation sur l’opposition, pour ne pas dire la contradiction, entre le côté fortement réducteur d’un personnage créé pour les besoins d’une cause ou d’une autre, et la dimension fondamentale de la complexité que porte en elle toute personne humaine. Il s’interrogeait par exemple sur le personnage de nationaliste extrémiste qu’un premier ministre assumait ostensiblement, par réalisme politique, gâchant sans doute et faisant peut-être disparaître une personnalité humaine, culturellement, historiquement, infiniment moins rustique et monolithique. Il pensa à l’exemple de ces grands patrons de la médecine, qui mettaient de côté leur savoir et, leur expérience pour céder aux sirènes affriolantes mais appauvrissantes de la politique, en y perdant toute la richesse dont ils étaient porteurs.

            Il pensa, à revers, aux cas où la force de la personnalité s’était imposée au personnage et l’avait transformé en une personne universelle. La sagesse innée chez Nelson Mandela, renforcée par son parcours politique, l’a transformé en représentant iconique de la paix raciale et économique. Gandhi avait, avant lui, apporté à la démarche non violente d’un peuple tout entier, sa propre dimension philosophico-religieuse.
            Il se souvint du cas individuel d’un homme que des circonstances de guerre avait hissé d’une personne ordinaire à un personnage héroïque. Il repensa à cette population pionnière qui a su mobiliser collectivement ses forces et vertus spécifiques pour créer en un temps record et dans de conditions extrêmes, l’Etat d’Israël.

            Et il se dit que le couple personnage/personnalité pouvaient certainement être chargé de toutes les indignités et de tous les honneurs.

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Que du beau monde sur le divan du célèbre animateur de télévision. Ainsi ce personnage, "Beautiful people" s'il en est, qui selon ses proches "avait cette faculté de forcer le respect partout où il allait", qui avait affirmé : "Vous me direz, si une bombe explose le 24 mars sur les Champs-Elysées à cause de la Manif pour tous, c'est pas moi qui vais pleurer." Pas de doute, cela force le respect !