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jeudi 26 octobre 2017

Paranoïa par Claude MEILLET


PARANOÏA

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Ça avait commencé par une affirmation musclée : «C’est de l’inconscience pure». A laquelle avait répondu un «C’est de la pure paranoïa» non moins définitif. On est mal parti, ne put que constater Jonathan. S’interrogeant sur la pertinence de l’initiative qu’il avait prise de cette rencontre. D’un côté une amie, israélienne depuis trente ans, belge d’origine, avocate retraitée, politiquement de droite. De l’autre un copain, suisse lui, prof de médecine, juif, visiteur épisodique d’Israël, politiquement de gauche. En leur annonçant hardiment à tous deux, «Tu vas pouvoir débattre avec quelqu’un d’intéressant, parce qu’il n’est pas de ton bord».



            Le droit israélo-belge avait ouvert le tir. Sans sommation. «La gauche a-t-elle sa place dans un pays aussi équilibré que l’est la Suisse ?». Ainsi stimulée, la médecine suisse gauchisante avait répliqué très fort. Les réseaux sociaux, la bonne presse israélienne, qu’il avait examinés avant de venir, regorgeaient de condamnation sans appel de la gauche.  Le mal absolu. La diabolisation totale. Qui ne faisait qu’exprimer de façon extrême, une attitude généralisée de la droite. Caricaturant sans complexe, ni vergogne, ni la moindre nuance, toutes les actions, les pensées, les personnes de l’autre camp. Celui du défaitisme, du laisser-aller, de l’irresponsabilité. Rejoignant l’extrême-droite dans la désignation de l’ennemi. Et dénaturant ainsi les règles même de la démocratie.
            De Trump menant le détricotage éperdu du legs de son prédécesseur, dangereux gauchiste, au pays d’Europe de l’Est se recroquevillant dans l’isolationnisme et le nationalisme. Et ici, le règne ininterrompu d’un gouvernement se droitisant de plus en plus, favorisé par l’évanescence d’une gauche désincarnée, infiltré par l’extrémisme religieux, conduit à l’arrogance la plus triomphante. Se déversant également sur les arabes intérieurs comme extérieurs. La pure paranoïa.
            C’en était trop. L’inconscience pure répondit du tac au tac l’avocate. Double. La diabolisation pour commencer. Ça n’est pas un comportement, un parti-pris. Nous ne tirons pas sur une ambulance. C’est un constat. Ce n’est pas un hasard si, partout la gauche s’est effondrée. Ses recettes ne sont plus appropriées au monde moderne. Même modérée comme en Allemagne, encore plus, dictatoriale comme au Venezuela, elle n’apporte plus les bonnes réponses. Ce n’est pas seulement la droite qui le dit. Ce sont les électeurs. Et, les électeurs, c’est la démocratie, n’est-ce pas ?
            Jonathan ne pouvait s’empêcher de goûter la confrontation entre la solidité de la démonstration du médecin et la brillance de la plaidoirie de l’avocat.  Quant à ici, en Israël. Il se trouve que nous sommes sur une terre de tous les dangers. Où les risques sont exacerbés. Et donc, où les solutions exigent une certaine radicalité. Toute notre attitude regardant la population arabe relève d’un seul souci. Celui de la survie de notre pays. Vos amis français appelleraient ça, le principe de précaution.
            L’échange verbal baissa d’un ton, au grand soulagement de Jonathan. Mais il garda sa verdeur de fond, à sa grande inquiétude. Le médecin évoqua le risque, pour Israël, de perdre son âme dans sa focalisation identitaire. A quoi opposa l’avocate, le risque couru par l’Europe, en particulier la France, la Suisse, elle ne savait pas, de perdre son identité sous l’effet d’une invasion musulmane.
            Pour reprendre la main, conserver une double amitié et favoriser un rapprochement, non des points de vue mais des personnes, Jonathan proposa de rentrer les couteaux intellectuels. Il sortit de son chapeau la fameuse «stimulation créatrice» qu’il avait donnée pour raison de cette confrontation, présumée amicale. Le changement en accéléré du monde crée pour tous la perte de repère, le bousculement des systèmes de pensée. Et pousse aux extrêmes. En même temps que cette mutation ouvre des perspectives fantastiques. Pour peu qu’on sache se débarrasser des schémas simplificateurs dépassés. De gauche comme de droite, glissa-t-il, faussement innocent.
            En Israël où une poussée créative ne serait pas de trop. De la part de la droite pour rétablir des équilibres perdus. Entre riches et pauvres, entre la majorité et les minorités. Pour rétablir la séparation entre la religion et l’Etat. Pour remplacer l’idéologie politique par le réalisme de terrain. Pour associer une dynamique de paix israélo-palestinienne à la préservation de la sécurité de la part de la gauche pour réinventer une alternative vraie et crédible. Pour réinitialiser ses principes-source d’humanisme. Probablement en Suisse où la neutralité crée le risque de l’endormissement. Plus généralement en Europe. Pour traiter dignement le phénomène des flux d’immigrants. Pour inventer une intégration encadrée et dynamique des populations musulmanes. Pour assécher le terrorisme dans ses fondements.
            Sans oublier, jeta Jonathan pour rasséréner l’atmosphère et redescendre de la joute socio-politique au réalisme tout-terrain, la définition qui veut que la dictature, c’est ferme ta gueule et la démocratie, c’est cause toujours.


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Et si l'idée de cette rencontre n'était ni de l'inconscience, ni de la paranoïa, mais tout simplement de la foutaise ?