Après l’affichage du premier article, le chargement des articles suivants nécessite environ une minute d’attente.

ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


 

vendredi 20 octobre 2017

Oxymore par Claude MEILLET



OXYMORE

L'opinion de Claude MEILLET

                
Lunettes de réalité virtuelle

          Les mots et la chose l’avaient toujours interpellé. «Réalité virtuelle». Et le verdict était tombé. Son amie israélienne lui avait déclaré, péremptoire comme d’habitude, c’est un oxymore. Ce qui semblait occire pour toujours, la virtualité de la réalité. Soucieux de vérité, il avait cependant précautionneusement osé : «ça n’est peut-être pas contradictoire, seulement paradoxal». Là encore, la réponse fusa, sans appel. «Ah, la culture française ! Vous préférez le paradoxe, la contradiction est trop violente ! Le réel, ça existe, le virtuel, ça n’existe pas».

          Murmurant en lui-même, comme Galilée avec son «et pourtant elle tourne», «et pourtant la réalité virtuelle, ça existe», Jonathan, piqué au vif, s’obligea à recenser quelques contradictions incontournables. Des oxymores de faits et non de mots, en quelque sorte.


            C’est vrai, se dit-il, Il se trouvait réellement interpellé par la marée médiatique déclenchée par la soudaine mise en lumière de prédation sexuelle par un magnat de la production hollywoodienne. Alors qu’en parallèle, existait dans le monde, était connue de tous, une marée, bien réelle aussi, de viols de femmes, jeunes filles, d’enfants. Actuellement. Dans les villages rohingyas saccagés par les militaires birmans. Depuis longtemps. Au Moyen Orient dans les territoires jadis ou encore occupés par Daesh, en Afrique Centrale, au Soudan, en Inde… Sans qu’en dehors de reportages périodiques, à l’audience confidentielle, la machine informationnelle mondiale ne se mette en marche. Aucune mobilisation. Indignation sélective. On peut sans doute nommer ça oxymore.
            En y réfléchissant, se dit encore Jonathan, le monde est effectivement plein de contradictions. Qui sont plus que des paradoxes. Le président des Etats-Unis s’acharne contre un traité existant, généré par son prédécesseur, limitatif des velléités nucléaires guerrières de l’Iran. Et s’avère impuissant à contrôler les mêmes velléités, hautement affirmées, d’un dictateur Tartarin nord-coréen. Omnipuissance limitative ou faible surpuissance, au choix. En tout cas, encore, oxymore.
            Qu’en dirait donc, cette amie, si oxymorienne ? De tous les pays du monde, Israël est sans aucun doute le pays où un simple mot, celui de camp, fait partie des plus maudits du vocabulaire. On nomme donc l’endroit où sont détenus les réfugiés illégaux, dans le désert du Néguev, Centre de détention. Nom dénominant, ou vocable furtif, au choix. Mais, malheureusement, dans le fond comme dans la forme, encore, oxymore.
            Et cependant. Dans son obstination galiléenne, il revint à sa fameuse réalité virtuelle. La contradiction apparente correspond à une vérité de fait. Elle nomme l’aboutissement d’un développement technologique indéniable, inattaquable. La technique informatique permet de créer un environnement physique artificiel au milieu duquel on simule la présence de l’utilisateur. Qui peut alors reproduire virtuellement mais avec le sentiment de la réalité, des sensations de vision, de toucher, d’odorat même. Les Anglais, toujours plus réaliste que ces Français jugés incorrigibles par cette amie, parlent de Virtual reality. C’est-à-dire de quasi réalité.
            Il se retint d’argumenter avec une interlocutrice qu’il connaissait comme ferme dans ses opinions. Ce qui, en soi, pouvait être assimilé à un oxymore se fit-il le petit plaisir de penser. Mais il aurait pu tenter de lui faire valoir les innombrables retombées pratiques de cette avancée technologiques. La formation des pilotes, l’exploration anatomique en médecine, la simulation d’hypothèses en architecture, en urbanisme, l’exploration de nouveaux univers artistiques…. Il se retint également par pacifisme aigu, d’évoquer l’autre provocation que constitue l’oxymore intelligence artificielle. Ainsi que tous les développements, menaçants ou prometteurs, que recélait cette autre virtualité. 
            Jonathan garda aussi pour lui la réflexion que provoquait ce rapide inventaire. La dynamique de la contradiction, donc la vertu première de l’oxymore, alimente peut-être la richesse potentielle de la pensée humaine. Les artistes, ces découvreurs, peuvent en témoigner. Antonin Artaud disait déjà du théâtre qu’il est une réalité virtuelle. Il jugea opportun de ne pas se référer à l’humour trop français d’un Pierre Desproges qui lançait «Si en réalité pure, on a toujours raison de ne pas avoir tort, en réalité altérée, on a souvent tort d’avoir raison». Et il garda soigneusement pour lui, le sentiment que le paradoxe constituait sans doute la meilleure voie vers la puissance intrinsèque que porte en elle la contradiction.


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Dieu soit loué l'OXYMORE - OXYMORON, lui, existe bel et bien !
Je l'ai trouvé chez monsieur Littré, coincé entre - l'adjectif OXYMÉTRIQUE "qui a rapport à un procédé de dosage par volumes de la quantité d'acide libre ou de sel, renfermé dans une substance quelconque" (et pourquoi pas, aussi, dans un article paradoxal ?) - et l'adjectif OXYMURIATIQUE qui en chimie, "se disait du chlore quand on le croyait composé d'acide muriatique et d'oxygène."
Mais voilà que MURIATIQUE "se dit d'une paludine qui vit dans les eaux saumâtres", et qu'une PALUDINE est un "mollusque d'eau douce proche de l'escargot."
Je vais donc soigneusement garder pour moi que l'OXYMORE, plus joliment appelé : OXYMORON, est peut-être un mollusque qui peut se mettre à toutes les sauces !