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samedi 14 octobre 2017

Gravitationnelles par Claude MEILLET




GRAVITATIONNELLES

L'opinion de Claude MEILLET


            

          Les gravitutionnelles, tu sais ? – Non, les gravitationnelles – Oui, gravitationnelles, si tu veux. Mais tu sais ce que c’est ? Interpellé par sa petite nièce qui, visiblement, n’était pas à un u ou un a près, mais qui, fermement aussi, réclamait de sa part une réponse circonstanciée, Jonathan se gratta mentalement l’intérieur du crane. Se montrer à la hauteur d’un adulte super sachant, certes. Mais la bataille promettait d’être serrée.




            Douze minutes et trente secondes d’explication, temps maximum d’attention possible : on ne dit pas les gravitationnelles mais les ondes gravitationnelles. La gravitation est une force d’attraction réciproque des corps. En fonction de leur masse et leur distance. Les trous noirs. Enormes. Dans l’espace. Leur collision, comme une grosse bille dans un espace élastique. Qui crée des ondes, tes gravitutationnelles ! Il interrogea : «t’as compris ?», pour obtenir un «c’est facile» déroutant, dévalorisant. Épuisé, mais mission accomplie, il se laissa alors à divaguer. Pour le plaisir.
            Il ne put s’empêcher de se demander de quel choc originel pouvaient bien provenir ces ondes mystérieuses qui faisaient que deux des trois Prix Nobel 2017 de physique, nommés pour avoir justement les premiers détectés des ondes gravitationnelles, se trouvaient être juifs. Validant de la sorte la théorie de relativité générale, élaborée par Albert Einstein, lui-même …… 



            Il s’offrit ensuite le kif comme aurait dit sa petite nièce, de creuser un peu plus le trou noir qu’était pour lui l’Histoire. Qui diffuse dans un espace/temps totalement déformé, des ondes gravitationnelles perturbatrices du temps présent. Telles ces transferts historico-religieux issus d’une époque aussi mystique qu’ancienne, qui venaient se superposer et brouiller les ondes d’un passé récent, celui d’un sionisme encore tout chaud. Telles ces ondes, prétendument détectées par les faussaires de Daesh, faisant ressurgir dans les temps modernes les temps des califats soi-disant triomphants. Justifiant ainsi l’absolu de la reconquête de tout l’espace terrestre par un califat utopique. Et le retour d’une sauvagerie masculine, débarrassée de tous les gains et augmentée de tous les moyens de l’humanité contemporaine.
            Il navigua dans l’espace/temps insondable de la mémoire. Celui des souvenirs spontanés. Qui font renaître tout vifs des mondes disparus à la simple évocation de noms ou de détails magiques.  Beatles, de Gaulle, la voix crépusculaire de Malraux pour célébrer Jean Moulin, la voix rocailleuse de Jean-Paul VI, la chevelure hirsute de Ben Gourion. Celui des souvenirs forcés. La chute du mur de Berlin et le bruit du communisme qui s’effondre. L’assassinat de Kennedy, l’effondrement des tours de Manhattan en feu, apparaissant soudainement dans des postes de télévision dans les vitrines de magasins au détour de rues de Paris.
Malraux

            Il se fit porter par le tsunami gravitationnel technologique, médiatique, raccourcissant le temps et l’espace modernes d’un monde-village en ébullition. Qui superpose en instantané la énième réconciliation Fatah/Hamas et la énième visite du premier ministre israélien à un pays d’Europe de l’Est nationaliste, les péripéties du Brexit et la répression musclée du séparatisme catalan, la multi-pénultième bévue du président des Etats-Unis et le musellement impitoyable de la moindre opposition en Russie…
            Il se reprocha de ne pas avoir illustré sa démonstration à sa petite nièce, avec l’exemple de son univers, à elle. Celui de l’enfance. Qui remonte, par vagues successives, plus ou moins perceptibles dans la vie de chacun. Transformé par le laboratoire étrange de la mémoire en une sorte de paradis perdu.
            Il se complut à suivre dans les arcanes de la vie politique, les traces gravitationnelles de l’impulsion donnée à la vie publique par le siècle des Lumières. Traces qui, dérogeant à la loi d’invariabilité de la vitesse de la lumière, disparaissent, renaissent, ralentissent, accélèrent, selon les temps et les lieux. Surgissant de nouveau dans le discours européen volontariste du jeune président français. S’évanouissant dans les pays continents que sont la Chine ou la Russie.
          Des ondes particulières lui remirent en mémoire, l’explication de la gravitation par le gradé militaire à ses soldats. Comment un obus tiré en l’air, retombe sur la terre. Et s’il retombe dans l’eau, c’est l’affaire de la Marine.
            Mais il préféra se souvenir de l’attraction gravitationnelle qui l’avait poussé épisodiquement au rapprochement avec des personnes du sexe opposé. Une façon aussi agréable que la dégustation de petites madeleines pour Marcel Proust, de goûter au bonheur ondulatoire du temps retrouvé.


2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Gravitationnelles ou pas, cette fois les ondes se propageront directement de vous à nous ! Soyez-en remercié.
Mais comme la perfection n'est hélas, pas de ce monde, souffrez que je vous signale qu'il y a gourance sur le nom du pape : il eût fallu choisir - bien que j'aie deviné duquel vous vouliez parler - entre Paul VI ou Jean-Paul II, car Jean-Paul VI n'existe pas, enfin pas encore !

Claude Meillet a dit…

Exact, Marianne au prénom prédestiné.
J'ai eu un soupçon mais la flemme de vérifier.
Donc mea culpa et toda