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jeudi 26 octobre 2017

Erdogan-Trump : rupture consommée



ERDOGAN-TRUMP : RUPTURE CONSOMMÉE

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

        
Le 21 septembre 2017
          Les Etats-Unis et la Turquie sont pratiquement arrivés au point de non-retour en raison de l’entêtement de leurs dirigeants. Le pays d'Erdogan, qui représentait un pion important dans la stratégie américaine au Moyen-Orient au point de surclasser Israël dans le cœur des présidents américains, est tombé en disgrâce. Les conflits et les mesures discriminatoires enveniment les relations sans qu’aucun des présidents ne fasse de geste tangible pour détendre l’atmosphère.



Consulat américain à Istambul

             Washington et Ankara ont engagé une «guerre des visas» après l'inculpation de deux employés du consulat américain à Istanbul, placés sous mandat d’arrêt par la justice turque. L’un d’entre eux a été inculpé pour espionnage. En réaction, Washington a suspendu l’essentiel des services de délivrance des visas en Turquie, une mesure à laquelle Ankara a répliqué en annulant ses propres services de visas aux Etats-Unis.
             Le traité d’extradition est complétement ignoré des deux parties puisque les Etats-Unis ont refusé d’extrader l’auteur présumé du dernier coup d’État. Les deux pays soutiennent des camps opposés dans les guerres régionales tandis que les alliances régionales démontrent une forte opposition stratégique. L’ancien ambassadeur américain à Ankara, John Bass, a dénoncé «les actions motivées par la vengeance de certains au sein du gouvernement turc». Les Turcs accusent les Américains d’être indirectement impliqués dans la tentative de coup d’État de juillet dernier puisqu’ils hébergent le responsable présumé du putsch, Fethullah Gülen, exilé aux États-Unis depuis 1999.
John Bass

            Erdogan accuse Trump de trahison parce qu’il entretient des relations étroites avec des groupements kurdes liés au PKK, l’ennemi centenaire des Turcs. En effet, les États-Unis soutiennent, arment et financent deux groupes kurdes syriens d’opposition, le PYD (Parti de l’union démocratique) allié du YPG (Unités de protection du peuple) considérés comme des alliés du PKK, les Kurdes de Turquie qui luttent avec violence pour leur indépendance. La Turquie considère ces groupes comme «terroristes».
            Par ailleurs les Américains ont peu apprécié le rapprochement de la Turquie avec l’Iran et la Russie. Mais les Turcs se défendent d’être en phase totale avec les Russes et les Iraniens sur plusieurs questions et prétendent que leur intérêt réside dans un ancrage à l’Ouest. Mais des éléments viennent s'ajouter aux désaccords. La négociation entre la Russie et la Turquie à propos de matériel anti-missile de haute technologie  est contradiction avec l'armement des pays appartenant à l'OTAN, comme c'est le cas de la Turquie.

            Bien sûr les diplomates tentent de minimiser la crise ; c’est leur métier d’éviter une détérioration plus aiguë des relations bilatérales qui aurait des conséquences sur les échanges économiques. La question épineuse de la base aérienne d’Incirlik, occupée par les Américains, n’est pas abordée pour éviter un affrontement entre les deux parties. Il n’est pas certain qu’Erdogan mette ses menaces à exécution en fermant la base. Les observateurs politiques pensent qu’il s’agit uniquement d’une position démagogue réciproque.  Erdoğan cherche à courtiser ses électeurs, tandis que Trump cherche à flatter le Congrès américain. Ils peuvent difficilement accepter un revirement politique qui pourrait être interprété comme une position de faiblesse. Mais le conflit entre les deux pays pourrait échapper à leur contrôle et déboucher sur une rupture totale.
            Ses gardes du corps ayant été inculpés aux États-Unis pour avoir pris part à une bagarre générale entre opposants et partisans du dirigeant turc, Erdogan a qualifié les États-Unis de pays «non civilisé» : «Si des mandats d’arrêt de 13 gardes du corps sont émis dans le pays où je me rends en visite sur invitation, je ne peux, malheureusement qualifier ce pays comme civilisé». Suite à l’incident, 19 personnes ont été inculpées, dont 13 gardes du corps d’Erdogan.

            Pour l’instant une rupture des relations diplomatiques et stratégiques entre la Turquie et les États-Unis est inconcevable. Erdogan ne veut pas sortir de l'OTAN et l'Union européenne a besoin de la Turquie dans la région. Mais il exige pour renouer les bonnes relations que les États-Unis, qui ont trop besoin des Kurdes pour se battre contre Daesh, baissent l'intensité de leur aide aux Kurdes de Syrie.
            Il faut dire que Trump a une position ambiguë vis-à-vis des Kurdes. Alors qu’il les soutient en Syrie, il a condamné l'organisation du referendum du 25 septembre pour la création d'un État kurde en Irak. Pour lui, un État kurde serait une nouvelle couche de chaos qui risque de s'ajouter à celle qui existe déjà. C'est trop dangereux dans la situation actuelle de Moyen-Orient. D’ailleurs à la suite de ce referendum que le gouvernement central irakien a jugé illégal, Bagdad a d'ailleurs pris de nouvelles mesures de rétorsion économiques et judiciaires contre le Kurdistan irakien, multipliant les menaces sans toutefois détailler ses décisions.
        Erdogan et Trump comptent sur un arbitrage extérieur pour raviver des relations en berne.



2 commentaires:

denis sabrié a dit…

Erdogan et une partie de son "peuple" ne veulent toujours pas reconnaître le génocide envers les Arméniens, ce dictateur est un dangereux malade et il serait temps pour les occidentaux d'y mettre un terme !

Toujours aussi bien documenté Mr Benillouche, merci pour nous faire partager votre savoir..

Georges KABI a dit…

Pour la petite Histoire: sans les Turcs, la Coree du Sud n'existerait pas.
En 1952, l'armee americaine est en plein chamboulement, les Francais sont empetres en Indochine, les Anglais en Afrique de l'Est. Seul les Turcs ont une armee bien organisee et bien armee par les USA et arrivent a temps pour repousser l'invasion sino-coreenne.
Ce genre de services ne soublie pas si vite, ni aux USA, ni encore moins en Turquie.
Et question subsidiaire: qu'a fait Israel pour les USA?