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jeudi 21 septembre 2017

Transformation Par Claude MEILLET



TRANSFORMATION

L'opinion de Claude MEILLET

            
Paris quartier bobos

          Il se souvenait d'eux. Le frère et la sœur. Tee-shirts et jeans troué. En bagarre permanente et élans d'adoration épisodiques. Et les voilà grandis, studieux, complices, solidaires en face de leurs parents inquisiteurs. Comme Belleville, prolo, déglingué, vaguement limite, était devenu un quartier quasi bobo, jeunard, parsemé de boutiques hi-tech, de bistrots branchés. Comme ce copain, cravaté, chic, cadre bien cadré dans une banque respectable, qu'il retrouvait, col ouvert, en baskets, dirigeant en toute décontraction la jeune équipe de sa startup. Comme ces Français, recroquevillés, pessimistes, devenus soudainement mobilisés, pro-actifs. Comme les Israéliens, passant à l'inverse, de l'enthousiasme solidaire au fatalisme individualisé.




            Tout se transforme. Tout le temps. Partout. Le changement sémantique opéré par Emmanuel Macron renvoyait Jonathan à ce constat constant. Le président français venait effectivement de gommer le mot «révolution» au profit de «transformation». Darwin aurait été d'accord, s’était dit Jonathan.
            Son copain, tout neuf patron de sa start-up, lui avait expliqué, en long et en large. Le travail n'est plus ce qu'il était, et le sera de moins en moins. L’équilibre vie professionnelle / vie privée est dès maintenant privilégié. Les jeunes, en particulier, en font une de leurs exigences premières, avec le travail en équipe. Un des leaders américains du conseil aux entreprises vient de refondre son mode operationnel. Plus de bureaux individuels mais banalisés, mini salles de réunion multipliées, télé travail, pas de bureau directorial (ça évite le dictatorial) … remplacement de la verticalitépar le transversal. Sans compter les effets immédiats de l’informatisation, de l’Internetisation – son copain, embarqué dans sa démonstration osa l'expression -.  Les métiers changent, se fragmentent. «On compte 25.000 métiers en France, par exemple. Tu te rends compte !».  «Ça compte, tu as raison» confirma Jonathan pour faire tomber les décibels.
Grand Paris

            Il se remémora une autre démonstration. Celle que lui avait fait récemment une autre amie, architecte. Le phénomène irrésistible de l'urbanisation représentait une aubaine pour sa profession. La rénovation, la création de nouveaux pôles, les grands projets comme celui du «Grand Paris», les ouvrages d'art associés aux lignes de transport qui innervent un pays en plein développement comme Israël, les centres culturels, sportifs qui se multiplient, tout cela offre à nos équipes des champs d'intervention multiples et diversifiés. «Regarde en Chine ce bon Xi Jinping qui va créer, de scratch, une ville nouvelle écolo, câblée, et tutti quanti lui dit-elle dans un chinois italianisé, Zion Gang, de 20 millions d'habitants. Tu te rends compte ?». «Je me rends compte»  avait déjà murmuré Jonathan.
            Inutile d'insister, avait-il eu chaque fois l'envie d'opposer à la verve et au verbe transformateurs. C'est une évidence pour les hommes d'un certain âge, c’est-à-dire d'un âge certain pensait-il mélancoliquement. Nous avons connu en vérité une succession ininterrompue de mondes très différents, qui ont suscité des émotions, des sentiments, des pensées très différents. L'admiration pour la transformation de l’espérance à l’expérience sioniste, pour la création de l’État israélien, pour l'invention d'un pays moderne, innovateur à partir du rien, pour sa force face aux forces hostiles. La déception pour les dérives démocratiques et l'immobilisme politique. L'effroi devant les révélations des drames immenses générés par le véritable maoïsme et l'aboutissement de la révolution communiste. La confusion devant la perversion qu'introduit la marchandisation du monde dans la notion contemporaine de «valeur», plus liée à l'univers de la finance qu’à celui de la morale.
Paul Valery

            De fait, les organisations, la société sous ses différents aspects, économique, sociale, politique, culturel, les hommes, femmes y compris et peut-être encore plus, sont tous des «organismes de transformation». L’évolution naturelle, darwinienne, et les transformations humaines sont de même nature. Elles visent à adapter et améliorer la vie. La différence tient à ce que la transformation par l'homme pour préserver la vie, s’inscrit en outre dans ce que Valéry appelle «l’immense aventure humaine». Concrétiser, peu à peu, le rêve révolutionnaire de liberté, égalité, fraternité.
            À partir de l’évolution du vocabulaire présidentiel, de révolution à transformation, Jonathan se demanda si les Grands de ce monde, dans leur réunion annuelle onusienne par exemple, se préoccupaient du double niveau de la transformation de la société contemporaine.

          Sous peine de risquer de rendre plausible l’analyse faite par Boris Vian, «l’évolution inéluctable qui, parallèlement à ce grand courant du singe pour aboutir à l’homme, part de l’homme pour aboutir à l’imbécile».

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