Pages

samedi 2 septembre 2017

Poutine joue l'Iran contre Netanyahou



POUTINE JOUE L’IRAN CONTRE NETANYAHOU
Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps
            

          C’est dans l’indifférence totale des Américains que Poutine a décidé de jouer la carte iranienne contre Netanyahou. On peut se demander si Israël n’a pas intérêt à mandater le russophone Avigdor Lieberman pour tenter de recoller les morceaux entre les deux dirigeants. La dernière rencontre du 23 août a été un fiasco total au point qu’en Israël, elle a été qualifiée de «trahison russe». Poutine a opposé une fin de non-recevoir aux demandes du premier ministre israélien.




            Il faut se reporter à la Pravda, le journal d’État russe, organe du parti communiste, pour comprendre les raisons qui ont poussé la Russie à faire passer l’alliance avec l’Iran avant toute autre considération politique : «Le cauchemar de Netanyahou a fini par devenir réalité. La force Al Qods du Corps des Gardiens de la Révolution islamique et le Hezbollah s’implantent en Syrie pour s’attaquer à Israël».
            Malgré le ton apocalyptique utilisé, Netanyahou n’a pas réussi à convaincre son interlocuteur du danger de cette proximité. La réponse de Poutine a été sans détour : «L’Iran est l’allié stratégique de la Russie au Moyen-Orient, bien qu’Israël soit aussi un important partenaire de la Russie dans la région et que Moscou ne perde jamais de vue les intérêts d’Israël». 
            La Pravda a rapporté le verbatim de l’entretien : 

«De toute évidence, le Kremlin fait un très difficile numéro d’équilibriste pour préserver l’équilibre dans ses relations avec l’Iran et Israël. À Sotchi, Netanyahou n’en était pas à son premier tête-à-tête avec Poutine. Plus de six fois, il a rencontré le président russe et mais vu qu’il est l’un des derniers survivants de l’ancienne génération de dirigeants israéliens, on s’attendait à ce qu’il fasse preuve de sang-froid alors qu’il évoquait la menace iranienne. Et bien non, il a donné libre cours à ses sentiments, quitte à se ridiculiser. Les témoins rapportent sa mimique curieuse et ses grimaces d’homme terrifié quand il décrivait devant son interlocuteur la «fin apocalyptique d’Israël» qu’irait provoquer l’Iran, si ce dernier maintient sa présence en Syrie. Or la réponse de Poutine n’avait rien de moins qu’un «désolé, je n’y peux rien».
Hezbollah en Syrie
       
     La position de Poutine a changé littéralement. Mais la Pravda a donné une explication inquiétante pour Israël : «l’indifférence affichée par Poutine à l’égard de Netanyahou et de ses menaces de guerre directe contre la Syrie, l’Iran et le Hezbollah prouve à quel point le président russe est conscient des limites de l’action israélienne». Pour Poutine, le roi est nu.

            Après ses discussions avec Donald Trump, Vladimir Poutine a eu la conviction qu’Israël n’était pas en mesure de déclencher une guerre d’envergure contre la Syrie ou contre l’Iran sans le feu vert indispensable des Américains. Selon des informations qui ont filtré jusqu’à lui, il soupçonne même l’opinion israélienne de ne plus soutenir les positions de son premier ministre et de ne plus être favorable à la guerre si elle peut être évitée. Alors il exploite à fond cet état d’esprit.
            Il est vrai que les hauts responsables israéliens de l’armée et des services sécuritaires sont très prudents quand il s’agit de se lancer dans une aventure guerrière et qu’ils ne sont pas prêts à appuyer leur premier ministre sans la caution et la logistique des Américains. Or, depuis la campagne électorale, Donald Trump semble avoir changé de stratégie au Moyen-Orient en privilégiant le dialogue à la voie des armes. Le président américain se montre totalement à l’opposé du candidat qu’il a été et qui a berné les Israéliens jusqu’à leur faire croire qu’il était prêt à envisager une croisade contre l’Iran.

            La présence iranienne sur le Golan reste dramatique pour Israël mais il semble, à lire la Pravda, que cela satisfasse les intérêts de Poutine car, même s’il est convaincu de la supériorité d’Israël sur le terrain, il mise sur l’alliance stratégique avec l’Iran. Il a même réussi à pousser les Américains à ne pas tenir compte des doléances de Jérusalem.
            En fait les Russes ont besoin de renforcer leur coopération avec l’Iran sur le plan militaire car la force iranienne complète leur implantation. Elle permet de renforcer la présence russe au Moyen-Orient dans les zones où la Russie n’est pas encore installée profondément, en Syrie en particulier. Les Iraniens garantissent la présence russe dans sa base en Méditerranée tandis que le Hezbollah ouvre la porte du Liban aux Russes. D’ailleurs la milice chiite est à la base des contrats de fournitures militaires signés entre le Liban et la Russie pour équiper l’armée du président Aoun. Le renforcement de l’armée libanaise consolide la présence russe au Liban. Par ailleurs les considérations économiques ne sont pas absentes de la stratégie russe. Poutine s’intéresse aux vastes gisements pétro-gaziers en Méditerranée.


            La conclusion est vite tirée par la Pravda qui met en évidence l’échec de Netanyahou d’attirer la Russie dans le camp israélien. Pire, il semble que les problèmes avec Israël ne soient qu’au début. On se demande d’ailleurs à quoi jouent les Américains puisqu'ils viennent d’accepter, en accord avec les Russes, la présence militaire iranienne au Golan. Donald Trump n’a pas tenu compte des mises en garde de Netanyahou transmises par la délégation du Mossad dépêchée à Washington.

            Selon le journal arabe londonien bien informé, Asharq Al-Awsat, une réunion vient de se tenir entre délégations américaines et russes en Jordanie. Les Américains ont accepté la présence des forces et milices iraniennes à huit kilomètres de la frontière du Golan.  Un coup de poignard dans le dos d'Israël. Protège-moi de mes amis..... Cette présence qui est considérée comme une ligne rouge pour les Israéliens devra être analysée et traitée au plus haut échelon du gouvernement.

            Tsahal suit de près le moindre mouvement de troupes du Hezbollah en Syrie et au Liban. Les services de renseignement pensent que l’Iran a pour objectif de "libérer les hauteurs du Golan de l’emprise israélienne" grâce à l’aide du Hezbollah. Cette crainte a poussé l’aviation israélienne à frapper le Golan lorsque des groupes armés proches de Téhéran, le mouvement irakien al-Nujaba, se préparaient à «s’engager militairement au Golan, si le gouvernement syrien en fait la demande».  

          Les dernières décisions russes et la passivité américaine laissent à penser que la confrontation militaire entre Israël et l’Iran n’est peut-être pas aussi loin qu’on le croit.

6 commentaires:

  1. Cette guerre serait très difficile, et je n'aime pas Bibi : mais ceci étant posé reste l'essentiel ... l'Iran veut la mort d'Israel, et il faudra bien un jour l'affronter directement, que cela nous plaise ou non.

    RépondreSupprimer
  2. Qu'elle est la solution pour Israël ??
    Doit-on changer de gouvernant ?
    Doit-on revoir nos alliances ?
    Ou doit on compter sur nous mêmes ou comme disent les religieux : sur Hachem...
    Luc de nice

    RépondreSupprimer
  3. Jacques BENILLOUCHE1 septembre 2017 à 14:40

    @Luc de Nice

    Un journaliste analyse, explique, décortique les faits. Il n’a pas qualité pour conseiller ou pour soumettre des solutions à un gouvernement.

    En revanche en Israël, j’ai pour principe fondamental de ne faire confiance qu’à l’État-Major militaire et à nos soldats qui sont les seuls compétents pour apprécier notre sécurité. Certes, l’armée est à la disposition du pouvoir civil qui est le seul maître des décisions. Mais la tactique et la stratégie sont définies par les généraux à condition qu’on les écoute et qu'on les respecte. Quand il y a mélange des genres, l'échec est au bout du chemin.

    RépondreSupprimer
  4. Parfaite définition du journaliste
    Mais pourquoi ne pas se rapprocher des spécialistes (
    Les militaires) et refléter leur opinion et surtout leurs
    Préconisations, plutôt que de critiquer ( peut-être à
    juste titre ) le gouvernement.
    Cela serait plus constructif et surtout moins angoissant
    pour nous et pour notre pays que nous chérissons.

    Luc de nice

    RépondreSupprimer
  5. Shalom,

    Que c'est triste comme news..les Américains auraient ils oublié l'histoire de notre peuple, ceux qu'ils nous doivent..? que les Russes fassent la sourde oreille..il fallait s'y attendre...
    (A lire de Christopher Knight et Robert Lomas : Le Livre d'Hiram et La Clé d'Hiram pour comprendre, en autre, pourquoi les Américains nous doivent beaucoup...par l'intermédiaire du Domaine de Saint Clair en Ecosse...)

    RépondreSupprimer
  6. Trump étant un guignol en carton pâte, Israël n'a d'autre solution que de miser sur une armée puissante et invincible

    RépondreSupprimer