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mercredi 13 septembre 2017

L'engrenage vers la guerre de Dov ZERAH



L’ENGRENAGE VERS LA GUERRE ?

Le point de Dov ZERAH


           
          L’actualité est aujourd’hui accaparée par l’ouragan Irma et son frère José, leurs victimes, leurs dégâts…N’oublions pas les morts, les disparus, les blessés et ceux qui se battent pour survivre et reconstruire…Espérons que cette nouvelle manifestation du dérèglement climatique conduira Donald Trump à revoir sa position sur les Accords de Paris, et tous les responsables à faire le nécessaire. Cette tragique actualité a relayé au second plan la situation avec la Corée du Nord.



            Avant d’analyser quelques éléments d’une crise complexe, rappelons que, vaste de 123.000 km², la Corée du Nord a trois frontières : 1.416 km avec la Chine, 19 km avec la Russie, et surtout 238 km avec la Corée du Sud, avec de part et d’autre une bande sur 2 km de large «démilitarisée», mais surveillée au total par plus d’un million de soldats.
          Cette frontière est le résultat de :
-          La seconde guerre mondiale. A la suite de la capitulation du Japon le 2 septembre 1945, Américains et Soviétiques se retrouvent de part et d’autre du 38ème parallèle. Comme l’Allemagne, la Corée va être divisée. Comme dans tous les pays de l’Europe de l’Est, Staline impose son régime politique et Kim Il-sung, un des résistants à l’occupant japonais. La Corée est le seul endroit au monde où la guerre «froide» a laissé les armes parler.
Armistice de Panmunjeom USA Corée du Nord - 27 juillet 1953

-          La guerre de Corée. En 1950, fort du soutien de Mao et Staline, Kim Il-sung veut réunifier les deux parties et attaque le Sud. Trois ans de guerre, deux millions de morts. En 1953, les protagonistes sont de part et d’autre du 38ème parallèle, signent un armistice, mais jamais de traité de paix.
            Au match nul va succéder deux trajectoires totalement opposées. Alors que la Corée du Sud s’industrialise et va devenir une des premières puissances au Monde, la Corée du Nord consolide un régime autoritaire militarisé, et cherche l’autosuffisance selon la théorie du juche. Deux systèmes antinomiques.
            Plus la Corée du Sud s’affirme dans l’économie mondiale, plus le Nord s’arme et devient le pays le plus militarisé au Monde. Un tiers des 30 millions de nord-coréens serait accaparé par l’armée. L’engrenage !
            Depuis 50 ans, le pouvoir nord-coréen basé sur un parti unique et une dynastie a entrainé des privations, voire des situations de famines comme dans les années quatre-vingt-dix avec un à deux millions de morts. Selon l’ONU, un million de prisonniers politiques seraient morts, et cent mille seraient détenus aujourd’hui. Les manifestations des effets négatifs de ce régime, notamment en ce qui concerne les indices de développement humain, sont nombreuses. Malgré l’interdiction de quitter le pays, de nombreux nord-coréens cherchent à fuir, et se retrouvent en grande partie en Chine.

            Depuis 50 ans, dans un réflexe d’auto défense ou de survie, le Nord n’a cessé de faire des provocations comme l’attaque en 1968 du palais présidentiel sud-coréen par des agents du Nord, ou l’arraisonnement du navire espion américain le Pueblo la même année. Plus grave, depuis quinze ans, l’engrenage avec la politique de songun ou la stratégie de «l’armée d’abord» autour de l’acquisition de l’arme nucléaire, d’un programme spatial, d’un développement d’une capacité de missiles balistiques à longue portée.
            Résultat de cet engrenage : lancement en 1998 d’un satellite artificiel avec un missile balistique, un premier essai nucléaire en 2006, lancement en 2012 d’une fusée à longue portée…jusqu’au 6ème essai il y a quelques jours d’une puissance trois fois plus importante que la bombe d’Hiroshima.
            Le Nord a peur de la comparaison économique avec le Sud et appréhende une éventuelle réunification comme en Allemagne. Depuis son accession en 2011, alors âgé de 27 ans, Kim-Jong-un n’a cessé de multiplier les provocations. Il cherche à sanctuariser son pays, son régime, sa dynastie. Toutes les parties prenantes semblent piégées par la stratégie du Nord. 
            Protecteur de la Corée du Sud et du Japon, les Etats-Unis réagissent, voire sur-régissent. Tous les observateurs s’interrogent sur la façon dont Donald Trump va éviter l’affrontement sans perdre la face, surtout après avoir déclaré ne pas exclure le recours à l’arme nucléaire. Il est loin le temps où, sous l’administration Clinton, en 2000, un accord était en vue.
            La Corée du Sud et le Japon, séparés de la Corée du Nord par la mer du Japon, s’arment et ne cessent de faire, avec les Américains, des manœuvres, ce qui ne fait qu’accentuer les tensions, et justifierait, pour le Nord, le bien-fondé de sa stratégie.
            Pour enrayer l’engrenage, les Etats-Unis cherchent à renforcer les sanctions internationales jusque-là totalement inefficaces. Les Chinois et Russes ont du mal à accepter sauf à isoler leur allié et à le pousser dans une démarche encore plus extrémiste. Parrains de la Corée du Nord, la Chine et la Russie ne semblent pas plus maitriser la situation que les Etats-Unis.

            Enfin, la situation nord-coréenne a des prolongements au Proche Orient et principalement en Iran et en Syrie. Jeudi dernier, quatre avions, israéliens selon certains, ont bombardé plusieurs cibles syriennes, et plus particulièrement le Centre d’études et de recherches scientifiques (CERS), centre de production de substances chimiques et de fabrication de missiles, construit avec l’aide de la Corée du Nord et de l’Iran, tout comme le réacteur nucléaire syrien à Al Khibar dans la province de Deir ez Zor, détruit il y a dix ans.

            Tout doit être fait pour arrêter cet engrenage. Notre monde est dangereux, de plus en plus dangereux. Il est grand temps que la gouvernance mondiale reprenne le dessus pour trouver le mode d’emploi d’un vivre ensemble. Espérons que le vote unanime au Conseil de sécurité, cette nuit, de nouvelles sanctions constitue le début d’un processus de négociations.

3 commentaires:

Bernard NIVAL a dit…

Les Chinois ne tiennent pas à ce que la Corée du Nord s'effondre ou soit détruite car ils savent très bien qu'à la suite d' un processus de réunification entre les deux Corée sur le modèle allemand ,les bases militaires américaines seraient vite à à leurs portes .Il n'y aura pas d'engrenage tant que la Chine ne se sentira pas menacée .Le petit dictateur peut aboyer ,les Chinois veillent au grain .

Yves SCEMLA a dit…

Très bonne analyse.

Pour moi aussi, la Chine n'a aucun intérêt à laisser déclencher une guerre régionale.

Tout finira par rentrer dans l'ordre, sauf si le dictateur envoie un missile sur les Etats-Unis ou sur des alliés!

Georges KABI a dit…

La politique etrangere de la Coree du Nord reste immuable depuis la fin de la guerre fratricide: developper une puissance militaire capable de menacer la Coree du Sud et le Japon afin d'obtenir ce qui lui manque: energie, ressources minieres et surtout ressources alimentaires. C'est l'equilibre des forces vue par la dynastie Kim.