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jeudi 28 septembre 2017

Hégémonie par Claude MILLET



HÉGÉMONIE

L'opinion de Claude MEILLET

            

        Le niveau sonore des voix, les interjections répétées, les vagues de la discussion qui couvraient même les vagues du bord de plage, faisaient de lui un auditeur clandestin involontaire. Le débat, parsemé de rigolades, rebondissait d’un exemple à un autre, qui se voulaient tous définitifs ; ça avait commencé par le foot. Le Real de Madrid, qui balayait tout la saison dernière, commençait lamentablement la nouvelle. Suivi par la Russie, toute déglinguée qu’on la présente, qui damne le pion aux Américains dans la guerre de Syrie. Et les Allemands, champion de l’Europe sont aussi les champions du pourcentage de la pauvreté. Enfin, une voix féminine triomphante proclama que le sexe fort n’était pas celui qu’on pensait ordinairement. Provoquant des acquiescements masculins trop bruyants pour être honnêtes. Bref, comprenait-il, le procès portait sur la faiblesse de la force.






            Un procès donc, intercepté par hasard, qui renvoya Jonathan à la réflexion de Valéry, encore, sur les civilisations qui ont découvert qu’elles sont mortelles. Une découverte qui s’élargit au constat d’un phénomène galopant, peut-être plus vaste : l’hégémonie des «blancs» dans le monde est sur le point de disparaître. La suprématie historique, économique, culturelle, politique des pays européens s’effiloche dans le monde contemporain. La population blanche aux États-Unis passera sous la barre des 50% en 2050.  Un phénomène pas forcement bien identifié dans un pays comme Israël, pensa-t-il, «protégé» par sa spécificité ethno-religieuse. Mais qui s’impose dés qu’on se retrouve au milieu des melting pots que sont devenues les capitales de pays ouverts, New York, Paris, Londres, Berlin…L’univers multipolaire, est «cette sphère infinie, dont le centre est partout et la circonférence nulle part» que Pascal évoquait.
            Bien mal inspiré par le cas de ces vieux pays européens qu’elle dénonçait, l’Amérique de George Bush a provoqué la déstabilisation identitaire, culturelle du Moyen-Orient en imaginant pouvoir y imposer le modèle politique et social occidental.  La fameuse hégémonie américaine, qui a suivi celle de la France, puis de l’Angleterre, ancrée dans sa puissance militaire, technologique, culturelle, subit, elle-aussi, une remise en cause économique, financière, sociétale. La Chine, l’Inde, une fois rattrapé leur retard économique, auront un jour les armes pour renverser le rapport de force et, à leur tour imposer une suprématie. En attendant «quand l’Afrique s’éveillera» !
            Jonathan se demanda si le Real de Madrid, le sexe dit fort, comme la population blanche, les US, n’étaient pas tous victimes du même mal, conséquence inévitable de la puissance hégémonique. Non seulement l’aveuglement de la confiance, un sentiment de supériorité, une certaine tendance à l’arrogance. Ce qui est déjà pas mal. Mais plus gravement, un comportement de dominant. Peut-être, dans l’évolution du singe à l’homme, la position de mâle dominant s’est-elle perpétuée.  C’est toujours le cas, avec des variantes, dans les sociétés socialement bloquées, l’Inde, les pays musulmans. 

          En attendant que les femmes, là aussi, prennent la revanche revendiquée dans la discussion, devant la mer. La domination, au niveau d’un pays engendre, elle, la colonisation. L’Angleterre, au temps de sa splendeur, s’était construit un empire. La France s’est, elle, bâti un ensemble de colonies, en Afrique, en Asie. Avec, comme énorme conséquence, en dépit des belles et bonnes raisons affichées, des progrès apportés, des qualités des aventures humaines générées, le développement d’un comportement humain et moral de dominant. De force et d’imposition. Le vers est inévitablement dans le fruit. Avec pour conséquence, l’instillation dans les populations des colonisateurs de ce que Hanna Arendt appelle la «banalisation du mal». Instillation qui touche tout pays à position hégémoniques. Comme le peut être Israël. Quelles que soient les raisons géographiques et historico-religieuses avancées.
            Jonathan en arriva à associer les hégémonies durables, à une dimension essentiellement qualitative. La faiblesse de la force tient à sa nature même. Les hégémonies qui se perpétuent sont celles de l’esprit. Les grandes philosophies grecque, romaine chinoise, hindoue, les grands artistes, penseurs, écrivains, continuent d’influer sur tous les temps et tous les lieux. Gandhi, Mandela, Einstein, resteront dans la mémoire universelle par leur valeur propre.
            Pascal nous avait invité à «ne pas confondre les grandeurs d’établissement», roi ou président, avec les «grandeurs naturelles, celles de l’âme». Il jugea néanmoins plus prudent de ne pas interférer avec la discussion, vouant les hégémonies aux gémonies, sous les parasols et dans le vent qui se levait, peu certain que les exemples qu’il aurait pu ajouter à l’énumération en cours, trouveraient un écho favorable.

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