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mercredi 23 août 2017

Quand Jupiter s'en va en guerre par Marianne ARNAUD



QUAND JUPITER S'EN VA-T-EN GUERRE, LE PLOMBIER POLONAIS RETIENT SON SOUFFLE

Par Marianne ARNAUD

            

         Le Président français a entamé un voyage de trois jours, du 23 au 25 août, qui doit le mener en Autriche, Roumanie et Bulgarie, pour obtenir de l'UE un durcissement de la législation sur les travailleurs détachés. Ces travailleurs, qui pour la France sont environ 300.000 - dont 83% sont des ouvriers venant de pays de l'Est ou du Sud - sont soumis aux charges sociales de leur pays d'origine, ce qui serait la porte ouverte à bien des fraudes dont l'une est particulièrement grave puisqu'elle faciliterait l'utilisation de travailleurs non déclarés, dont certains n'hésitent pas à estimer qu'ils seraient en nombre aussi important que celui des travailleurs détachés.




            Renégocier les traités européens, telle était donc la promesse la plus importante du candidat Macron, et réussir là où le président Hollande – qui avait fait la même promesse – avait échoué lamentablement.
            Pour mémoire, il existe en France environ 300.000 travailleurs détachés, 47.000 sont polonais, 45.000 portugais, 35.000 espagnols et 30.000 roumains. Les trois premiers pays d'accueil sont l'Allemagne avec environ 400.000 travailleurs détachés, la France presque 300.000 et la Belgique 160.000. C'est dire si les négociations seront compliquées, en cette période d'euroscepticisme galopant où ni le Royaume-Uni – pour cause de Brexit – ni l'Allemagne de madame Merkel – pour cause d'élections – ne seront d'aucun secours.
            Le gouvernement a néanmoins préparé un texte en plusieurs points qu'il entend bien voir discuté au Conseil européen. «À travail égal, salaire égal» proclame l'Élysée, qui veut non seulement faire respecter les grilles de salaire pour les travailleurs détachés, mais encore en finir avec ces salaires qui sont parfois inférieurs de 50% de ceux des travailleurs locaux, du fait qu'il est devenu assez courant que les employeurs, non seulement ne leur paient pas leurs indemnités de nourriture, de transport, de logement etc…, mais au contraire, les déduisent du salaire de l'ouvrier détaché.
Plombier polonais

            Ensuite il y aura à résoudre le problème de la durée du détachement que la France veut réduire à une période de 12 mois sur 24 mois. Il faudra également s'en prendre à ces «sociétés boîtes aux lettres » qui se font domicilier à Varsovie, Sophia ou Bucarest, alors que leurs activités se situent en France. Vaste programme, comme aurait dit le Général qui, lui, n'obtenant pas satisfaction à Bruxelles, n'avait pas hésité, en son temps, à faire la politique de la chaise vide !
            Aucune chance pour que le nouveau Président français, qui a fait toute sa campagne sur l'Europe, l'Europe, l'Europe, en arrive à une telle extrémité ! En juin dernier, Emmanuel Macron s'était déjà heurté à la résistance des Premiers ministres polonais, hongrois et tchèque, soutenus par la Bulgarie, la Croatie, l'Estonie, la Roumanie, la Lituanie, la Lettonie – j'espère que je n'en ai pas oublié – qui tous s'opposent fermement à la révision de la directive travailleur détaché voulue par la France.

            Où le président Macron trouvera-t-il les alliés pour le soutenir dans cette réforme ? Nous le saurons bientôt !

1 commentaire:

Paul ACH a dit…


Jacques Benillouche nous fait partager le texte de Marianne Arnaud sur le problème auquel s'attaque le Président Macron : les travailleurs "détachés".
Pour ceux, peu nombreux, qui ne savent pas ce que c'est, c'est très simple : une Entreprise française fait appel à des Travailleurs de l'Union Européenne qui viennent en France.
Les principaux problèmes liés à ce "mode de recrutement" sont :
- Les Travailleurs Déplacés ne peuvent être payés en dessous du SMIC. C'est bien, mais quand on voit un Chef de Chantier en Bâtiment payé au SMIC, c'est étonnant ;
- Le Temps Hebdomadaire de Travail fixé à 35 heures est largement dépassé. Les Travailleurs Déplacés travaillent, au minimum, 6 jours par semaine ;
- Les Cotisations Sociales versées par l'Employeur sont au taux du Pays d'Origine, ce qui permet à l'Entreprise d'économiser sur les cotisations ;
- Certains Travailleurs Déplacés ne parlent pas le Français, ce qui pose un problème majeur de Sécurité sur les Chantiers du Bâtiment.
Cette liste n'est pas exhaustive.
Autant je comprend que, pour les Vendanges ou autres travaux saisonniers, il soit fait appel à des Travailleurs Déplacés, autant je pense qu'il faut limiter l'usage de cette pratique dans des Travaux Pérennes.