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mardi 11 juillet 2017

Shalom par Claude MEILLET



SHALOM

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Le plus beau mot.  Qui s’imposait dans son esprit, en parcourant les dossiers consacrés à Simone Weil. Plus encore que l’imposition du droit à l’avortement devant une Assemblée masculine traditionaliste, plus que la force mentale et physique cachée sous le charme et la fragilité apparente de la femme, plus que la pugnacité de la battante politique. La volonté d’âme révélée par la volonté de paix, immédiate, à peine sortie de l’enfer. Tout lui paraissait être contenu dans cette lucidité, ce courage, cette détermination.



            Shalom, Pax, Peace, Salam, Paz, Friede, Mir… Dans toutes les langues, le plus beau mot. Et cependant. Partout. Partout la plus belle chose, la plus difficile à atteindre.
            Jonathan venait de lire, à côté du dossier sur Simone Weil, un article indiquant que le chiffre des populations réfugiées dans le monde, était équivalent à celui de la population française. 65 millions de personnes parquées dans des camps. Très majoritairement par l’effet des guerres. Guerres multiples et variées que l’imagination sans fond des hommes réussissait sans cesse à rendre de plus en plus inventives, sanguinaires, destructrices. Très majoritairement aussi par l’effet des hommes.
            C’était aussi en tant que femme que Simone Weil s’était, instantanément, tournée vers l’objectif de paix. Contre ce dégât humain que représentent les guerres des hommes. A commencer par les jeunes. «En temps de paix, les fils ensevelissent les pères. En temps de guerre, les pères ensevelissent les fils» proclamait déjà Hérodote. Proclamation prolongée de façon beaucoup plus liminaire par Jacques Prévert, «Oh Barbara, quelle connerie, la guerre». Jonathan se souvenait du sentiment d’absurdité autant que d’horreur qui l’avait anéanti quand Garcia avait été pulvérisé par un obus, à Sakiet. Garcia, mort en Algérie, jeune père d’un enfant. Qui, en dehors de cet enfant, de ses proches, se souvenait encore de lui.  Garcia, 22 ans, mort pour rien. Qui pourrait prétendre que dans vingt ans, quarante ans, quand la paix éternellement attendu entre Israéliens et Palestiniens aura fini par advenir, la vie n’effacera pas, inévitablement, irrésistiblement, légitimement car elle est la plus forte, le nom et le souvenir des morts des deux camps ?
Soldats en Algérie

            Une autre source d’indignation se réveilla à son souvenir. L’inondation des armes. Le président américain venait de se glorifier de la vente d’une somme quasi irréelle d’armes à l’Arabie saoudite. En plein cœur d’une zone géographique de tous les dangers. Sans d’ailleurs que les États-Unis n’aient de privilège en la matière. Chaque pays, la France comme Israël, la Russie, l’Angleterre, s’efforce de développer ses ventes, de faire de son industrie de l’armement un facteur d’amélioration de son commerce extérieur. Avec l’assistance des «vendeurs d’armes» de tout acabit, qui prospèrent allégrement sur tous les continents.
            Shalom, la bonne guerre, la guerre pour la paix, n’est toutefois pas aussi perdue qu’il peut le sembler, se dit Jonathan.
            Simone Weil, encore elle, a jeté tout son poids, de dignité, de conviction, dans la construction de l’Europe. Cette Europe, si décriée. Mais qui de fait, a permis dans un continent supérieurement doué pour déclencher les conflits mondiaux plus dévastateurs les uns que les autres, que s’installe et dure une période enfin ininterrompue de calme et de paix. Globalement, avait-il aussi pu lire récemment, bien que la sur médiatisation des guerres pourrait faire penser le contraire, le nombre et le poids de guerres reculent dans le monde. La paix armée semble s’installer dans différentes zones du globe, illustrant peut-être la devise de Jules César, «Qui veut la paix, prépare la guerre». Hors des appareils politiques, en dehors des grandes institutions internationales, souvent plus déclamatoires qu’efficaces, la société civile génère des initiatives de terrains, rapprochant des peuples dits ennemis. Rendant plus difficiles les affrontements purement idéologiques.


          Simone Weil, se dit Jonathan, a peut-être prouvé par l’exemple que le meilleur moyen de réaliser ce vieux mythe, l’arrêt de tous les combats, tenait à un combat. Celui de l’effort permanent, vigilant, créatif, de protection des hommes contre eux-mêmes, de rapprochement des peuples, de communauté des Etats. Elle nous le dit : la paix est un combat. A gagner sans cesse.

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

"Cette Europe... qui a permis que s'installe et dure une période enfin ininterrompue de calme et de paix..."
En êtes-vous bien sûr ? Je lis : "Les guerres de Yougoslavie (1991-2001) furent les plus meurtrières en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. On estime que leur bilan humain s'élève à 150 000 morts dont deux tiers de civils, s'accompagnant de 4 millions de personnes déplacées."
Se pourrait-il que cela ne compte pour rien aux yeux de Jonathan ?

Véronique Allouche a dit…

Elle ne se trompa jamais de combat.
Merci Madame pour nous toutes, et par-delà, pour nous tous.