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mardi 11 juillet 2017

Avi Gabbay : les primaires travaillistes


AVI GABBAY: LES PRIMAIRES  Travaillistes
par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps
            

          Les élections primaires au parti travailliste israélien reflètent du déjà vu après la surprise des primaires françaises qui ont vu l’élimination des dirigeants historiques et des candidats favoris. Mais à lire les media, les commentateurs se trompent de combat puisqu’ils présentent les deux finalistes Amir Peretz et Avi Gabbay comme les vainqueurs d’une lutte ethnique d’un autre temps. Au lieu d’analyser leurs programmes respectifs, ils se sont penchés sur leurs origines séfarades. Un site titrait «Deux marocains aux prises du second tour des élections du Parti Travailliste».




            Il est vrai que le parti issu de l’historique Mapaï était connu pour avoir favorisé l’élite ashkénaze en écartant les ambitions des orientaux. La plupart de ses membres «noirs» l’avaient quitté pour rejoindre le Likoud de Begin en 1977 afin de lui donner une victoire inespérée. Depuis, le parti de gauche avait consolidé sa réputation de ne pas être favorable aux Orientaux dans ses rangs.
            Amir Peretz est arrivé en tête avec 32,7% des voix suivi par Avi Gabbay avec 27,1%. L’ancien président Itzhak Herzog s’est retrouvé à la troisième place avec 16,7% suivi par Erel Margalit 16,1% et Omar Bar-Lev 6,9%.
            Le président du parti orthodoxe séfarade Shass, Arie Dehry, a profité de l’occasion pour sauter des deux pieds dans la brèche tendue par les commentateurs : «Oubliez la politique et les blocs politiques. Le fait même que le Parti travailliste, le parti qui continue d'être l'héritage du parti de Mapaï ashkénaze, a élu Peretz et Gabbay, révèle que nous avons fait des progrès significatifs sur le problème des Orientaux». Cette remarque n’est pas étonnante, venant d’un leader qui a fait de la discrimination ethnique son cheval de bataille depuis plus de 30 ans. Ce furent d’ailleurs les raisons de la scission opérée au sein des orthodoxes religieux entre séfarades et ashkénazes. Dehry voit dans ce résultat une justification à son combat permanent. Mais il se trompe d’analyse ou feint de se tromper car le parti a déjà été dirigé par Benjamin Ben Eliezer d’origine irakienne dans les années 2000 tandis que le Marocain Amir Peretz avait été le leader du parti en 2005 contre Shimon Peres.

            En fait les battus, certes ashkénazes, n’ont pas été éliminés en raison de leurs origines mais sur une base politique. Les deux candidats arrivés en tête ont des profils totalement différents symbolisant soit la jeunesse et le renouveau, soit l’expérience d’un long passé politique. Amir Peretz a labouré le parti durant sa campagne et se targue d’une expérience sécuritaire, politique et diplomatique en tant qu’ancien ministre de la défense de 2006 à 2007. Avi Gabbay a été choisi certainement par volonté de renouvellement d’une direction discréditée. Diplômé et doté d’une expérience professionnelle incontestable, ce militant de 50 ans est certain de pouvoir faire revenir au bercail ceux qui l’ont quitté parce qu’ils se sentaient évincés par des bureaucrates d’un autre âge.

            Peretz et Gabbay ont gagné parce que les candidats en face d’eux n’ont pas innové. Herzog a toujours été considéré comme une erreur de casting à la tête des travaillistes et ses performances comme chef de l’opposition ont déçu. Il manquait de charisme et était totalement inaudible. Il faut savoir gré aux deux finalistes de n’avoir pas «israélianisé» leurs noms ni d'en avoir fait leur étendard.  Certes issu d’une famille d’immigrants juifs du Maroc, Gabbay est un Sabra né dans le quartier de Baka à Jérusalem. Il a fait son service militaire dans le corps des renseignements puis a obtenu un MBA de l'Université hébraïque de Jérusalem. Fonctionnaire au sein du ministère des finances, il a ensuite rejoint l’entreprise de télécommunications Bezeq pour en gravir les échelons et atteindre le poste de président en 2006.

            Bezeq est l'opérateur national israélien qui détient le monopole sur la téléphonie filaire et sur les infrastructures d'accès à Internet. Après une carrière professionnelle très réussie, Gabbay a été touché par le virus de la politique. Mais ses convictions fermes et ses principes l’ont poussé à quitter le parti Koulanou, qu’il avait co-fondé avec Moshé Kahlon, quand il s’est aperçu que les promesses à l’égard de la classe moyenne n’avaient pas été tenues. Il n’était pas député de la Knesset et pourtant il avait été nommé ministre de la Protection de l'environnement. Il a cependant préféré quitter, le 27 mai 2016, son poste car il ne se voyait pas cohabiter dans le même gouvernement avec le nationaliste Avigdor Lieberman.

            Son expérience et son talent ont séduit les militants et ont été décisifs pour lu:i permettre d'accéder à la seconde place sans jamais soulever sa qualité d’Oriental. Au deuxième tour, il devra convaincre les électeurs travaillistes qu’il a l’étoffe d’un premier ministre et qu’il pourra être le jeune Macron israélien capable de balayer le Likoud et son premier ministre Netanyahou pour insuffler un vent nouveau dans la politique israélienne sclérosée. Comme Macron, ses adversaires attaquent son inexpérience politique limitée à deux années de ministère mais il mettra en avant ses compétences de gestionnaire d'entreprises. Il ne fera pas l’erreur d’axer sa campagne sur ses origines modestes au risque de décevoir ceux du Likoud, lassés par l’omnipuissance de Netanyahou, qui pourraient le rejoindre pour tenter une nouvelle expérience.
Conseil des Sages

            Gabbay sait cependant que les Orientaux ne sont pas un électorat homogène qui vote les yeux fermés comme les adeptes du Shass en suivant les directives imposées par le Conseil des Sages. Il s'agit pour lui d'effacer les déceptions du parti Koulanou qui portait les germes du renouveau mais qui a beaucoup promis sans rien réaliser. Les irréductibles adeptes de la prépondérance ashkénaze, «les Blancs israéliens», pourraient prendre le risque de quitter le parti mais ils seront vite remplacés par les déshérités des zones développement qui se sont fourvoyés dans le parti de droite. La classe moyenne souffre. En fait le parti travailliste a pêché par manque d’une identité originale. Yitzhak Rabin lui en avait donné une, en 1995, ce qui l’a conduit au pouvoir. Mais des dirigeants inexpérimentés ou des professionnels de la politique l’ont dirigé pour exacerber le sentiment de déception.  
            Gabbay doit parvenir à convaincre qu’il pourra diriger le pays comme il a dirigé son entreprise, avec réalisme, avec pragmatisme, avec efficacité et sans exclusive ethnique. Il a déjà prouvé ses compétences économiques et ses capacités de gestionnaire. Mais il devra se faire aider par une caution sécuritaire indiscutable car la population a besoin d’être rassurée. Seul un général est capable de gérer les affaires de sécurité et de diplomatie les plus complexes d'Israël et surtout capable de rassembler. Il saura s’inspirer de Tsahal qui a su ignorer les différences ethniques pour constituer un corps unique axé sur la compétence. L’origine marocaine du chef d’État-major Gadi Eizenkot n’a jamais été l’argument qui l’a propulsé au sommet mais ses qualités de chef militaire et d’organisateur.

            Les Travaillistes ont peut-être une chance de renouer avec le succès pour prouver qu’ils sont capables d’éradiquer la pauvreté en Israël et de combattre les monopoles qui ont gangrené le pays. Pour prouver qu’il ne recherche que l’intérêt du pays, Gabbay a assuré qu’il ne voulait pas la révolution au parti et que s’il gagnait, Herzog resterait chef de l’opposition car il a besoin de tous les concours pour réussir. Selon lui «la justice et la décence exigent que l’ancien chef reste à la tête du groupe parlementaire». Les électeurs du parti décideront s’ils veulent tenter l’aventure avec un jeune ou laisser le champ libre au Likoud.

Mise à jour du 10 juillet 2017

          A la suite du deuxième tour, Avi Gabbay a été désigné leader des travaillistes par 52% des voix.

3 commentaires:

David SILICE a dit…

Merci pour cet article Jacques Benillouche. Il illustre ce que je dis depuis longtemps et que certains caciques francophones du parti refuse de voir, à savoir le racisme anti séfarade viscéral au sein du Parti. Je ne crois pas que Gabbay sera Premier Ministre. Non pas qu'il n'ait pas de qualités, mais parce que Bibi est une "bête politique" de compétition

AMMONRUSQ a dit…

J'aimerais comprendre pourquoi le parti traditionnel de gauche, n'arrive pas à ce reconstruire et pourquoi ce dernier est toujours "à la ramasse".
Mais il en ait de même en Europe,il semble qu'il y ait un manque de leadership un peu partout !

denis sabrié a dit…

Et pas une femme qui se présente...? Esther va se retourner dans sa tombe...