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samedi 29 juillet 2017

Le travailliste Avi Gabbay est encore une énigme



LE TRAVAILLISTE AVI GABBAY EST ENCORE UNE ÉNIGME

Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps

            

          Le candidat est venu de nulle part, au moment où on le l’attendait pas, pour se mêler aux jeux des grands du parti travailliste et pour perturber l’ordre établi dans une institution historique, bien établie. Il est arrivé avec des intentions que ses amis qualifient de prétentieuses car il veut, ni plus ni moins, remplacer Benjamin Netanyahou au poste de premier ministre. En fait, il met la barre haute pour motiver ses troupes et réveiller un parti atone.



Macron Lapid

            C’est un grand défi qu’il partage cependant avec le centriste Yaïr Lapid de Yesh Atid qui vise lui aussi l’électorat du centre-droit. Mais malgré des sondages encourageants, la flèche de la balance s’est peu déplacée face au poids de chacun des deux blocs de gauche et de droite. Malgré les affaires, Netanyahou tient toujours la corde en tête des sondages, en très légère baisse certes mais en position de constituer une nouvelle coalition. Gabbay devra se battre contre un Likoud encore fort, mais aussi contre son concurrent obstiné du centre. 
Gabbay Kahlon

          Son ancien chef de parti Koulanou, Moshé Kahlon, ne lui fera pas de cadeau depuis qu’il l’a quitté. Mais absent de la Knesset, il devra inventer un nouveau concept de chef de l’opposition, uniquement auprès des media et du public, tandis qu’il profitera d’affiner sa formation diplomatique, sécuritaire et même politique et de se familiariser avec le monde politique.
            Pour l’instant on ignore tout de sa politique et de son comportement au point qu’il constitue une énigme, surtout au sein de son parti. Les militants disent de lui qu’il se cherche et qu’il tente d’effacer l’image froide de son personnage d’homme d’affaires riche ayant réussi. D’ailleurs en s’inspirant de ses méthodes d’ancien dirigeant d’entreprise, il a fait son «business plan» en se fixant un objectif de 30 députés, seule condition pour ravir la première place au Likoud.  Il a déjà réuni à la Knesset les 24 membres actuels de son «conseil d’administration» pour tracer les lignes d’un objectif prétentieux.
Avec les leaders travaillistes

            Gabbay a pris sa tâche très au sérieux et il veut conduire le parti travailliste comme on conduit une entreprise. Il calque son planning sur celui qu’il avait dans le privé en arrivant très tôt au siège du parti, rue Yigal Alon à Tel-Aviv, pour le quitter très tard le soir comme lorsqu’il était à la tête du leader des télécommunications Bezeq. Il n’est pas très habitué aux méandres du parti et, en reprenant une structure existante, il ne peut ignorer les anciens militants qui tiennent la maison, issus souvent de la tradition bolchevique historique. Ils devront s’habituer à la gestion moderne imposée par un jeune dirigeant, peu au fait des magouilles politiques.
            Il devra surtout effacer son étiquette de droite, acquise dans son passé au Likoud et auprès de Koulanou qu’il a quitté il y a un peu plus d’une année. Il devra se faire admettre par les militants vétérans d’un passé glorieux, fait de déceptions, de larmes et de sang. Il sait qu’il a pris la tête d’un parti non homogène, constitué de clans et très attaché aux méthodes du temps où les travaillistes dirigeaient le pays. Il n’est pas habitué aux luttes intestines quand chaque militant veut le poste de son voisin, quand les querelles politiques entre Shelly Yachimovich et Eitan Cabel se font au grand jour, quand le précédent chef du parti, peu charismatique il est vrai, se faisait attaquer et humilier par ses propres «amis».
Mais il est directement passé au test de conduite sans passer par le test du code

            Il n’est pas habitué aux accords internes secrets de pacotille entre petits chefs, entre ceux qui veulent rejoindre la coalition de droite pour s’assurer un poste ministériel et ceux qui veulent poursuivre un combat à mort, quitte à renoncer aux ors de l’Etat. Ce sont d’ailleurs ces manigances qui ont fortifié Yesh Atid au centre et qui ont fait perdre aux travaillistes les élections de 2015.
          Les primaires du parti ont conduit aux mêmes surprises qu’en France. Planifiées pour consolider Yitzhak Herzog avec ses dizaines de milliers de militants qui constituent la force et l’expression démocratique du parti, elles ont en fait réussi à éliminer les dirigeants historiques en créant un dommage irréversible. Les députés, piliers du parti, ont été éjectés, avec l’aide des chefs régionaux qui ont choisi un candidat venu de nulle part.
            Mais contrairement au Likoud où les militants, très sensibles au respect du chef, s’unissent toujours autour du président, même lorsqu’il est inquiété par des affaires, la guerre interne fait rage au sein du parti travailliste. D’ailleurs Avi Gabbay sait qu’il est attendu s’il ne réussit pas. Il devra redonner une identité originale au parti, perdue depuis l’assassinat de Rabin en 1995, une identité qui pourra offrir une alternative claire et raisonnée au pouvoir actuel. Depuis 2001, les Travaillistes n’ont jamais gouverné seuls se plaçant soit comme supplétifs d’un gouvernement de droite avec Ehud Barak, soit dans l’opposition stérile. Ils avaient perdu tout espoir de constituer une alternative au pouvoir au point d’accepter de se vendre pour quelques portefeuilles ministériels. Mais aujourd'hui, ils reprennent espoir.
            Les Travaillistes, qui sont plus des sociaux-démocrates que des adeptes de la gauche pure comme Meretz, rêvent d’un programme de justice sociale. Mais Avi Gabbay traîne avec lui l’image d’un homme d’affaires enrichi au sein d’une entreprise publique. Il est en train de peaufiner son programme dont on ne sait rien encore. Mais il veut se battre pour attirer à lui les populations qui ont quitté le parti en 1977. Ainsi le 19 juillet il s'est rendu à Tibériade, capitale de la Galilée, dans une ville de la "périphérie" nord où paradoxalement son parti n’a obtenu que 7,5% des voix aux élections de 2015, pour ramener à lui les brebis égarées. Les séfarades, d’origine modeste, longtemps ignorés par les caciques ashkénazes travaillistes, y ont constitué un bastion du Likoud, de l'ultra-libéralisme. Pourtant, sociologiquement, la population ouvrière est d'ordinaire une clientèle des travaillistes. Gabbay, qui n’a pas l’intention de stagner dans son bureau, a décidé d’aller au-devant de ceux qui votaient historiquement à gauche et qui se sont fourvoyés au Likoud qui leur avait donné le sentiment d’exister. Il pense que les populations défavorisées et exigeantes feront la différence face au centriste Yaïr Lapid. 
Tibériade

            Gabbay a planifié de tout reconstruire pour rénover son parti social-démocrate qui s’opposera à la corruption et au gaspillage, qui utilisera à bon escient les revenus du gaz qui commencent à tomber dans l’escarcelle du gouvernement, qui soulagera les classes moyennes et surtout défavorisées, qui appliquera le programme immobilier qui avait fait la victoire de Koulanou mais qui n’a vu aucun début de réalisation. Il sait qu’il porte un espoir de reconquête d’un électorat qui a voté pour une droite, qui a écorné les principes de la laïcité et qui a accentué la fracture entre religieux et laïcs, uniquement dans le but de s’attirer les voix des messianiques et des extrémistes.


            Avi Gabbay a bénéficié de l’attrait de la nouveauté et il incarne une nouvelle race de leaders qui ne sont ni militaires et ni politiciens de métier. Il veut prouver que sa campagne électorale «macronienne» est tournée vers le renouveau et vers l’alternance politique. Un point commun déjà, il sait cultiver le silence médiatique. Il peaufine ses interventions rares. Une seule certitude cependant, le centriste Yaïr Lapid s’est fait doubler dans son rôle de maître du jeu politique.

1 commentaire:

Paul ACH a dit…

Jacques Benillouche trace le portrait d'Avi Gabbay qui sera le leader des Travaillistes aux prochaines Elections.
Il reconnait que Gabbay est une énigme. Cela ne vous rappelle rien ?
Gabbay est un social-démocrate. Cela ne vous rappelle rien ?
Gabbay pratique une "Campagne de Terrain", Cela ne vous rappelle rien ?
Gabbay veut récupérer "les déçus". Cela ne vous rappelle rien ?
Gabbay incarne une nouvelle race de leaders qui ne sont ni militaires et ni politiciens de métier. Cela ne vous rappelle rien ?
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