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jeudi 13 juillet 2017

Jeunesse par Claude MEILLET




JEUNESSE

L'opinion de Claude MEILLET

            


          «J’en reviens, mais je n’en reviens pas». Habitué aux jongleries verbales de cet ami, professeur de français dans une université californienne, qui revenait régulièrement «téter la goutte au pays», disait-il, Jonathan demanda pourtant une explication de texte.

          «Simple», répondit sentencieusement le prof. «J’arrive effectivement de San Francisco. Directement, donc j’en reviens. Mais, cette fois-ci, contrairement aux précédentes, mes collègues d’habitude curieux de savoir pourquoi j’éprouvai le besoin de faire plus de douze heures d’avion pour aller dans ce petit pays, incolore plus que tricolore, m’ont demandé de les éclairer à mon retour sur un phénomène subit, remarquable, de renaissance par rajeunissement. Donc, je n’en suis pas encore revenu. CQFD» lança-t-il, triomphant.



            

                 Stimulé par ce court cours sémantique, Jonathan se dit, qu’en effet, il y avait de quoi surprendre des Américains. Eux qui venaient d’élire à la présidence un septuagénaire, milliardaire et apparemment cacochyme, voyaient s’ébrouer bruyamment un vieux pays apparemment endormi. Le plus surprenant étant peut-être que cette soudaine cure de jouvence surgissait dans le champ politique. Car, s’il est bien un domaine où le renouvellement générationnel se faisait allègrement tous les quarante ans, ou même soixante ans plutôt que tous les vingt ans, c’était bien celui, des gouvernants. Dans un jeu de chaises musicales qui faisait partir et revenir les mêmes têtes, les mêmes partis.
            Car aussi, naturellement, des secteurs tels que l’économie, la recherche, l’éducation, la technologie, l’industrie, la culture, voyaient se succéder régulièrement, des vagues de jeunes et nouveaux acteurs. Les deux pays qui nourrissaient généralement ses réflexions, Israël et la France, se rejoignaient dans une culture et une tradition communes. L’innovation. Un tissu de start-up, en régénération permanente, plaçait aux commandes des femmes et des hommes dans une fourchette d’âge de 16 à 25 ans. Les patrons de groupes petits et moyens, dans l’industrie, la distribution, les services, a l’orée de leur soixantaine, transmettaient les manettes à un dirigeant de quarante ou cinquante ans. Parfois plus jeune encore.
            Car, enfin, l’ouverture au monde, la pratique quasi intuitive des nouvelles technologies, la faculté de substituer des méthodes mieux adaptées aux exigences des temps modernes aux anciennes habitudes, l’audace et l’enthousiasme, offrent à la jeunesse des chemins privilégiés d’action dans ces secteurs d’activité.
Soldats d'origine française

            Il relia sa réflexion à l’une des grandes particularités du système éducatif israélien.  Qui fait qu’entre les études secondaires et les études supérieures, s’intercale généralement, le service militaire. Trois années pour les garçons, deux années pour les filles. Un temps long.  Le temps d’acquérir des expériences multiples et fortes, une maturité. Expérience et maturité qui, normalement, rendent les études supérieures plus efficaces Et qui projettent dans la vie active israélienne, des encore jeunes, armés pour prendre une place significative dans le domaine de leur choix.
            Le blitzkrieg «jeunesse», mené en France, sabre au clair par un, lui aussi, adolescent en science électorale, pouvait légitimement étonner les universitaires américains. Pas qu’eux, d’ailleurs. Et pas qu’étonner. Admiratif aussi. Admiratif, car il balayait l’ensemble d’un corps politique apparemment inamovible. Qu’il le remplaçait. Carrément. Admiratif, car un peu partout sur la planète, la tentation de renouveler le jeu et les acteurs de la politique se fait sentir. Jusqu’à l’échec, avec les printemps arabes. Jusqu’au retour nationaliste en Europe de l’Est. Admiratif enfin, car l’univers politique apparait traditionnellement comme un univers de caste. Fermé à la jeunesse.
Avi Gabbay

            Jonathan se dit, dans la foulée, que l’élection d’un acteur épisodique de 50 ans à la tête du parti travailliste israélien, quoique ne répondant pas exactement aux critères «jeune conquérant», pouvait peut-être apporter dans une vie politique bloquée, une revitalisation du débat, de l’initiative, de l’imagination, de l’audace, du désir. Un peu de jeunesse.
            Quelques exemples de «vieux beaux» et de quinquagénaires à l’allure de jouvencelles, lui rappelèrent qu’il fallait en tout, se méfier du jeunisme. Ni la vieillesse, ni la jeunesse, ne sont une garantie, se rassura t’il. «Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait», la sentence lui apparaissait bien réductrice.

            Après tout, le coup de jeune d’un vieux pays peut aussi inspirer le renouvellement de sa classe politique dans tout pays, jeune comme vieux.

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