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vendredi 23 juin 2017

Vigilance par Claude MEILLET



VIGILANCE

L'opinion de Claude MEILLET


            

          Il se sentait «un peu couillon», comme lui aurait lancé son oncle de Toulouse. Avec l’accent. Qui multipliait par dix l’efficacité de la formule. La rudesse de la langue germanique, justement, avait sans doute réveillé en lui, sans qu’il s’en aperçoive, un préjugé dormant. Décidément, ce couple allemand, à la table à côté de la sienne où il prenait son café, l’était vraiment trop, allemand ! Et puis un coup de vent avait projeté la caquette du mari sur le journal que lui, Jonathan, parcourait.





            L’éclat de rire de l’homme, le sourire amical de la femme, venaient, aussi soudainement, rétablir une complicité humaine. Tout simplement. Faisant s’envoler l’a priori imbécile. Couillon et honteux. Honteux de découvrir que lui aussi, comme tout le monde, privilégiait spontanément l’image sur la réalité.
            Vigilance. Cette piqûre de rappel accidentelle, fit remonter à la surface «l’ardente obligation» comme aurait dit le Général, le devoir de vigilance. Permanent. Il se souvint d’une surprise de même nature, dans un contexte totalement différent. Au hasard du zapping devant sa télévision, il s’était arrêté sur la retransmission d’une séance de la commission des finances de l’Assemblée nationale. Et avait découvert la maîtrise technique, la connaissance des dossiers, la qualité des échanges, des questions/réponses, des députés participants. A mille lieues des politicailleries caricaturales auxquelles pouvaient aussi se livrer abondamment ces mêmes députés. Se pénalisant eux-mêmes en créant ainsi une image d’artifice, qui recouvrait une réalité de compétence insuffisamment identifiée.

            Alléché par l’expérience, Jonathan l’avait d’ailleurs renouvelée. Pour une autre découverte décapante. Celle de la personnalité d’un grand patron d’une entreprise française de dimension internationale.  Seul contre tous. Car les membres de la commission qui l’auditait, manifestaient unanimement à travers leurs questions, visiblement soigneusement préparées, une méfiance, une virulence parfois, vis-à-vis de sa toute puissance, capitalistique, sociale. Sans qu’à aucun moment, ce patron ne se départisse à la fois de sa volonté de dialogue, ni de sa fermeté dans ses prises de position. Avec un sens de la synthèse lui permettant d’amalgamer plusieurs questions dans une seule réponse, et avec une clarté, fleurant parfois la pédagogie. Le soupçon a priori d’omnipuissance du personnage, faisait très vite la place au sentiment de l’alliance d’une force de caractère à la maîtrise complète d’un univers.

            Ce devoir de vigilance peut aussi se révéler à contrario. Une preuve récente lui revint en mémoire. On allait voir ce qu’on allait voir, se rappela t-il. La candidate Front National, foudre de guerre reconnue du débat télévisé, n’allait faire qu’une bouchée de ce jeune technocrate novice en politique. Et puis, l’affrontement d’entre les deux tours eu lieu. Et la baudruche creva. La connaissance des dossiers d’une part, le fouillis des dossiers d’autre part. L’exposé d’un programme contre l’argumentaire critique. La grimace contre le sérieux. L’évidence apparut. L’art de la vindicte cachant la minceur de la pensée, la radicalité des propositions dissimulant le simplisme du projet, l’exploitation des peurs et des difficultés recouvrant l’irréalisme des solutions proclamées.
            Tout cela aurait dû être révélé pendant la campagne. Si ce n’est que la force de l’image d’une candidate sûre d’elle-même et dominatrice, comme l’aurait aussi dit le général, primait sur l’analyse objective de sa position.
            D’autres cas de conflit entre l’image automatique et la réalité recouverte lui venaient à l’esprit. Celui de ce rugbyman, colosse de muscles, aussi large que haut, oreilles en choux-fleurs, apparemment plus bulldozer qu’esthète de la balle ovale. Qui, en fait, à la fin d’un match perdu, décortique avec une lucidité tranquille et une clarté d’expression totale les raisons de la défaite. Celui de cet artiste israélien qu’on lui dit célèbre, rejoignant sur scène un groupe de musiciens étudiants. Petit, malingre, portant une guitare plus grande que lui. Lui, célèbre ? Oui, en un tour de voix, il fait exploser cette apparence par son charisme immédiat, sa qualité musicale, la prise sous son aile du crooner de la troupe, la mise en valeur de l’orchestre amateur.

            Vigilance. Ne se fier ni aux idées acquises, l’Allemand, ni aux images reçues, Marine, ni à l’apparence, le rugbyman. Ni aux clichés, les députés, ni aux stéréotypes, l’artiste. Bouddha nous l’a bien dit, «la connaissance est une vertu».

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Et rien sur l'image de ce "président jupitérien", photographié assis sur un trône doré, nous fixant d'un regard dépourvu de la moindre trace de cette "bénignité" que les souverains de l'Ancien régime, nous dit-on, accordaient à leur peuple ?

Véronique Allouche a dit…

@marianne Arnaud
.....et un trône dorénavant plus imposant encore avec le Modem dégagé du gouvernement et une opposition affaiblie par la scission de la droite. Reste plus qu'un parti unique à la tête de la France, façon URSS.
Bien cordialement

Claude Meillet a dit…

Les stéréotypes, comme les images, ont la vie dure. Sous les pavés des uns et des autres, se cache la réalité. Vigilance, pour tous .....et pour toutes.

Claude