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mardi 4 juillet 2017

Tolérance par Claude MEILLET



TOLÉRANCE

L'opinion de Claude MEILLET


           
          Il pouvait être Dr Jekyll. D’une gentillesse inaltérable. A l’écoute, ouvert. De bon conseil, attentif et prêt à donner le bon tuyau. Clair dans ses préférences culturelles, idéologiques, mais acceptant sans broncher les différences. Quelqu’un donc, agréable, intéressant, utile. Dans le privé. Car, dans le monde public, il pouvait, aussi, devenir Mister Hyde. Catégorique. Binaire dans ses opinions politiques, radical vis-à-vis de toute opinion contraire. De mauvaise foi, probablement de bonne foi. Tapant bas. Déclamant vérité, sa vérité. Diabolisant les vérités autres.



            Jonathan, fasciné, constatait toujours avec la même surprise ce jeu d’aller-retour entre l’esprit de tolérance de la personne et l’esprit d’intolérance du personnage. Se demandant si la clé était là. Dés que l’on passe de l’individu au rôle, il y a risque. La religion, le politique, la carrière, les média, tous ces univers se révélaient sans doute propices à la construction de personnages. Il suffit que l’absolu de l’engagement annihile l’individu. Les ayatollahs, les imams radicalisés, poussent la priorité religieuse à l’extrême. L’intolérance devient règle majeure. Règle d’ailleurs fixée en pleine ambiguïté. Car les Ayatollahs s’appuient sur leur emprise idéologique pour se constituer en caste de tout pouvoir, de toute puissance et…de toute richesse. Ces «saints hommes» n’ont pas l’exclusivité de l’exploitation de la foi. Les marabouts, les chamans, certains prêtres de pleine orthodoxie catholique, quelques rabbins en mal d’honnêteté, proclament d’autant plus leurs interdits qu’ils tirent personnellement profit des avantages de leur personnage. Il se souvint de l’aphorisme de Paul Claudel, jetant sentencieusement : «La tolérance ? Il y a des maisons pour ça».
            Un chef de gouvernement, tenant son maintien au pouvoir de l’appui d’idéologues extrémistes, se donne le profil d’un intégriste nationaliste. Sans qu’on ne sache démêler la part d’artifice opportuniste de celle de la conviction personnelle. Jonathan s’amusait ainsi à suivre le passage de l’intolérance proclamée pour le camp adverse, à une tolérance affirmée, de la part du personnel politique français face au tsunami actuel. Il avait aussi pu voir pousser des dents à rayer le plancher chez des copains de travail, passant sans trop de vergogne pour la poursuite de leur carrière, du registre Dr Jekyll à celui de Mister Hyde. Quant aux média, la charité l’empêchait de s’énumérer la liste des personnalités que la prison de leur personnage entrainaient dans l’outrance des oppositions.
            Au bout de ce répertoire des mondes facilement aptes à générer la floraison de l’intolérance, Jonathan, en se grattant le menton, se remémora sa discussion avec une avocate de ses amies, fine connaisseuse des arcanes de l’âme humaine. L’objet du débat, le couple. Elle lui lança au visage ce que Taine en disait : «On s’étudie trois semaines, on s’aime trois mois, on se dispute trois ans et on se tolère trente ans». Sentence qu’il reprit au vol. Justement, ces trente années de tolérance, en inversant la formule, «c’est la victoire de l’expérience sur l’espérance». C’est-à-dire de la raison sur l’émotion.
            Contrairement à l’argument massue que brandissent les tenants de l’intolérance, la tolérance est une faiblesse. La tolérance est une forme héroïque de la force tranquille. Brassens, encore lui se dit Jonathan, chante le père venu au tribunal, récupérer son fils. «Quand il vint chercher son voleur, on s’attendait à un malheur. On le vit, on ne le croit pas, lui tendre sa blague à tabac». Les imams qui prônent le dialogue islam/judaïsme risquent leur vie. A Jérusalem, les associations qui dénoncent les atteintes à la liberté et à la laïcité sont en butte aux attaques constantes du pouvoir. Dans une lutte frontale entre tolérance et intolérance. A Calais, les particuliers ou les groupes qui apportent leur assistance aux migrants, sont passibles de condamnation par les autorités locales. Le père qui pardonne, l’imam qui s’engage, les associations qui défendent leur idéal, le particulier qui tend la main, tous passent au-dessus des conventions, des risques, des menaces.
            Sans compter, après tout, le couple qui bâtit une relation durable sur trente ans de tolérance, se dit Jonathan. La tolérance vaut autant individuellement que collectivement. Effectivement, la clé est probablement là. Ne succomber ni à l’embrigadement, ni au vertige du rôle. «Écrasons l’infâme» dit Voltaire dans son Traité sur la tolérance. Pourquoi ne pas compléter, Liberté, Egalité, Fraternité, Tolérance, s’enhardit Jonathan. Histoire de permettre à Pangloss d’ajouter pour Candide, son élève et protégé, «Pour que tout aille mieux dans le meilleur des mondes».



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