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jeudi 20 avril 2017

Responsable par Claude MEILLET




RESPONSABLE

L'opinion de Claude MEILLET

            

          Il en faut des comme ça, ça réveille, se dit Jonathan, dans un mélange d’amusement, d’intérêt et de tolérance. Parmi l’éventail de ses amis Tel-Aviviens, celui qui venait de bousculer un apéro-débat, jusqu’à lui paisible, sur la surréaliste campagne présidentielle française, relevait d’un prototypage aigu : le contestataire systémique. Véhément, folklo disaient certains, mais sympathique. Et parfois, visant juste.




            Comme toujours, ça commençait par une explosion, que suivait une péroraison. «Franchement, y en a marre ! Y en a marre de ce politique bashing, de ce media bashing, de ce tous les autres bashing ! Trop facile ! Et si, pour une fois, on se regardait un peu notre propre nombril, au lieu de regarder leur nombril, celui ‘’des autres’’ !» Suivit, donc, un déroulé implacable.
            Qui a élu Trump à la présidence des États-Unis ? De solides citoyens américains. Bien de chez eux, de l’Iowa, du Texas, de Virginie… Pas de la lune ! Et ceci, en toute connaissance de causes. Les débats télévisés, pour ne pas dire les shows télévisés, se sont succédés, exposant en pleine lumière le personnage dans toute sa splendeur. Et dans tous ses excès, ses dérapages. A l’issue desquels ces bons citoyens américains ont déquillé tous ses concurrents ! Pour finir par exécuter Hillary. Ce sont eux qui ont décidé, par leurs votes. Ils sont responsables.

            Erdogan ! Ah, ce qui se passe en Turquie ! Comme il aimait aussi enfoncer les clous de ses démonstrations à l’aide d’anecdotes, il intercala une de ses blagues favorites dans son inventaire. Vous savez ce que répondit le pauvre mari au juge qui l’interrogeait sur son régime matrimonial, «le régime dictatorial, monsieur le juge».  Qui a élu et réélu Erdogan ? Des martiens ? Non, de bons Turcs, une bonne et vraie majorité. Si eux aussi, ne peuvent répondre aux juges et policiers qui viennent d’emprisonner quarante mille de leurs concitoyens, que «oui, un régime dictatorial», ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Bien entendu, la masse des opposants n’est pas concernée directement par cette démission collective. Mais ils l’acceptent. L’absence de prise du risque du refus vaut quitus. Les Turcs sont des grands garçons. Ils sont responsables.
            Sans aller si loin. Qui laisse se perpétuer ici, décennies après décennies, une situation de guerre, guerres  véritables ou drôles de guerres ? En passant de l’exaltation de la victoire, à l’espoir de la paix, à la croyance en une solution, au constat désabusé, au soutient du statut-quo.  Avec en filigrane la balance entre l’incertitude existentielle permanente et la constante  certitude du fort. Tous les gouvernements successifs, le gouvernement ultra actuel ? Non. La droitisation de la société n’est pas tombée du ciel sur nos têtes. La société, ce sont les citoyens israéliens.  Le danger aux portes, la non fiabilité des adversaires, sont des vérités. Mais des vérités qui  demandent rébellion plutôt qu’acceptation, initiative plutôt qu’enfermement. Nous sommes responsables
            Comme toujours, on entrait dans l’acmé. Pourquoi aussi, s’en prendre aux médias, aux journalistes ? Très commode. Les boucs émissaires rêvés. Partisans, légers, caricatures, survols, purement réactifs, les qualificatifs volent aisément. Mais qui est accro aux news, aux journaux télévisés ou écrits, à la radio en continu dans sa voiture ? Qui donne du crédit à ce bruit environnant, celui qui émet ou celui qui le reçoit ? Nous faisons les médias, les journalistes.

            Pourquoi cet envahissement du religieux dans notre vie publique ? Qui a laissé les digues s’ouvrir ? Bien entendu, le courant est fort, obstiné. Mais s’il infuse maintenant, l’éducation, la culture, la justice, l’armée ? C’est que la vigilance, la volonté, la résistance du citoyen se sont relâchées, amollies. Nous sommes responsables.
            Comme toujours, est venu la conclusion. Définitive. «Le monde que nous avons créé nous infantilise.  Ne cherchons pas ailleurs. Nous sommes devenus des irresponsables». La première vertu de cette explosion accusatrice fut de revivifier une discussion qui risquait fort de succomber au charme du débat farniente. Pendant que les réactions faisaient monter les voix à l’aigu, Jonathan se remit en mémoire une déclaration faussement ingénue de Fabrice Lucchini : «Si j’étais Président, j’offrirai à chaque français, quinze livres, Proust, Flaubert, …un coffret de Glenn Gould, des blues…». Et si la culture était un des chemins vers la responsabilité, se demanda-t’il.


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