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vendredi 14 avril 2017

ON par Claude MEILLET




ON

L'opinion de Claude MEILLET


           
          
          La table du repas de Pessah allait bientôt faire penser à la caricature célèbre, représentant d’abord dans son état virginal la table magnifique du repas de famille en France au plus chaud de l’affaire Dreyfus, et ensuite ma même table dans un état de débâcle totale, avec sa légende, «ils en ont parlé». D’autant plus qu’un des animateurs, pour corser crapuleusement l’ambiance, s’était amusé à lancer, «Mélenchon, Fillon, Hamon, Macron, c’est la ronde des ‘’on’’».




            Délaissant un instant la lutte décibelique des pourfendeurs du voleur Fillon, des contempteurs du tournebouleur Macron, des sabreurs du planeur Mélenchon et des massacreurs du naufrageur Hamon, Jonathan se trouva en apesanteur, voguant sur la lame ondulante du « on ».
            Il revit l’instituteur de son époque interrogeant sa classe du haut de son estrade : «On, c’est qui, On ?» Cherchant par son questionnement/exhortation, à rendre ses élèves adversaires de l’indéfini et pratiquant de la personnalisation. Ne se réfugiant pas derrière le c’est les autres et s’engageant dans le c’est moi, ou c’est nous.
            Le rigoleur, en fait, touchait assez juste. La campagne présidentielle, en France, avait beau battre son plein. Elle lui donnait une impression douteuse, d’irréalité. Douteuse, car les candidats rebattaient bien les antennes, les médias de leurs programmes. Les décortiquaient et désossaient ceux de leurs concurrents. Mais, sans parvenir justement, à sortir du concours de chiffrages. Sans faire atterrir leurs propositions en pleine prise dans la vie des gens.
            Douteuse aussi, pour dire vrai, car comment dans le traitement d’ensemble de la vie publique, parler directement, de personne à personne ? Le «Je» est hors-jeu, de toutes les façons en politique. Soit on parle aux citoyens, et ça devient vous. Une forme de on déguisée. Soit on parle de soi. Ce que font les candidats, à satiété. Mais le Je est forcément forcé. Je est un autre. Un personnage construit, sculpté pour la cause. Avec les effets de boomerang dévastateurs quand la personne réelle fait éclater sa propre sculpture. Involontairement dans le cas Fillon. Volontairement sans doute, inefficacement peut-être dans le cas Marine.
            Le on est bien part de la règle maintenant, se dit-il. Le regard permanent des médias de toute forme, la présence obsédante, pénétrante des réseaux sociaux, rendent la désincarnation quasi inévitable car de plus en plus factice. Le système. Le système tout entier participe à une peopolisation. C’est-à-dire à transformer la vie politique en spectacle. Qui ne fait que l’éloigner de la vie pratique. La vraie vie.

            Un des participants à la joute féroce de la soirée, venait de faire remarquer qu’en additionnant les pourcentages supposés de voix des deux candidats des extrêmes, droite et gauche, ils bordillaient les 50%. Une moitié des votants remettaient donc en cause la forme de la société démocratique française. Ce qui, claironnait-il, en y ajoutant les abstentionnistes annoncés, portait le refus du système à près de 80% des adultes de ce pays. On n’en peut plus, on n’en veut plus, disent d’après lui ces gens. Rejoignant ainsi, dangereusement, dans une forme de rejet collectif, une espèce de on négatif, le on positif qu’ils reprochent aux candidats de leur proposer artificiellement.
            Il ne voulut pas provoquer l’émeute pascale en mettant au milieu de la table en surchauffe, la bataille des on négatifs contre les on négatifs. La dimension scientifique de la discussion paraissait trop aléatoire.
            Il manquait seulement à cette soirée tumultueuse, le petit génie qui saurait faire sortir un homme, ou encore mieux une femme, ou encore mieux un enfant, d’un «On» enfin générateur d’humain.

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