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mercredi 26 avril 2017

FILLON : La sanction et le gâchis



FILLON : LA SANCTION ET LE GÂCHIS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

         La sanction est tombée à la fois contre un dirigeant mais aussi contre un parti qui n’a pas eu le courage de prendre ses responsabilités devant le désastre annoncé. A la veille des primaires de la droite, Alain Juppé était virtuellement élu président. Il avait un boulevard devant lui face à un président socialiste qui avait été déconsidéré alors qu’au début de son mandat il détenait tous les pouvoirs : l’Assemblée nationale, le Sénat et les régions. Alain Juppé, gaulliste historique, rassurait car il avait l’expérience du pouvoir et des hommes. Sa réussite à Bordeaux témoignait de sa capacité à fédérer les bons éléments en dehors de tout sectarisme politique. Sa stature d’homme d’État l’a forcé à payer pour le chef de son parti, à être condamné dans le silence à la place du véritable coupable, mais sans avoir jamais mis un centime dans sa poche.




            Tout était faussé dès le départ avec ces primaires destructrices qui ont écarté ceux qui semblaient avoir la faveur des électeurs. À gauche, Manuel Vals qui représentait la gauche libérale et lucide, ouverte sur le monde moderne, non sectaire et capable de s’étendre du centre vers la gauche réaliste, a été éliminé au profit d’un illusionniste pur et dur qui a mené son parti à la déroute. À droite, Alain Juppé représentait une droite inspirée par les centristes plutôt que par l’extrême-droite de Sens Commun. Après un quinquennat socialiste de désordre, il pouvait représenter le gaullisme social fédérant la droite et la gauche. Son expérience des affaires du gouvernement et des affaires locales avait révolutionné sa ville de Bordeaux.

            Les primaires l’ont écarté de la compétition comme a d’ailleurs été éliminé Manuel Valls à l’autre bord pour laisser place à François Fillon, certes compétent mais qui traînait derrière lui le boulet d’une «collaboration» de cinq ans avec Nicolas Sarkozy. Les affaires qui ont été révélées ont été impitoyables bien qu’il reste encore l’avis définitif des juges sur sa culpabilité. La politique consiste à anticiper les problèmes. Mais la situation pouvait encore être sauvée avec le recours au seul plan B envisageable, le retrait de Fillon au profit de Juppé. Mais Fillon, blessé dans son amour propre, voulait aller jusqu’au bout, bien qu’abandonné par la majorité de son comité de soutien. Il avait choisi la stratégie du moi ou le chaos au lieu d'éviter l'humiliation d'un échec.

            Alors il sombré avec son navire et là est le gâchis. L’entêtement à vouloir rester dans la compétition était un contre-sens face à l’intelligence des électeurs qui ne l’ont pas suivi. Alors contre l’avis de Jean-Pierre Raffarin, de Gérard Larcher, de Bruno Le Maire, de Nathalie Kosciusko-Morizet et de tout son comité de soutien, Fillon a poursuivi un combat perdu d’avance. En se retirant il aurait gagné en dignité, sans subir la honte de l'échec, pour laisser le temps faire son œuvre comme il l’avait fait pour Juppé.

            Le deuxième coupable de ce gâchis ou de ce naufrage est sans aucun doute Nicolas Sarkozy qui avait les moyens de mettre de l’ordre au sein de son parti dont il gardait toujours l’estime. En tant que «sage» des Républicains qui surfait sur son aura, il aurait pu conseiller à ses amis de désigner Alain Juppé comme candidat de secours pour sauver son parti et la droite. Il a laissé faire, par froide vengeance, pour punir les deux récalcitrants qui avaient osé concourir contre lui alors qu’il était le chef incontesté de la droite républicaine. On n'a pas voulu de lui donc ses militants paieront l'addition.
            La sanction est tombée. Face à cette défaite la droite est en décomposition, le temps pour elle de panser ses plaies. Les électeurs ont tranché, ils ont décidé envers et contre tous les sondages, avec leur propre conviction, sans se laisser berner par des conseilleurs qui ne sont jamais les payeurs. La campagne a au contraire mis en évidence la défiance grandissante des Français vis-à-vis d’une classe dirigeante qui n’a rien compris au rejet d'une société perçue comme injuste, absurde et axée vers le pire. La France a décidé.
            Les électeurs, qui ne sont pas aussi incultes politiquement qu’on le prétend, ont décidé d’écarter le candidat du plus grand parti de droite parce qu’ils ne voulaient pas d’une France des voleurs et des menteurs. C’est une sanction pour Fillon qui s’oriente désormais vers une traversée du désert d’au moins cinq ans.  

            Mais il serait injuste de dire que ceux qui se sont écartés de lui l’ont pas fait uniquement en raison des «affaires». Les partisans de Juppé ont été choqués de l’entendre dire que «La France est un pays chrétien, la France des Cathédrales». Il a réutilisé en fait le même langage que Patrick Buisson avait soufflé à Nicolas Sarkozy et qui la fait perdre. Il a orienté sa fin de campagne vers un populisme sans prôner le rassemblement et en dressant les communautés les unes contre les autres. Sa stratégie consistant à user de populisme pour faire venir à lui le peuple de l’extrême-droite a foiré.
            Mais la principale leçon à tirer de ces élections est que les Français n’aiment pas les perdants. Contrairement aux dirigeants anglo-saxons, Fillon n'avait pas estimé devoir quitter définitivement la politique après l'échec de 2012 car seule la politique pouvait le quitter. À la suite de la révélation des affaires, Fillon a gardé de ses mésaventures un relent d'aigreur et une sensation de gâchis et d'injustice qu’il voulait utiliser pour accroître sa volonté de combat. Trop sûr de lui, il n’a pas songé un seul instant qu’il pouvait perdre la présidentielle et cela lui a été fatal. Le paradoxe veut que sa fin de carrière ait été planifiée par ses amis, à l’intérieur du clan avec qui il a gouverné en bonne entente durant des années, parce que, à la porte de la victoire, ils l’ont tous abandonné en cours de route : «Seigneur, Protège-moi de mes amis ! Mes ennemis, je m'en charge».
            Le danger est venu de ses propres rangs.  Ses adversaires les plus virulents n’ont été ni les socialistes et ni les macronistes mais les hommes de son camp. Alain Juppé le gardien du temple gaulliste et l’ancien ministre centriste Jean-Pierre Raffarin n’ont pas levé le petit doigt pour le sortir du trou dans lequel il s’était mis. Le président du Sénat Gérard Larcher n'a pas voulu se mouiller en se retranchant derrière les décisions du parti. On ne peut pas cependant se réjouir de la défaite d'un grand homme politique qui a été dans la lignée de Mendes-France et de Philippe Seguin. Cela va être triste de devenir personne alors qu'on a connu la puissance et le pouvoir. Mais cela doit servir de leçon à ceux qui occupent un instant le devant de la scène, pour leur faire comprendre que plus dure sera la chute.


            Il n’est pas sûr que les Républicains adoptent une ligne unique au deuxième tour car la rupture laissera des traces. Il se trouvera parmi eux, les partisans de Sens Commun en particulier, qui rejoindront Marine le Pen ou qui ne donneront pas de consigne de vote. L’éclatement du parti de la droite républicaine commence aujourd’hui pour compléter totalement le gâchis. Les étudiants des écoles politiques auront à démonter le processus qui permet de passer d'une situation de gagnant à celle  de rejeté.
          Les règlements de compte au sein des Républicains ont déjà commencé. Pour Eric Woerth, «ce n'est pas la droite qui a perdu, c'est Fillon». Rachida Dati dénonce «une défaite morale. Cette élection, on aurait dû la gagner. Ce sont les affaires qui ont plombé sa campagne». Pour Gérald Darmanin, vice-président de la région des Hauts-de-France : «C'est une défaite personnelle de François Fillon et d'une ligne politique trop peu à l'écoute des aspirations populaires. La droite française a perdu l'imperdable».
            Le député Georges Fenech, qui avait été très sévère avec François Fillon tout au long de la campagne, n'a pas caché son «immense amertume de n'avoir pu convaincre les dirigeants des Républicains de retirer, quand il était encore temps, leur confiance à un candidat gravement empêché par une procédure judiciaire en cours». Il a a jugé que l'obstination de François Fillon et de tous ceux qui lui ont apporté un soutien aveugle ouvre une période d'incertitude pour le pays.
            Quant à l'ancien ministre Pierre Lellouche, il a rappelé dans un communiqué que «le 1er mars, il avait publiquement appelé au retrait de François Fillon».  Jean-François Copé, a fait le deuil d'un «combat réputé imperdable pour la droite et qui se termine en fiasco lamentable».

            Enfin Nadine Morano a estimé que François Fillon «porte une responsabilité importante parce qu'en voulant se maintenir nous avons été empêchés de faire campagne. Il a choisi de se maintenir, je souhaite qu'il en tire les conséquences et que dès demain matin il reconnaisse qu'il ne sera pas en mesure de mener la campagne des législatives».
          Ces réactions sont un peu tardives car ils auraient pu faire pression sur leur bureau politique pour changer de candidat. Mais pour cela il faut faire preuve de courage politique. Cependant la santion qu'a subie François Fillon est tellement terrible que les poursuites judiciaires contre lui et sa femme devraient à présent être levées. Il a payé plus que le prix.

1 commentaire:

Max Semory a dit…

Pas un mot dans ton article moralisateur, s'il en faut, sur la probabilite d'un coup monte contre Francois Fillon, que ses amis politiques auraient du denoncer vigoureusement et continuer a supporter le candidat sans sourciller. Tous savaient que la pratique de l'emploi de membres de la famille comme attaches parlementaires etaient bien ancree chez nombre de parlementaires francais, dont certains employaient meme leur maitresse. Ce qui ne veut nullement dire que cette pratique est louable. Elle ne l'est certainement pas et les deputes et senateurs auraient du la reprimer. Mais de la a mettre tout sur le dos du seul candidat de la droite et du centre, il y a un pas que je ne peux franchir. Les amis politiques de Fillon l'ont franchi mais sans tirer les consequences de leur acte: Pas d'accord sur un candidat de rechange mais pas non plus de soutien actif et sans faille a Fillon. Alors, comment gagner l'election alors que personne, a part Fillon et quelques fideles, ne fait campagne? Le parti des Republicains a fait montre d'une abscence totale de conviction et de droiture d'esprit et a fait le jeu de ses adversaires, notamment Macron, accuse lui aussi, a tord ou a raison, de derapages mais que la complicite du pouvoir et des media a contribue, lui, a epargner. Et Juppe, qui n'a pas leve le petit doigt pour Fillon apres l'echec du plan B a lui aussi sa part dans cette mascarade.
Je crois, cher Jacques, qu'il faudrait revoir ta copie!