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jeudi 16 mars 2017

Leurre par Claude MEILLET




LEURRE

L'opinion de Claude MEILLET

copyright © Temps et Contretemps
             
  

- Tout est leurre, déclara t-il, en réponse à la question : pourquoi banquier ? 
 - Leur – les leurs -  l’heure -  …de quoi nous parles-tu ? ironisa,  avec son terrible accent, son visiteur américain. Et je veux savoir maintenant, pas tout-à- l’heure, ajouta t-il, pour faire bonne mesure.
- Je parle du leurre, contre-attaqua Jonathan.  Ajoutant, lui aussi pour forcer la dose : L E U R R E, un élément factice, simulant un élément réel, pour tromper ou attirer.




            Cette joute sémantique faisait suite à une discussion entre eux sur la caricature d’un prétendant à l’élection présidentielle. Outre une dimension subliminale raciste, elle réduisait le candidat en effet à la notion de banquier. Banquier, parce que la figure du banquier est une de celles qui mobilise le plus facilement l’ire des Français. En opposition, en effet, à la considération qui lui est portée dans les pays anglo-saxons. Et dans un paradoxe absolu, d’ailleurs. Les études montrent que ce même Français apprécie SON banquier, tout en professant son rejet DU banquier. Sans compter que toutes les activités que recèle le métier de banquier ont, comme tout autre métier, leur utilité sociale et économique.
            C’est le prototype du leurre. On détourne l’attention qui devrait être portée, logiquement, rationnellement, sur la vision, le programme du candidat, pour provoquer, émotionnellement, spontanément, la détestation de la personne. À des degrés plus ou moins variables, les écuries politiques pratiquent presque toutes, allègrement et sans beaucoup de scrupules, le recours au procédé facile de la caricature. Efficace, moins risqué et plus rapide que de contre-argumenter.
            Mais, reprit-il, un procédé qui comporte un risque majeur. Ignoré jusqu’à ce qu’il explose à la figure de ceux qui en usent et abusent. Comme, récemment le Brexit pour commencer, l’élection surprise d’un Père Ubu américain ensuite, l’ont démontré. La focalisation sur la recherche d’angles d’attaque aussi artificiels que spectaculaires, empêche de repérer et de s’intéresser aux mouvements de fond de la société à laquelle on prétend s’adresser. L’outrance de la simplification du discours politique génère et renforce la distance qui sépare de plus en plus une masse grossissante de la population de ses représentants. Qui sont jugés ne plus la représenter. 
          La réalité, constituée de la peur d’un changement accéléré, des difficultés d’adaptation, des pertes de toutes sortes, emploi bien entendu mais aussi repères, espoir, croyances, de l’addition de frustrations, du sentiment d’abandon, du manque d’écoute, jettent cette population vers les solutions de recours. Celles qui, habilement, exploitent l’écart entre la vie réelle et toutes les formes de vie promises. Celles qui habillent les solutions les plus simplistes, protectionnistes, conservatrices, fermées, des couleurs du grand nettoyage, de la grande réhabilitation, du grand retour à la vie d’antan. Celles qui, finalement, se font porter au pouvoir par la vague du mécontentement des oubliés de la joute des leurres.
              Jonathan prolongea la démonstration.
            Des leurres qui jouent également leur rôle néfaste chez les vieux pays européens, dans le registre socio-économique. La dureté des temps, le réflexe de repli face aux mouvements irrépressibles des migrations, l’instabilité des institutions, la diffusion généralisée du terrorisme, la faiblesse des gouvernances à tout niveau, concourent ensembles à faire des minorités les boucs émissaires de toutes les craintes des majorités.
            L’immigré, l’étranger, deviennent des leurres naturels. Là encore, il est plus facile de procéder par gros traits. D’en faire les responsables de ces craintes. Au risque, là encore, de ne pas prendre le temps de l’analyse. De privilégier l’émotion par rapport à la réflexion. En ignorant la dimension positive que représente l’apport d’énergie, de jeunesse, d’envie nouvelles, d’une force de régénération et non de dégénération. Au risque aussi de se dispenser de faire les efforts nécessaires d’accueil, de formation, d’intégration, tels que l’État israélien sait les mettre en œuvre pour absorber ses vagues incessantes de nouveaux arrivants.

- Voilà. Tu as enrichi ton vocabulaire français, conclut Jonathan, en clin d’œil.
- Comme je ne veux pas être en reste, c’est français de dire ça n’est-ce-pas, lui renvoya son ami, je vais enrichir ton américain : When the wise shows the star, the fool loks at the finger 

2 commentaires:

Véronique Allouche a dit…

Jonathan tout entier dans son part pris a oublié de préciser que le candidat des Républicains s'est excusé en dénonçant cette odieuse caricature et a demandé des sanctions internes. Il semble que Fillon lui-même n'ait pas été mis au courant de cette injure antisémite. Jonathan manquerait-il de nuances en se leurrant sur le fond et en ne prenant en considération que la forme?
Bien à vous

Marianne ARNAUD a dit…

Quand les leurres se suivent et se ressemblent.
Cet article est à mettre en parallèle avec celui de monsieur Benillouche daté du 24 janvier 2012, consacré à François Hollande, intitulé : "A new star française is born". Chacun appréciera à sa manière l'audace linguistique, mais ce n'est pas à monsieur Benillouche que l'on eût pu reprocher de ne pas regarder la star !
Entre autres, il écrivait : "Il est certes difficile de toucher un missile qui s'élève dans le ciel et d'abattre un candidat lisse, à la mine de jeune communiant..." !C'était en quelque sorte le "candidat christique" de 2012.
On sait ce qu'il en est advenu !