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jeudi 23 mars 2017

Esperantophone par Claude MEILLET



ESPERANTOPHONE

L'opinion de Claude MEILLET


            
Caractères de Gutenberg

          Pour parler d’image, quoi de mieux que d’imaginer son propre scénario de cinéma. Stimulé par un formidable film en bande dessinée, Jonathan se prit à illustrer la réflexion que ce spectacle venait de provoquer. Le film décrivait un monde de silhouettes humaines, errant comme des zombis, suivant hypnotiquement le smartphone que leur main brandissait devant eux.






            Plan-1. Gutenberg aligne ses caractères en plomb et s’échine sur sa presse qui crache des feuillets qui s’envolent partout dans le monde. Le texte imprimé devient la façon majeure de communication et de transmission entre les hommes
            Plan- 2. En fondu enchainé, la plume d’oie se transforme en plume sergent-major, qui lentement devient clavier de machine-à-écrire, puis clavier d’ordinateur. Les capacités magiques de l’informatique font évoluer chacun d’entre nous en créateur de documents clairs, structurés, parfaitement lisibles, animés par la créativité individuelle.
            Plan-3. Internet fait irruption dans un monde de lettres et de mots pour s’affirmer, à la vitesse de la lumière, comme le grand Distributeur de l’information, le grand Echangeur entre les hommes de textes et d’images. Il complète la révolution apportée au rapport entre les humains en charriant derrière lui, les nouveaux «réseaux sociaux».  Réseaux qui vont eux également, à une vitesse infernale, de façon spontanée, indolore et généralisée, répandre dans un monde qui ne s’en aperçoit pas immédiatement, un nouveau langage, celui du vocabulaire digital. Abréviations, allitérations, raccourcis, signes ésotériques, modifient, ponctuent, remplacent la phrase d’antan. C’est-à-dire d’une époque toujours existante mais soudainement vieillie, âgée, datée.

            Plan-4. Le téléphone portable apparaît, grossit en mutant en «smartphone». Outre sa fonction première, permettant de se contacter, de se parler, en tout lieu, à tout moment, il se dote très vite d’une fonction additionnelle d’un tout autre ordre. La caméra, photographie et vidéo. La capacité, accessible à tout un chacun, en tout point du globe, de transmission visuelle fidèle, instantanée, de son environnement, permet de documenter le monde dans une extra dimension par rapport au texte.
            A ce stade de son inspiration créatrice, Jonathan sent monter la nécessité de rupture du récit. De casser son rythme en cascade. De changer de musique et de passer à un type de discours plus analytique, plus réflexif.
            Plan-5. La transformation des lettres en pixels, des mots en images, films, vidéos, révèle aux humains étonnés, d’une manière subliminale qui peu à peu devient consciente, un changement de leur culture. Ils pratiquent un nouveau langage. La langue universelle. Celle de l’image. Le voilà l’esperanto, ce langage partagé par tous. Il fallait y penser. C’est le cas de le dire, sinon de l’écrire, il nous crevait les yeux.
            Plan-6. De par la suprématie combinée du logiciel, du hardware, de l’intelligence artificielle, des algorithmes, la culture visuelle s’est assurée une prédominance globale. Elle installe dans le monde d’infinies possibilités dans les deux dimensions de l’espace et du temps. On sait tous, tout, partout, tout le temps. Des assemblées de savants se posent soigneusement la question centrale. A-t’on perdu la troisième dimension, celle de la profondeur ? Il se dit même qu’un grand professeur soutenait la thèse que l’humain a bouclé le cycle. On est revenu à l’avant Gutenberg, au mode unique du savoir, qui n’est plus l’oral, mais la vue.
            Jonathan préférait toujours les fins heureuses.

            Plan-FIN. La conclusion du dernier colloque apportait une confirmation rassurante autant que définitive : l’écrit restait le mode le plus complet, le plus précis, le plus exact, de décryptage du monde et de description des hommes, de leurs pensées et de leurs actions. CQFD, en faire un article écrit, se dit-il.

1 commentaire:

Véronique Allouche a dit…

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec votre conclusion. Si l'écriture est un mode de transmission des plus efficaces, tout ne peut néanmoins pas s'écrire sur la pensée des hommes.
Nous avons tous en nous quelque chose d'inexploré, d'impalpable, d'impossible à traduire en lettres. Ce sont des sentiments, des images qui nous dépassent, c'est un regard échangé, un sourire à peine esquissé que l'autre comprend sans qu'aucune parole, écrite ou orale, n'ait été prononcée.
Le transcrire serait s'éloigner de ce rêve éveillé si fragile qu'il s'évanouirait sous le poids des mots, aussi beaux soient-ils.
Bonjour à Jonathan