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vendredi 10 février 2017

Michèle Alliot-Marie se rêve en plan M



MICHÈLE ALLIOT-MARIE SE RÊVE EN PLAN M

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 

            

          MAM, 70 ans, n’a pas attendu les déboires de François Fillon pour être candidate à l’élection présidentielle de 2017. Elle avait annoncé son intention dès le mois de décembre 2016. Aujourd’hui sa candidature prend un autre relief depuis que certains, au sein des Républicains, songent à une solution de remplacement de François Fillon, empêtré dans ses problèmes judiciaires. Les sondages le mettent en troisième position avec 17% des voix, derrière Emmanuel Macron alors qu’il y a quelques semaines l’élection était estimée imperdable par Alain Juppé d’abord puis par François Fillon ensuite. MAM ne se résout pas à l’élimination de la droite républicaine au second tour. Elle pense qu’elle pourrait éviter la déroute de son parti.



MAM à Bordeaux avec Alain Juppé en 2004

            MAM part avec plusieurs handicaps qui peuvent obérer sérieusement ses chances d’être élue.

            Elle ne dispose que de deux mois de campagne électorale pour se rappeler au bon souvenir des Français alors qu’elle s’était faite discrète durant les cinq dernières années, pour se mettre en réserve de la République. Elle avait mal digéré l’échec de Nicolas Sarkozy dans une élection pourtant imperdable.

            Elle se présente sans l’appui d’un grand parti ce qui limite les possibilités de financement réglementé de sa campagne et les soutiens de grandes personnalités politiques. L’État participe certes au financement en remboursant une partie des sommes engagées par les candidats, au moins 800.000 euros pour ceux n’atteignent pas 5% des voix au premier tour. Mais les dépenses des autres candidats peuvent atteindre 16 millions sachant qu’un seul grand meeting coûte au moins un million d’euros.
            Enfin une incertitude existe en qui concerne l’obtention des 500 parrainages d’élus indispensables pour valider sa candidature. Il est à craindre que les Républicains imposent à leurs élus une interdiction de cautionner une candidate hors parti puisqu'ils ont leur candidat officiel. Selon les derniers pointages, elle aurait obtenu 300 promesses. Les élus signataires doivent adresser directement leurs parrainages au Conseil constitutionnel, du 23 février au 17 mars 2017. Sa candidature reste donc à la merci du bon vouloir de quelques élus qui pourraient cependant faire preuve de plus de réalisme en raison des événements inattendus.

          La polémique avec la Tunisie. Il a été reproché à MAM, lorsqu’elle était ministre des affaires étrangères, fin décembre 2011, de s'être rendue en vacances en Tunisie, avec son compagnon et ministre, Patrick Ollier, alors que les troubles du Printemps arabe avaient commencé, puis d’avoir bénéficié pour un vol intérieur du jet privé d’un de ses amis, l’homme d’affaires tunisien Aziz Miled.

            MAM dispose cependant de solides atouts qui donnent du poids à sa candidature.

            Dans un monde politique macho, elle incarne la réussite des femmes politiques. Certains la considèrent comme féministe. Elle n’a d’ailleurs jamais voté les lois sur la parité et elle s’en explique : « Je suis contre les lois sur la parité car ça me fait trop penser aux quotas et les femmes ne sont ni des quotas laitiers, ni des quotas de vaches. C'est un élément de dignité. Le seul problème vient du manque de volonté politique ».

            Elle dispose d’un CV « blindé », le plus beau CV ministériel de la Ve République et de références politiques qui ne la font pas passer pour une candidate farfelue de circonstance. Elle est diplômée d'études supérieures de droit privé, de science politique et d'histoire du droit. Elle a obtenu un doctorat en droit en 1973, de l'université Panthéon-Assas, et un doctorat d'État en science politique en 1982.  Elle détient également le certificat d'aptitude à la profession d'avocat (CAPA), le Certificat de droit et d'économie des pays d'Afrique et d'une maîtrise d'ethnologie.

            Elle a eu une carrière politique discontinue depuis 1983, d’une part sur le plan local à Biarritz et près de Saint-Jean-de-Luz puis ensuite sur le plan national. MAM a été députée des Pyrénées-Atlantiques durant six législatures, entre 1986 et 2012. Elle a présidé le RPR de 1999 à 2002. Elle a été membre des gouvernements Jacques Chirac (1986-1988) puis Édouard Balladur (1993-1995) et a assumé par quatre fois et sans interruption des portefeuilles ministériels régaliens (Défense, Intérieur, Justice et Affaires étrangères) de 2002 à 2011, tout en étant «numéro deux du gouvernement» avec le titre de ministre d’État entre mars et mai 2007. Enfin en 2014, suite à la vague socialiste, elle est devenue députée européenne. Sa candidature a ainsi un certain poids.

            MAM fait partie des gaullistes historiques et n’a jamais dévié de son idéologie. C’est d’ailleurs à ce titre qu’elle s’est opposée aux primaires de la droite expliquant que la Constitution voulue par le général de Gaulle est claire à ce sujet. Elle pointe d’ailleurs les problèmes actuels dus aux appareils des partis qui ont transformé l’esprit de l’élection. Le candidat ne procède pas d’un parti mais directement du peuple. Elle avait donc lancé le mouvement «Nouvelle France» le 7 avril 2016, pour se porter candidate à l'élection présidentielle après avoir renoncé à se présenter à la primaire de la droite et du centre. Elle s’est déclarée officiellement candidate à l'élection présidentielle le 8 décembre 2016.
          Le Canard Enchaîné avait assuré que la candidature de Michèle Alliot-Marie avait pour but d’obtenir la 7e circonscription des Hauts-de-Seine : «La candidature de Michèle Alliot-Marie à l'élection présidentielle ne serait qu'un moyen de mettre la pression sur François Fillon». Mais depuis la donne a changé, MAM devient crédible.
            La perte de légitimité de François Fillon a accru ses chances car ceux qui ne veulent absolument pas d’un candidat disqualifié envisagent l’abstention car ils ne se reconnaissent ni dans Emmanuel Macron et encore moins dans Marine le Pen. MAM pourrait donc attirer à elle ceux qui estiment que cette élection ne doit pas être perdue par la droite républicaine. Elle est pour l’instant raillée car elle paie sa sortie des radars médiatiques depuis cinq ans. Mais elle a eu l’avantage d’avoir du flair ; le 18 septembre 2012, Michèle Alliot-Marie avait annoncé qu'elle ne choisissait pas entre François Fillon et Jean-François Copé dans la compétition qui les opposait pour la présidence de l'UMP lors du congrès d'automne 2012. Elle s’était alliée à Roger Karoutchi, Gérard Larcher, Patrick Ollier et Henri Guaino, dans une motion indépendante au sein du parti, «le gaullisme, une voie d’avenir pour la France», des alliés de poids.
MAM et Patrick Ollier

            Michèle Alliot-Marie aura deux mois pour dévoiler les pans de son programme qui resteront certainement dans la lignée du gaullisme. Elle peut compter sur le soutien de son compagnon, Patrick Ollier, maire républicain de Rueil-Malmaison et député des Hauts-de-Seine. Sa victoire dépendra de la décision des Républicains en ce qui concerne le sort de François Fillon et de l’état des sondages qui risquent de précipiter son remplacement par le fameux plan B. Il est certain que MAM est fermement accrochée à son plan M. En tout état de cause, si sa candidature est maintenue, elle risque de porter préjudice à François Fillon en le privant de quelques voix. Sa capacité de nuisance est réelle. MAM pourrait jouer le rôle dévastateur de Christiane Taubira en 2002 face à Lionel Jospin.
          Les chances de MAM sont certes faibles mais l'Histoire a montré que nous n'étions pas à l'abri de surprises. Face à Marine Le Pen elle fera plus que de la figuration.


3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

J'ignore tout des sujets proposés aux élèves des écoles de journalisme, dans le cadre de leurs études, mais j'imagine assez bien celui qui aurait pu vous conduire à rédiger cet article :
Imaginez que Michèle Alliot-Marie présente sa candidature à la prochaine élection présidentielle française. Construisez votre article en prenant soin de relever les forces et les faiblesses de cette candidature. A noter : il ne sera tenu aucun compte du fait qu'il ne s'inscrirait pas dans la réalité politique française du moment.

Très cordialement.

Véronique Allouche a dit…

@marianne Arnaud
Votre commentaire m'a fait sourire de plaisir par la tournure de vos phrases. Mon seul regret est de ne plus vous lire.
Absolument cordialement

andre a dit…

Bravo Marianne Arnaud ! C'est une critique subtile d'un article " hors sol" . Bon! ça occupe ...
André M Tribune juive