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mercredi 15 février 2017

Les ennemis nationaux de Donad Trump par Dov ZERAH



LES ENNEMIS NATIONAUX DE DONALD TRUMP

Le point de Dov ZERAH


            

          La vie politique américaine est marquée par la morale, le bien et le mal, et donc par l’existence d’ennemis nationaux. Des bons et des méchants comme dans un western. L’Union soviétique avait été en son temps qualifiée d’«Empire du mal». Du temps de Ronald Reagan, il y avait les «États voyous» comme la Libye du colonel Kadhafi. Nous avons eu avec George Bush junior «l’axe du mal» composé de la Corée du Nord, l’Irak de Saddam HUSSEIN et l’Iran. Nous avons peut-être oublié son concept de «l’avant­-poste de la tyrannie» avec la Biélorussie, la Birmanie de la junte militaire, Cuba, et le Zimbabwe.



Frontière Mexique

            En moins d’un mois, Donald Trump a confirmé cette tradition des ennemis nationaux, et il en a désigné de très nombreux en un délai très court. La liste est longue, très longue ! Il y a les pays visés pour des considérations internes ou des raisons géopolitiques. Il y a eu très vite le Mexique avec le projet de construction du mur sur la frontière. Il y a les sept pays Libye, Irak, Iran, Somalie, Soudan, Syrie, Yémen, dont les ressortissants ont été interdits d’entrée sur le territoire américain, avant que l’application du décret ne soit suspendue par la justice américaine.
            Dans cette période d’incertitudes ouverte par l’arrivée de Donald Trump, certains pays testent son Administration, et jaugent sa capacité de réaction. C’est le cas de la Corée du Nord. La menace a été suffisamment prise au sérieux pour que le Secrétaire d’État fasse son premier déplacement à Séoul. Les déclarations américaines laissent présager le pire, même si la porte des négociations est ouverte.

            Il y a eu les essais balistiques de l’Iran qui ont entraîné de nouvelles sanctions américaines. C’est probablement le sujet le plus préoccupant car nous sommes entrés dans l’engrenage de déclarations problématiques au plus haut niveau, qui risque, à un moment ou un autre, de déboucher sur un affrontement armé, et un embrasement du Proche-Orient.
            Il y a eu aussi la Russie qui a relancé les combats dans l’est ukrainien. Cela a conduit les Américains à prendre leurs distances à l’égard de Wladimir Poutine, alors que le nouveau président a, à plusieurs reprises, marqué sa volonté de s’entendre avec la nouveau Tsar.
            Tout cela fait craindre le pire. À force de créer des foyers de tensions, Donald Trump risque d’entraîner son pays dans une nouvelle guerre. Un élément positif est intervenu, la conversation téléphonique entre les deux premiers américain et chinois. Au cours de l’entretien, Donald Trump a reconnu le principe de la Chine unique, ce qui revient à refuser tout contact diplomatique avec Taïwan, et à se déjuger après avoir eu un contact téléphonique avec son homologue de l’île. On finira par savoir si cette provocation était calculée, préméditée, ou seulement la manifestation d’une profonde impréparation. Les Taïwanais apprécieront.
Présidente de Taiwan Tsai Ing-wen

            Au-delà des dégâts importants vis-à-vis des deux pays, cela règle au moins momentanément un des trois problèmes avec la Chine ; les deux autres étant l’expansionnisme chinois en mer de Chine et le déséquilibre des échanges commerciaux entre les deux pays. Aux ennemis nationaux pour des considérations internes ou des raisons géopolitiques, le programme America first en crée logiquement d’autres.
            L’année 2016 s’est terminée avec un exceptionnel déficit commercial de plus de 500 milliards$, le plus important depuis 2012. Derrière ce déficit global, il y a quatre pays : la Chine avec un déséquilibre de 347 milliards$, le Japon avec 146 milliards$, l’Allemagne avec 70 milliards$ (près de la moitié du déficit de 146,3 avec l’Union européenne), et le Mexique avec 63 milliards$.
            Donald Trump considère que le libre-échange est la cause de ce déficit. Il sous-estime la faible compétitivité américaine. Ce déficit est structurel depuis longtemps, même en période de dollar déprécié. Croire que l’augmentation des droits de douane peut améliorer la compétitivité est une erreur fondamentale. Protéger une économie derrière des barrières tarifaires ne fait que créer des rentes et empêcher les indispensables ajustements.
            Partant de son constat, Donald Trump va ouvrir des négociations commerciales bilatérales et pense inverser les situations. Au-delà des perturbations induites par ces incertitudes, analysons chacun des quatre cas.
            Comment Donald Trump peut-il croire que les Chinois vont accéder à ses demandes ? Il ne devrait pas oublier que les Chinois ont une pièce maîtresse dans le rapport de forces entre les deux pays, les États-Unis ont besoin d’eux pour financer leurs déficits. Logiquement, le nouveau président en est arrivé à mettre en avant la sous-évaluation du yuan. Nous sommes logiquement face à un second engrenage, la guerre des changes en liaison avec les rivalités commerciales.

            Le cas japonais est intéressant, notamment à la suite de la rencontre du week-end dernier.  Le premier ministre japonais, M. Shinzo Abe, a anticipé et proposé la création de 700.000 emplois sur le sol américain. Il a proposé d’accompagner le programme d’infrastructures ferroviaires qu’envisage de lancer Donald Trump. Nous en sommes au grand marchandage avec les États comme avec les chefs d’entreprise.
            La visite du premier ministre canadien à Washington démontre les difficultés de la remise en cause du libre-échange entre les deux pays. Il n’est pas besoin de s’appesantir sur le Mexique compte tenu des relations déjà très compliquées entre les deux pays avec le sujet du mur. Enfin, en ce qui concerne l’Allemagne, rien n’a été annoncé ou envisagé pour le moment.
          Aujourd’hui, on peut bien se demander quels sont pour Donald Trump les pays amis sur lesquels il va appuyer sa politique étrangère. Pour Donald Trump, les alliances des États-Unis sont précaires, révocables, et les inflexions sont brusques. Cela pourrait-il durer ? Espérons que la réponse ne passera pas par la guerre !


1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

"Dans cette période d'incertitudes ouverte par l'arrivée de Donald Trump..."
Car avant l'arrivée de Donald Trump, tout n'était qu'ordre et beauté, luxe calme et volupté !