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dimanche 5 février 2017

Avec Amona, les néo-sionistes bafouent la loi d'Israël



AVEC AMONA LES NÉO-SIONISTES BAFOUENT LA LOI D’ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 

            

          L’affaire de l’implantation d’Amona en Cisjordanie est l’exemple même d’un déni de justice qui s’étire au long des années. Pourtant l’affaire est simple. L’implantation a été fondée en 1995 sur des propriétés privées palestiniennes et compte aujourd’hui 300 habitants qui ont fait une affaire d’État de leur expulsion. Si le gouvernement avait détruit les deux ou trois premières caravanes installées de manière illégale dès l'origine, le problème n'aurait pas pris cette ampleur. Plusieurs décisions de la Cour suprême d’Israël sont restées sans suite. Cette Cour cumule les attributions en France du Conseil Constitutionnel, de la Cour de Cassation et du Conseil d’État. C’est dire son importance.
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            En 2006 Amona avait été jugée illégale d'après le droit israélien.  En décembre 2014, la Cour avait ordonné à l'État de faire évacuer et de détruire l’implantation dans les deux ans. Face aux nouvelles réticences de Netanyahou, la Cour a réaffirmé cet arrêté en novembre 2016, en fixant la date butoir pour la démolition au 25 décembre 2016. 
            Le droit n’est pas respecté et les décisions de l’instance suprême du pays sont bafouées par l’action de nationalistes extrémistes israéliens qui s’activent à répandre l’anarchie dans les implantations illégales, avant de la propager en Israël. Ils font partie d’un mouvement ultra-nationaliste et religieux qu’ils qualifient de néo-sionisme et qui est apparu immédiatement après la Guerre de Six-Jours, dans les années 1970. Principalement représenté au sein des habitants des implantations, le mouvement exige l'annexion de la Cisjordanie à Israël et l'expulsion progressive des Arabes palestiniens des terres juives. Le parti Käch, interdit en Israël mais dont les idées perdurent grâce à quelques irréductibles, représente l’expression la plus extrême du mouvement.


            Les néo-sionistes considèrent que les gouvernements successifs, de gauche et de droite, n’ont pas assimilé l'impossibilité pour les Arabes et les Juifs de vivre ensemble en paix. Ils prétendent que l'attitude arabe envers Israël prend ses racines dans leur antisémitisme et que seul le sionisme historique donne l’illusion qu'il est possible de vivre en paix avec eux. Ils considèrent les Arabes israéliens comme une cinquième colonne qui pose une menace démographique et sécuritaire pour le pays. De leur point de vue, la seule solution pour obtenir la paix est la dissuasion et les représailles et le transfert de la minorité arabe hors du pays.
            Ces néo-sionistes estiment que la faiblesse du nationalisme israélien provient du rejet de la culture et des racines juives. Ils visent ainsi les laïcs et les juifs traditionalistes imprégnés de siècles de pratique juive non orthodoxe qui leur a permis de maintenir leur identité malgré les vicissitudes de la Diaspora. Considérant la Terre d'Israël comme un foyer national et une promesse biblique pour le peuple juif, ils réécrivent l’Histoire à leur façon en soutenant que l'objectif d'un État juif n’a jamais consisté à créer un refuge pour les Juifs mais que cela découlait d’un destin historico-national écrit par avance.

            Ils sont apparus sous différentes appellations politiques à travers des entités microscopiques comme Tehiya, Tsomet et Moledet, puis ont fait de l’entrisme en noyautant les grands partis : Israël Beitenou, Bayit Hayehudi et même le Likoud. Ils accentuent les dimensions messianiques par opposition au sionisme qui accentue ses dimensions universalistes. Minorité sous les précédents gouvernements, ils ont pris de l’ampleur au sein des coalitions car leur dizaine de voix était indispensable à la constitution d’une majorité. Pour eux le sionisme historique est une idéologie dépassée ou caduque car Israël est devenu un fait incontournable, dont l'existence n'est plus remise en question, contrairement à la thèse officielle de l'État en danger permanent.

            L’affaire d’Amona est le type même d’une affaire montée en épingle par les extrémistes pour tester le gouvernement et pour obtenir de nouvelles constructions dans les implantations. Ils surfent sur la faiblesse d’un gouvernement lié par une majorité étroite qui lui impose ses diktats et qui fait partie d’un lobby « pro-colonisation ». Ils bénéficient d’une indulgence de la part des autorités malgré les violences qu’ils commettent. À plusieurs reprises, les forces de l’ordre ont fait face à des violences inadmissibles de la part d’anarchistes qui constituent un véritable danger car ils ne respectent ni les lois et ni la police. Des vandales ont dessiné une croix gammée sur la synagogue d’Amona pour comparer la police israélienne aux nazis.

          Plus le gouvernement se montre indulgent et plus ces groupes se renforcent mettant en danger la stabilité du pays. Cette minorité d'extrémistes semble gagner du terrain et sème le trouble dans la classe politique israélienne. Déjà Tsipi Livni, du temps où elle était ministre de la justice, avait jugé ces exactions comme des actes terroristes : « Je peux vous assurer qu'il n'y a aucune raison politique ; il faut juste que nous acceptions qu'il s’agisse de terroristes qui cherchent à transformer la société israélienne en société où règne la haine ».
            La création de troubles a pour but final de torpiller toute négociation avec les Palestiniens ou d’obtenir plus d’un gouvernement faible vis-à-vis d’eux. D’ailleurs le résultat ne s’est pas attendre.  Netanyahou a dévoilé des plans pour 3.000 nouveaux logements en Cisjordanie pour contrebalancer l’expulsion de 42 familles d’Amona. Il a mobilisé 3.000 policiers dans et autour de Amona pour les déplacer. Un cas ubuesque. Pourtant ces familles ont été informées depuis longtemps déjà puisqu’elles n’avaient pas eu gain de cause devant les tribunaux. La Cour suprême leur avait donné au moins deux ans pour organiser leur transfert. Il n'y a donc eu aucune surprise. 
          Mais leurs leaders ont plaidé pour une accentuation de la pression par simple intérêt politique. Par respect du droit et pour éviter toute violence, les familles auraient pu évacuer pacifiquement et tranquillement la région. Au contraire, elles ont été rejointes à l'avant-poste par 600 autres militants, étrangers à Amona, venus spécialement pour « casser de la police ». Alors qu’on a toujours critiqué les Palestiniens d’utiliser les enfants comme boucliers humains, on a volontairement laissé les enfants juifs assister à la violence face à la police pour les traumatiser à vie. Les parents qui mettent en avant leurs enfants à Amona font preuve d'une irresponsabilité déconcertante, et même coupable.
Moti Yogev

            L’extrême-droite ne respecte pas l’État de droit puisque l’un de ses députés, Moti Yogev de Habayit Hayehudi, a rejoint les manifestants dans un spectacle de solidarité. Et pourtant Avigdor Lieberman, pur et dur dans ses convictions nationalistes, a su faire preuve de discipline puisqu’il a déclaré que « son cœur était avec les colons Amona, mais leur protestation doit s’exprimer dans la loi ».  De son côté Netanyahou a préféré tirer avantage de la situation : « Nous construisons et nous allons continuer à bâtir ».
            La population d’Israël ne peut accepter qu’on porte atteinte à sa police et à son armée populaire de jeunes conscrits. Les jeunes manifestants intoxiqués, qui disent agir au nom de la religion, ne sont plus canalisés. En blessant 16 policiers à Amona, ils ont en fait attenté au peuple lui-même. Deux poids et deux mesures; s’il s’agissait de Palestiniens, la police aurait de plus longtemps usé de balles en légitime défense. Les contestataires bédouins ont en fait l’expérience. Mais quelques jeunes couverts de kippa et parés de tsitsit censés rappeler les commandements qu’ils transgressent, en ont décidé autrement. Ils ont forcé 3.000 forces de l’ordre à se mobiliser contre une minorité nationaliste au lieu d’agir contre les terroristes islamistes.

            Israël est un pays de droit qui a des principes à respecter. On ne se fait pas justice soi-même. Rien ne justifie de ne pas respecter les décisions de la Cour suprême qui se borne à faire respecter les lois votées par la Knesset. Alors les juges sont traités de « gauchistes » parce qu’ils ne disent que le droit. Il existe un cadastre et un droit du cadastre. La loi ne permet pas de construire où l’on veut même si le terrain est libre. Ce droit a d’ailleurs été contesté aux Bédouins qui ont dû se soumettre à la loi. On ne peut accepter le principe du fait accompli qui serait dangereux pour la démocratie. On ne peut se battre par principe pour quelques arpents de terre en Cisjordanie alors que le Néguev, pratiquement vide de Juifs, les attend depuis Ben Gourion. On ne peut invoquer d’arguments religieux à toutes les décisions nationalistes.  

            Les nationalistes bousculent tous les principes qui ont fait le lien du peuple juif. Ils ont attaqué l’armée quand elle a décidé de juger l’un des siens accusé d’un crime de sang-froid. Aujourd’hui ils font preuve de violence à l’égard de la police qui est chargée de faire respecter la loi et l’ordre. La loi est la loi. Des textes existent et on ne transige pas avec les principes ; seules les dictatures le permettent. 
          Le spectacle qui est donné en Israël de cette lutte intestine entre Juifs est du plus mauvais effet à la fois vis-à-vis des étrangers et des Juifs qui risquent d’hésiter à venir vivre dans un pays où les Juifs se combattent et subissent la dictature d’une minorité, même messianique.  

2 commentaires:

Patrick a dit…

Triste , lamentable . La lâcheté de Netanyahu face à ce qu'il faut bien qualifié de fascisme juif , met en grand danger l'avenir d'Israel

Georges KABI a dit…

Permet moi pour une fois d'etre en total desaccord avec toi. Amona c'est un cirque organise et planifie par le gouvernement israelien. Il s'agit de faire voir au monde que la solution de 2 Etats qui impliquerait l'evacuation d'un demi-million d'Israeliens est totalement impossible, la preuve: 42 familles ont pu etre evacuees mais on a du utiliser pour cela 3,000 policiers. Alors combien de policiers faudrait-il pour evacuer 500,000 personnes?

D'ou cette mise en scene, et la preuve c'est que les instances gouvernementales ont toutes assiste a l'edification de cet etablissement. La Compagnie d'Electricite avait integre Amona dans le reseau electrique national, Mekorot avait investi pour non seulement fournir de l'eau aux 42 familles mais aussi arroser leurs serres, d'autres organismes gouvernementaux ont ete utilises, l'armee par exemple pour assurer la securite de l'implantation, le Conseil Regional pour transporter les enfants a leurs ecoles, etc, etc...