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vendredi 17 février 2017

Après le Sinaï, Daesh cible Israël




APRÈS LE SINAÏ, DAESH CIBLE ISRAËL

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
           
           
Un check-point de l'armée à al-Arich, dans le nord du Sinaï
          Daesh a décidé d'ouvrir un nouveau front avec Israël en changeant de stratégie. Alors que sa position initiale avait pour objectif de créer un califat en Irak et en Syrie, il a désormais de nouvelles ambitions. Après la Libye et l’Égypte, il vise à présent Israël. Le 1er juillet l’État islamique avait attaqué quatre points de contrôle égyptiens et miné les alentours d'un commissariat près de Cheikh Zoweid. Des frappes aériennes avaient alors été menées par les avions de chasse F-16 et les hélicoptères Apache égyptiens. Cette guerre du Sinaï a fait au moins 36 morts, dont une majorité de soldats égyptiens. De leur côté, les djihadistes ont perdu une centaine de combattants.



Dôme de fer

            Le Sinaï s’enflamme et Israël commence à en payer le prix puisque quatre missiles ont été lancés sur Eilat le 8 février. Trois ont été interceptés par le système anti-missiles Dôme de fer tandis que le quatrième est tombé dans une zone inhabitée. Il ne s'agit nullement d'une erreur de tir mais bien d'une décision réfléchie consistant à une première pour la ville d’Eilat depuis la guerre de 2014. Le groupe djihadiste Province du Sinaï (Wilayat Sinaï), qui portait anciennement le nom d’Ansar Bayit al-Maqdis (Les Partisans de Jérusalem), est responsable du tir. Ces terroristes sont actifs dans la péninsule du Sinaï depuis 2001 mais ils ont réussi à étendre leurs actions en perpétrant des attentats au Caire en 2013. Le mouvement a prêté allégeance à l’État islamique le 10 novembre 2014 et est devenu une branche de Daesh qui le considère comme une province, la «Province du Sinaï».
Ansar Bayit al-Maqdis

            Ce groupe a revendiqué les tirs de missiles sur Eilat par un communiqué : «Un certain nombre de roquettes ont été lancées contre les centres juifs à Eilat, connu sous le nom d'Um Rashrash. Les Juifs et les Croisés doivent savoir que la guerre des apôtres ne les sauvera pas en aucune façon». Jusqu’à présent ces terroristes ciblaient en priorité les forces de sécurité égyptiennes et ils s'en prennent aujourd'hui aux villes israéliennes.
            Mais paradoxalement les dirigeants israéliens ont varié dans la désignation des responsables. Benjamin Netanyahou avait d’abord souligné que l'Iran et son programme nucléaire représentaient une menace beaucoup plus importante et effrayante que le Daesh. Après l'attaque à la roquette contre la frontière israélienne, les autorités ont pointé du doigt le rôle présumé joué par le Hamas qui serait complice d’Ansar Bayit al-Maqdis ce que réfute avec force le Hamas. D’ailleurs il est de notoriété que le Hamas et Daesh ne sont pas sur la même longueur d’onde. Des affrontements entre les deux groupes ont déjà eu lieu, dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, en Syrie. Par ailleurs, en avril, l’EI avait mené des attaques contre Aknaf Beïf al-Maqdas, une milice locale lié au Hamas, que Daesh qualifie d’apostat.
Yahya Sinwar

            Daesh ne menace pas uniquement Israël mais aussi les Palestiniens dont il se désintéresse de la cause. Il se pose en ennemi commun. Mais pour l’instant l’État islamique n’est pas une grande menace pour Israël. Le Hamas exerce un contrôle encore très serré de Gaza et le nouvel homme fort, Yahya Sinwar, n’est pas prêt à supporter une concurrence de la part des djihadistes. Le Hamas a une bonne connaissance des nébuleuses islamistes qui agissent dans la bande de Gaza. Il connait ses intérêts puisque l'on parle d’ailleurs de négociations qui seraient en cours pour la mise en place d'un cessez-le-feu durable, en échange de l'ouverture d'un port.

            Daesh avait déjà menacé directement Israël. Le groupe avait publié en octobre 2015 une vidéo en hébreu, dont l’orateur arabe israélien avait prédit que «pas un seul Juif ne sera laissé dans l'ensemble du pays». Il en avait publié une autre, le 11 novembre 2015, en menaçant cette fois Eilat. L’organisation avait annoncé que «les Juifs devront bientôt payer pour leurs crimes contre les musulmans. Nous sommes sur le bord du Mont du Temple en Palestine, à proximité des Juifs qui volent leurs terres». Daesh avait par ailleurs critiqué l'armée égyptienne qui «aide les Juifs à profaner les lieux saints des musulmans». Il avait déjà mis ses menaces à exécution, le 15 décembre 2016, lorsque deux roquettes Grad, tirées à destination de Nizzana à la frontière égyptienne, avaient atterri à l’intérieur du territoire égyptien.

            Les groupes islamistes, qui combattaient principalement le gouvernement égyptien d’Abdel Fatah al-Sissi, constituent un danger réel pour l’Égypte mais aussi pour Israël, surtout depuis la destruction d’un avion russe au Sinaï et la mort de ses 224 passagers en octobre 2015. Ce danger est d’autant plus alarmant pour Israël qu’Ansar Bayit al-Maqdis veut faire appliquer la charia dans les régions qu’il occupe. Daesh constitue également un danger pour le port d’Eilat et pour ses installations pétrolières, le seul port israélien qui permet de relier l’État d’Israël au sud et à l’est de l’Asie et qui constitue également une jonction entre la Méditerranée et la mer Rouge, alternative au canal de Suez. Depuis que l’économie israélienne a réorienté ses exportations vers l’Asie, Eilat est devenu un port stratégique pour Israël.

            Les attaques de Daesh se sont étendues au nord du Sinaï où est basée la Deuxième armée égyptienne alors qu’il ciblait auparavant les objectifs militaires et les postes de contrôle dans les villes d'Al-Arish, Rafah et Sheikh Zoweid. L’aide israélienne au renforcement sécuritaire au nord du Sinaï a poussé les terroristes de la Province du Sinaï à axer leurs attaques dans le centre et le sud du Sinaï où opère la Troisième armée égyptienne.
            On ne peut accuser les Égyptiens de mollesse puisque le 7 janvier 2017, leurs forces ont déjoué une attaque en tuant neuf assaillants. Le 25 janvier, elles ont tué trois terroristes au centre du Sinaï, arrêté 11 autres et détruit deux repaires terroristes extrêmement dangereux. Enfin le 28 janvier 2017, elles ont tué 6 terroristes et détruit un atelier de fabrication d’explosifs. Enfin, l'armée égyptienne avait annoncé le 6 février 2017, que lors d'un raid dans le centre du Sinaï, elle avait tué 14 terroristes et arrêté dix après avoir saisi trois voitures piégées, des dispositifs explosifs, des armes, des appareils de communication et des vêtements militaires.
Nitzanei fontière égyptienne

            L’Égypte, constatant une augmentation significative de l’activité terroriste dans le Sinaï, a mobilisé l'armée et la police contre une insurrection islamiste principalement dans le nord du Sinaï. Des centaines de morts ont été dénombrés des deux côtés depuis 2013. Compte tenu de ce bilan, Israël a permis à l'Égypte d'envoyer des forces supplémentaires dans la péninsule du Sinaï pour lutter contre les terroristes islamistes. Cela a permis aux forces armées égyptiennes de lancer des contre-attaques à travers la péninsule du Sinaï, en particulier dans les villes de Sheikh Zoweid, Rafah et Al-Arish.
Terroristes de Daesh éliminés au Sinaï


            Daesh a subi de lourdes pertes en Irak et en Syrie au cours des derniers mois et il a des difficultés à recruter de nouveaux membres. Par conséquent, il a décidé de se rabattre sur la Libye, le Yémen et la péninsule du Sinaï. En lançant son attaque contre Eilat, il cherche une forte publicité qui lui permettra de recruter de nouveaux membres et de rétablir sa réputation. L'Etat islamique, qui ne s'était jamais risqué à attaquer frontalement Israël, force l'Etat juif à sortir de sa neutralité ce que recherche évidemment Daesh. Israël ne permettra jamais d'attaque contre ses civils. 

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Voulez-vous nous dire que "État juif dur à cuire" est de retour, bien que vous écriviez encore : "Mais pour l'instant l'État islamique n'est pas une grande menace pour Israël" ? Le principal étant que vous terminiez cet article par la phrase : "Israël ne permettra jamais d'attaque contre ses civils."
Je crois que nous sommes nombreux à n'en avoir jamais douté même quand vous titriez : "Daesh ne vise pas Israël mais le Sphynx" ou pire : "Israël contre l'éradication de Daesh", où vous écriviez, au lendemain des massacres de Paris : "Le attaques que vient de subir la France sont négligeables par rapport aux éventuels effets d'une éradication totale de Daesh du Moyen-Orient." Et de nous expliquer que : "Israël montre sa préférence pour Daesh plutôt que pour le gouvernement syrien d'Assad".
Tout cela a l'air chamboulé, et c'est heureux !

Très cordialement.