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lundi 2 janvier 2017

Les paramètres de Clinton à Kerry par Jean CORCOS




LES PARAMÈTRES DE CLINTON À KERRY

Par Jean CORCOS

            

          Plus d'une semaine s'est écoulée depuis le fameux vote au Conseil de Sécurité de l'ONU, réclamant avec une sévérité particulière l'arrêt de toute construction israélienne au-delà de la «ligne verte» (donc Jérusalem-Est y compris), sujet devenu un «marronnier» dans les instances internationales tant il revient souvent ; mais une première au Conseil de Sécurité, dans la mesure où les États-Unis l'ont laissé passer, en s'abstenant sans utiliser leur droit de véto.




            Même si on considère que le développement sans retenue des implantations empêcherait toute continuité territoriale d'un hypothétique État palestinien ; et même si on pense que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase fut la capitulation du Premier Ministre devant ses partenaires ultra nationalistes dans l'affaire d'Amona, légitimant a posteriori les avant-postes construits sans autorisation, beaucoup de gens ont été choqués par cette résolution du Conseil de Sécurité, parce qu'elle attribuait clairement le blocage du processus de paix à Israël - avec certes quelques allusions au terrorisme et à l'incitation à la violence côté palestinien afin de la présenter comme équilibrée.
            Sont allés dans ce sens, d'ailleurs, les réactions d'organisations juives américaines de sensibilité plutôt modérée comme l'AJC, mais aussi la condamnation émise après coup par un pays comme l'Australie. Même le Royaume-Uni - qui a pourtant voté en faveur de la désormais fameuse 2334 -, a critiqué quelques jours plus tard la déclaration du Secrétaire d'Etat John Kerry, le mercredi 28 décembre, où il devait lourdement insister à nouveau sur le sujet des implantations. En effet, n’est-il pas possible de tenir pour vraies deux analyses en apparence contradictoires, mais en fait complémentaires : oui, le développement continu des implantations sabote la solution à deux États, et il faut le dire ; non, ce n'est pas la seule cause du blocage, et les Palestiniens en refusant Israël «État nation du peuple juif» portent une lourde responsabilité eux aussi.

            Mais ceci étant dit, force aussi est de constater que le public juif francophone, en Israël ou ici en France, semble n'avoir même pas lu ce que l'on devrait appeler «les paramètres de Kerry», définissant en quelque sorte un guide pour une paix définitive à négocier entre Israéliens et Palestiniens. Cela se comprend, vu la rancœur légitime envers le coup de poignard de l'administration Obama, à quelques semaines de la passation de pouvoir à la Maison Blanche. Mais cela me semble bien injuste aussi, pour qui a pris la peine de lire la retranscription de ce qu'a dit le Secrétaire d'Etat : hommage soit rendu, au passage, à l'excellent Times of Israël qui en a fait un long compte-rendu commenté ; voir en lien ci-après, la version française de l'article de Raphaël Ahren [1].

Premier paramètre, les frontières

            «Kerry réclame des “frontières internationales sûres et reconnues entre Israël et un Etat de Palestine viable et contigüe, sur la base des lignes de 1967 avec des échanges territoriaux mutuellement acceptés et équivalents».
            Il s'agit d'un principe accepté, implicitement ou explicitement par une grande partie de la Communauté internationale, et qui figurait parmi les fameux paramètres de Clinton définis à quelques semaines de son départ de la Maison Blanche, fin 2000. Il permettrait, en annexant les principaux blocs d'implantations, d'éviter le déracinement ruineux - et impossible à réaliser - de centaines de milliers d'Israéliens, en échange de zones à définir.

            Deux remarques : 1) Le fait de le dire revient à légitimer a posteriori les constructions dans ces zones là, et donc rend illisibles, justement, les résolutions de l'ONU considérant toute construction au delà de la ligne verte de 1967 comme illégitimes, à Jérusalem-Est y compris ; 2) Cela revient aussi à amender la fameuse résolution de la Ligue Arabe de 2002 («la Paix totale en échange d'une évacuation totale») ; or, et c'est le deuxième élément totalement zappé par les commentaires ici, trois États importants du Moyen-Orient ont dit leur accord avec les paramètres de Kerry, l'Egypte, l'Arabie Saoudite et le Qatar [2].

Deuxième paramètre, la reconnaissance de l’État juif

            Il s'agit, à mon avis, d'une évolution très positive par rapport aux fameux paramètres précédents. Extrait de l'article : «Citant le plan de partition des Nations Unies de 1947, Kerry a appuyé la demande faite par Netanyahou que les Palestiniens reconnaissent le principe de deux États pour deux peuples – l’un Juif et l’autre Arabe, se reconnaissant mutuellement et jouissant de la pleine égalité des droits pour leurs citoyens respectifs».
Camp David II

            Et le journaliste note que ceci ne figurait pas parmi les paramètres de Clinton, et que cela correspond à une exigence de Benjamin Netanyahou. A nouveau, deux remarques : 1) Bill Clinton ne l'avait pas posé comme principe en 2000, mais c'était déjà implicite dans l'autre paramètre -voir plus loin - de refus du fameux droit au retour des millions de descendants de réfugiés palestiniens de 1948, cause principale de l'échec des négociations de Camp David ; a fortiori, si on dit noir sur blanc qu'Israël est un État pour le peuple juif, on ne peut lui imposer un suicide démographique ; 2) L'accord de trois pays arabes sur ce point là - comme sur les autres - est une avancée sérieuse par rapport au flou du fameux plan de paix de 2002.

Troisième paramètre, les réfugiés

            Citation de l'article : «Kerry a réclamé une solution juste, convenue, équitable et réaliste à la question des réfugiés palestiniens». Israël devrait reconnaître la souffrance des réfugiés et la communauté internationale pourrait verser des indemnisations et les aider à trouver un foyer permanent… ou autres mesures nécessaires pour une réalisation globale et cohérentes de la solution prônant deux États pour deux peuples». N'entrons pas dans les détails puisque nous avons déjà abordé le sujet au paragraphe précédent.

Quatrième paramètre, Jérusalem




            Sur ce sujet-là, Kerry a été beaucoup moins clair que Clinton en 2000, qui préconisait que les quartiers juifs - y compris ceux construits à l'Est - soient à Israël et les quartiers arabes au futur Etat palestinien. Il préconise que la ville ne soit pas divisée, mais reconnue à l'International comme la capitale de deux États. Une formule séduisante, qui plait beaucoup en Europe où on aime les solutions moralement idéales ; mais sans jamais plonger les mains dans le cambouis en pensant à tous les détails pratiques, un domaine où excellent plutôt les Anglo-Saxons.

Cinquième paramètre, la sécurité


            Point non évoqué explicitement il y 16 ans, celui de la démilitarisation du futur État palestinien : une exigence de Benjamin Netanyahou à laquelle l'administration américaine sortante apporte, enfin, son appui. John Kerry cite même le précédent désastreux de l'évacuation de la Bande de Gaza, transformée par le Hamas en base de lancement pour missiles. Raphaël Ahren rappelle aussi que le premier ministre israélien réclame toujours une présence militaire de son pays : il y a donc une vraie opposition là-dessus et cela pourrait être très vite un autre point de blocage à de futures négociations.

Sixième paramètre, la fin de toutes les revendications


            C'est à la fois une demande israélienne, et une demande justifiée au vu d'un retour d'expérience souvent négatif (exemple du Liban qui conteste la frontière internationale après une évacuation totale en 2000) : une fois la Paix signée, «les deux parties mettront un terme officiel au conflit et aux revendications en suspens en « établissant des relations normalisées et une sécurité régionale renforcées pour tous, comme cela est envisagé par l’Initiative de Paix Arabe».  Sur ce dernier sujet, donc, à nouveau une avancée par rapport aux paramètres de Clinton.
            En conclusion - si bien sûr on dépasse la grille de lecture d'un large lectorat francophone, reprenant à son compte les arguments de l'aile droite du Likoud et de leurs alliés nationaux religieux - et si on dépasse un peu les émotions post-vote au Conseil de Sécurité, la position américaine léguée par l'administration Obama représente, aussi paradoxal que cela semble, une avancée positive par rapport à ce que proposait au tournant du millénaire un autre président, Bill Clinton ; mais celui là est resté infiniment plus populaire.



2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Voilà qui est étrange : monsieur Corcos écrit un article courageux disant qu'il est pour la solution des deux États, l'un juif et l'autre arabe, préconisée par John Kerry, et aucun Juif, qu'il soit israélien ou français, ne vient donner son opinion, qu'il soit pour ou qu'il soit contre.
Pour moi, qui ne suis ni juive ni israélienne et n'ai donc aucune opinion qui vaille sur le sujet, je me pose tout de même une question : au cas où les "paramètres Kerry" seraient acceptés et la solution des deux états adoptée en Israël, combien faudra-t-il de temps pour qu'en France, les Musulmans ne demandent - et par conséquent obtiennent - la constitution d'un État Arabe en France ?

Véronique Allouche a dit…

@marianne

En France leurs territoires sont acquis de longue date: ils se nomment les zones de non-droit découpés en parcelles selon les régions.
Si la question de Jérusalem est un vrai casse-tête, la réunification de la France ne l'est sans doute pas moins.....
Bien à vous et très bonne année.
Véronique Allouche