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lundi 30 janvier 2017

Deux actes horribles, tuer ses enfants



DEUX ACTES HORRIBLES, TUER SES ENFANTS

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps 

            
Comment cela peu arriver ?

          A un mois d’intervalle, deux crimes horribles ont secoué l’opinion israélienne. C’est d’abord une mère francophone religieuse de 36 ans, Sarah Cohen Zouari, qui étouffe le 2 janvier 2017 ses quatre petites filles âgées de 2 à 12 ans avant de se suicider à Jérusalem. Elle faisait partie des récents immigrants d’origine française. Retrouvée pendue au balcon, elle avait auparavant mis le feu à son appartement. 



Sarah Cohen Zouari

          Depuis, une chape de plomb s’est abattue sur ce drame parce que sur 4.806 suicides en Israël entre 2000 et 2013, 1.658 concernaient de nouveaux immigrants. Alors il faut éviter d’ébruiter un drame qui pourrait décourager l'arrivée de nouveaux venus.
            Les proches de Sarah n’avaient pas vu venir le drame car la famille semblait bien intégrée et sans aucun problème financier. Un même drame similaire s’était déjà passé en France, à Niort en 2013, lorsqu’une femme avait étranglé ses trois enfants âgés de 3 ans, 2 ans et quinze jours, avant de se donner la mort par pendaison. C’est exactement le même scénario qui s’est produit en Israël comme si Sarah s'était inspirée de cette information funèbre pour se libérer. Mais le drame ne s’est pas arrêté à ce cas-là.
Dor Sela Karsenty

            Un autre meurtre a ponctué l’actualité du 28 janvier 2017. Un père de famille, récemment entré dans la religion, abat ses deux enfants et sa femme de 23 ans, Dor Sela Karsenty, avant d’être arrêté. En ce début d’enquête, aucune explication n’est donnée par le meurtrier pour expliquer ou justifier un tel acte abominable. Il souhaite seulement que « Dieu lui pardonne ». Comment peut-il croire encore en Lui après sa tuerie gratuite ?
Nadav Sela l'assassin

            Ces crimes dépassent l’entendement. Il est difficile d’intégrer l’idée que l’on peut sacrifier la chair de sa propre chair. Il ne peut y avoir d’explication rationnelle à ces filicides car dans les deux derniers cas relevés en Israël, on n’a constaté aucun contexte de violence conjugale. Ces crimes sont souvent perpétrés par des personnes schizophrènes, touchées par un phénomène psychotique. Dans un moment de délire incontrôlable, souvent dû à une dépression aux causes multiples, ces assassins croient que leurs enfants sont ensorcelés et qu’il faut les envoyer dans l’au-delà.
Le drame de Migdal

            La personne fragile, livrée à elle-même, n’est plus capable de faire face à ses obligations. Elle refuse d’abandonner ses enfants au monde cruel et préfère les tuer puisque, pour elle, tout est fini. Exterminer sa famille est un moyen de ne pas la laisser souffrir et cela passe par une disparition avec l'ensemble de ses proches. Tuer ses enfants est cependant un acte inimaginable pour des êtres normaux, qui ne peut s’expliquer que par un moment de solitude ou d’anéantissement. Ces crimes sont difficiles à prévoir car les personnes qui les commettent ne font jamais appel à de l’aide qui pourrait les sortir de leur enfermement. Souvent l'isolement social et moral fait que ces drames se terminent mal lorsque la famille proche, à savoir les parents et les frères, n’entoure plus les jeunes couples dans leur nouvelle vie.
            On ne peut pas empêcher une certaine culpabilité consciente ou inconsciente de la part des criminels exceptionnels. L’angoisse d’être agressif avec les personnes que l’on aime accroît la crainte de les perdre parce qu’on y est trop attaché. Dans le cas de ces deux drames, la dimension religieuse est aussi une donnée qui a pu influer sur les intentions criminelles. Ces deux familles traditionnelles venaient d’entrer dans la religion orthodoxe avec ses règles et ses exigences qui les éloignent de la société moderne et les détournent vers le « droit chemin ». Certains éléments fragiles peuvent alors subir le choc brutal d’une vie nouvelle à laquelle elles ne sont pas préparées.
            Pour les croyants juifs, même si Dieu laisse la place au libre arbitre, il prédétermine la durée de vie, la richesse et les opportunités basiques : « Dans toutes tes voies, connais-Le et il dirigera tes sentiers » (Proverbes 3, 6). Alors certains interprètent mal ce côté fataliste. La situation devient plus grave lorsque, avec une certaine passivité, une personne faible est soumise à un lavage de cerveau par un gourou patenté. 
          Une certaine approche religieuse mal encadrée peut pousser une mère ou un père à tuer ses enfants pour qu’ils aillent au Paradis, avant qu’il ne soit trop tard. Certaines mères, qui avaient tué leurs enfants et avaient raté leur suicide, s’étaient justifiées en expliquant qu’elles voulaient que leurs enfants « soient en sécurité et aillent au Paradis. Ils n’étaient pas entre de bonnes mains auprès de leurs parents sur terre ».
            On ne connaît pas les motivations réelles de ce père de famille, au nord d'Israël, à Migdal près de Tibériade, qui a poignardé sa femme de 23 ans et ses deux garçons. Mais c’est un croyant qui n’a pas tout à fait assimilé son rôle et sa nouvelle condition.
Alyah

            L’alyah est une décision grave qui ne peut se concevoir sans préparation. A l’occasion de ces crimes, il devient important de se pencher sur la situation de nombreux olim, lâchés dans la nature, après une transplantation dramatique. Malgré leurs convictions sincères et leur bonne volonté, ils ne changent pas de vie sans subir le contre choc d’une insertion dans un monde nouveau.  Ils ont besoin d’être encadrés, réconfortés, suivis, et aidés. Dans beaucoup de cas, ils trouvent des soutiens autour d’eux. Mais d’autres n’osent pas se déconsidérer en avouant leurs difficultés d’adaptation. Il ne s’agit pas uniquement de conditions matérielles, d’emploi ou de logement.

            De nombreux témoignages nous parviennent sous forme d’appels au secours, surtout de la part de femmes désemparées, mais nous avons toujours estimé que leur publication risque d’être mal interprétée. Les femmes sont fragiles car souvent, elles portent sur leurs épaules tout le fondement de la famille. Une seule faiblesse mal contrôlée et elles sombrent dans l’irréel jusqu'à rechercher la voie du monde à venir (olam haba) qui n’attire que les bons et les innocents tandis que les mauvais sont condamnés à souffrir sur terre, pour expier.  

          Alors, ou bien ces êtres fragiles trouvent un sursaut dans un retour à la case départ, dans leur pays d’origine, en catimini pour ne pas choquer ou être montrés du doigt face à leur échec, ou bien ils se libèrent en disparaissant dans le monde des textes sacrés, loin des vivants, en emportant avec eux leurs êtres les plus chers.  

3 commentaires:

邓大平 עמנואל דובשק Emmanuel Doubchak a dit…

Pour avoir vécu une telle situation, je pense que les problèmes liés à l'infanticide, dans ces différentes variantes, sont ceux de la société au niveau individuel. La pression sociale exercée contre les gens qui "dénoncent" (au lieu de les aider en leur laissant le champ libre) les malades est très forte, au sein même de leur conscience, nombreux sont ceux qui prennent en pitié les futurs infanticides, même lorsque leurs propos sont clairs. Même lorsque l'intervention médicale est urgente et indispensable, on culpabilisera ceux qui agissent. On les accusera même d'être des monstres. Le crime n'ayant pas eu lieu, on s'en sort à bon compte aux dépens de ceux qui ont agi. Par contre, si le meurtre a été commis, ces mêmes personnes diront que rien ne laissait prévoir de tels actes. Hélas, nul n'est plus aveugle que ceux qui préfèrent brûler le messager.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Si odieux et dérangeants que soient ces actes dramatiques, je ne crois pas qu'il soit judicieux de les relier, ni à l'alyah de ces jeunes femmes, ni encore moins, à leur sentiment religieux. Tout porte à croire qu'il s'agit, une fois de plus, de ce que les psychiatres désignent sous le nom de "suicides altruistes" qui existent partout, depuis la nuit des temps. C'est ce que le psychiatre Roland Coutenceau explique dans cet article du journal La Croix, qui date déjà de 2013.

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Les-psychiatres-tentent-d-expliquer-les-suicides-altruistes-2013-08-20-1000402

Très cordialement

Bliah philippe a dit…

Je partage l'avis de Mme Arnaud : il n'est effectivement pas judicieux de relier ces actes de folie à autre chose que des troubles graves de la personnalité relevant de la psychiatrie profonde,sans relation avec la religion ou l'alyah qui peuvent se révéler des facteurs d'épanouissements pour les uns ou destabilisants pour d'autres... pourtant pas au point de commettre l'extreme à ce degré.
J'ai connu en France (comme il y'en a partout) des cas de personnes suicidaires par nature, sans lien aucun avec l'appartenance religieuse ou la situation patrimoniale qui sont parvenues à leur fin, emportant d'autres membres de leur famille avec eux, certains aprés plusieurs tentatives ratées malgré une surveillance et d'autres apparemment saines d'esprit qui sont passées à l'acte collectif suite un revers de chance dans la vie.
Je crains pour notre part qu'il n'existe pas de réponse autre que dans le silence et la désolation.