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lundi 12 décembre 2016

MACRON : L'étoile montante ou l'illusioniste



MACRON : L’ÉTOILE MONTANTE OU L’ILLUSIONNISTE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
            

          Il est difficile d’échapper à la campagne médiatique, bien menée, du candidat Emmanuel Macron qui reste inclassable sur l’échiquier politique traditionnel. Il dit lui-même qu’il n’est ni de droite et ni de gauche. Il est sûr qu’il tient à ne pas être l’homme politique aux idées moisies. Il donne un coup de vieux aux hommes politiques qui nous gouvernent. Il veut s’inspirer des modèles jeunes dans le monde qui ont plus ou moins réussi. Barack Obama a été élu à 47 ans, Justin Trudeau à 44 ans et Matteo Renzi à 39 ans. Macron ne voit aucune raison pour ne pas être de la fête à 39 ans.



Mais les partis le rejettent comme un parvenu alors qu’il veut «débloquer la France» avec son mouvement «en Marche». S’il suscite de l’audience, il part sur le terrain avec de nombreux handicaps. Il n’a jamais été élu, n’a jamais dirigé une mairie, n’a pas l’expérience d’un chef d’entreprise, n’a jamais milité dans un parti et n’a jamais eu de responsabilité politique autre que ses deux années de ministre. C’est un homme de la théorie apprise dans les Grandes Écoles. Il n’est soutenu par aucune machine politique ayant des relais sur le terrain et dans les conseils locaux. Il est enfin marqué au fer par sa fonction de banquier d’investissement, loin des préoccupations des petites gens.


Mais il est vrai aussi que les Français ont besoin de renouveau après avoir subi en vain l'échec de la Gauche et de la Droite au pouvoir. Ils pensent que les machines politiques sont grippées et ils croient en Macron qui veut briser la résistance française au changement de fond en empruntant des solutions aux deux bords, sur l’immigration, sur le protectionnisme et sur l’identité. Il veut se positionner au-delà des clivages pour adapter sa pensée progressiste à l’économie moderne. 
Pour cela il doit négocier les systèmes de protection sociales et de l’emploi pour résorber les 25% de chômeurs chez les jeunes. Durant ses études politiques, il a dû certainement lire ce qu’a écrit il y a 40 ans, le sociologue français Michel Crozier dans «La société bloquée». Il y fustigeait déjà les difficultés françaises à s’adapter à un monde en mutation. La question est de savoir si Macron sera capable de surmonter ces blocages.
            Macron sait jouer avec son public ; il se montre simple dans la rue pour effacer son image de diplômé rigide, capable de s’arrêter pour discuter avec ceux qui l’abordent. Il se la joue jeune, qu’il est d’ailleurs. Il veut répondre aux failles des démocraties libérales occidentales confrontées à la montée du populisme. Pour lui : «le nouveau clivage politique est entre ceux qui ont peur de la mondialisation et ceux qui voient la mondialisation comme une opportunité, ou au moins comme un cadre pour une politique qui tente d’offrir un progrès pour tous». Son diagnostic peut s’appliquer à d’autres pays qui constatent que le fossé entre gauche et droite est grignoté par la montée des nationalismes, en particulier du Front national qui est le seul à offrir de l’espoir à ceux qui sont déçus par l’élite politique actuelle.
Ses méthodes d’action sont modernes. Il a recruté 16.000 volontaires pour recueillir les desiderata de la population et pour obtenir l’adhésion de 50.000 nouveaux membres à son mouvement. C’est moderne, c’est original pour avoir le contact direct avec ses futurs électeurs qui ont souffert de désillusion.  Mais sa stratégie de ni gauche ni droite ne suffit pas à affronter le nationalisme d’extrême-droite. Il estime qu’il ne faut pas combattre la peur de l’immigration ou de la mondialisation par la crainte d’une victoire du FN. Il doit apporter des solutions concrètes pour aboutir au progrès et à l’égalité des chances. 
Banque Lazard

Macron peut être trahi par son inexpérience. Il devra se défaire de l’image qu’on garde de lui du diplômé de l’ENA, de l’ancien banquier et de l’homme politique détesté par les syndicats qui interprétaient mal sa critique des 35 heures. Il semble d’ailleurs qu’il soit revenu sur cette question qui faisait désordre dans son programme.  
            Mais certains points de son programme sont encore contestés par les professionnels économiques. Il est trop tôt pour analyser ce qui n'est pas encore chiffré. Il en trace certes les contours mais encore faut-il mesurer sa faisabilité. Macron se présente comme «le candidat du travail» mais, a priori,  ses propositions ne sont pas innovantes. Il reste peu clair sur la fiscalité car il ne va pas loin sur la stratégie fiscale. Il veut remplacer les cotisations salariales par de la CSG. D’autres y ont pensé aussi mais l’innovation aurait été de remplacer les cotisations patronales par de la CSG.
            Sur la politique internationale, il rejoint en partie les idées de François Fillon puisqu’il estime que la France doit cesser d’exiger la démission de Bachar Al-Assad comme une condition préalable pour l'organisation de négociations inter syriennes : «Je pense que la France ne doit plus faire de la destruction de Bachar Al-Assad un préalable à tout. Le préalable à tout, ce sont deux choses : le secours humanitaire à tous les civils sur place et la destruction de l'islamisme terroriste, Daesh, Al-Nosra, sur tout le territoire, et la construction d'une transition politique pérenne crédible sur le territoire syrien». Il a également souligné qu'un dialogue avec la Russie doit être mené concernant l'accord de paix pour la Syrie dans le cadre de l'Onu : «Si je suis élu, je parle en particulier à la Russie pour trouver un accord. Je parle dans le cadre d'une discussion onusienne, sans complaisance, et je n'achète pas les arguments de celles et ceux qui sont fascinés par Poutine, mais en même temps il faut être réaliste. Je veux un mandat de l'Onu pour une intervention humanitaire sur Alep et toutes les autres zones».
            Sans conteste, le meeting du 10 décembre à la Porte de Versailles a marqué les esprits, pour deux raisons. D’une part le nombre de participants, près de 15.000 personnes devant lesquels il a abordé tous ses sujets, prouve que les Français ne sont pas saturés de politique. D’autre part la jeunesse des participants avec une moyenne de 25/35 ans qui confirme que la politique n’a pas quitté les jeunes mais qu’ils s’y intéressent s’il y a matière pour eux à un quelconque espoir de changement. C’est une nouvelle donnée qui devra être prise en compte par les candidats. Ils ont entendu du concret dans un langage qui n’est pas réservé aux seuls professionnels. Macron ne pouvait pas s’adonner à de la démagogie car il avait face à lui une salle «plus lettrée» qui se distingue des habitués d’une gauche sensible aux thèses de Mélenchon ou de Hamon.

            Tout à présent doit décanter pour séparer le réel de l’illusion. On peut dire que Macron apporte de la jeunesse dans les idées et le comportement mais cela ne suffit pas à en faire un homme d’État capable de gérer un pays en risque de décomposition. Il devra affiner son programme pour convaincre plus de Français qu’il est capable de sortir des sentiers battus de la politique traditionnelle. Il lui reste cinq mois pour se distinguer et rassembler. 
          François Fillon a pris de l’avance ; il paraît vieux face à lui mais il rassure face à un risque d'aventure. Les socialistes sont renvoyés au musée de l’Histoire pour y rester certainement une ou deux mandatures tant ils font anachroniques. Il est triste que la France ne soit pas encore rodée pour rassembler les meilleurs dans l’intérêt du pays, ceux qui représentent la nouvelle vague et ceux apportent leur expérience. Elle souffre de clivages qui transforment les adversaires en ennemis irréductibles.


3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Si je ne devais retenir qu'une seule phrase de cet article, ce serait : "Il se la joue jeune, ce qu'il est d'ailleurs."
Dans cette campagne, Macron parle aux jeunes diplômés. Fillon parle plutôt aux retraités et classes aisées. Mélenchon et Marine Le Pen se partagent les classes populaires.
Les socialistes se contentent de régler leurs comptes entre eux et sont déjà hors course pour la prochaine élection.
Qui sera élu en mai prochain ? Bien téméraire serait celui qui oserait le dire !

Très cordialement.

דוב קרבי a dit…

Pour réaliser les réformes nécessaires dans ce pays difficile (litote) à réformer, il va falloir une poigne, un soutien massif (voire un appareil politique) et une expérience que Macron ne possède pas.
C'est la dernière chance pour ce pays souffrant, ne la gâchons pas. La « jeunesse » ne saurait être un argument suffisant.

Véronique ALLOUCHE a dit…

Est-il suffisant d'hurler à un meeting pour convaincre? Crier plutôt que qu'expliquer pour cacher les lacunes d'un programme qui n'en est qu'à sa construction fait-il de Macron un candidat sérieux? Il se prétend ni de gauche ni de droite mais séduit notamment les déçus de la gauche. Son but final n'est peut-être pas tant d'accéder au poste suprême que de prendre le pouvoir dans le camp qui l'a hissé au poste de ministre.... et ainsi évincé Manuel Valls, son plus grand ennemi.
J'extrapole probablement....
Bien cordialement
Véronique Allouche