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jeudi 15 décembre 2016

La Russie au centre du jeu par Dov ZERAH



LA RUSSIE AU CENTRE DU JEU ?

Le point économique de Dov ZERAH


Alep

Au prix d’effroyables bombardements, le régime d’Assad, avec l’aide de la Russie, est en train de reprendre la ville d’Alep. A plus ou moins brève échéance, il est en mesure de gagner la guerre civile qui a déjà fait 350 à 400.000 morts, autant voire plus de blessés et détruit une bonne partie du pays. Impuissants face aux souffrances des populations civiles, tous les Occidentaux devront faire avec la victoire d’Assad dont ils avaient réclamé le départ à corps et à cris. Les autres vainqueurs seront le Hezbollah, l’Iran et surtout la Russie.




Tout a basculé il y a près de deux ans. Les troupes d’Assad étaient bousculées, acculées. Les opposants, toutes tendances confondues, étaient sur le point de gagner. Pour gagner du temps, Damas avait envisagé d’utiliser des armes chimiques contre les civils. Barack Obama avait alors indiqué qu’en cas de franchissement de cette ligne rouge, les États-Unis interviendraient. Les bombardements chimiques ont eu lieu. Tout était prêt pour l’intervention. Au dernier moment, les Russes ont obtenu que les Syriens neutralisent leur arsenal chimique.
Les Russes ont profité de la brèche pour revenir en force en Syrie, et au Proche Orient. Donald Trump a laissé entendre que, par realpolitik, il accepterait cette situation russe en Syrie. Mais pourrait-il se désintéresser du Proche Orient, le laisserait-t-il aux Russes, Syriens, Iraniens et leurs alliés du Hezbollah ?

Nixon Kissinger

              La Russie est indiscutablement au centre du jeu !
            Les Russes sont tellement convaincus de cette perspective américaine que même la Bourse de Tokyo a salué, le 9 novembre dernier, la victoire de Donald Trump. Au début des années soixante-dix, en pleine guerre froide, les Américains, avec Richard Nixon et Henry Kissinger se sont rapprochés des Chinois pour essayer de contrebalancer l’Union soviétique. Allons-nous voir se développer une stratégie inverse, une alliance objective entre les Russes et les Américains pour contenir la puissance chinoise ?
            En tout état de cause, la Russie est au centre du jeu !
            Mais les Russes ont-ils les moyens de leur politique ?
            N’oublions pas que personne n’avait appréhendé la chute de l’Empire tsariste en 1917, ni la défaite soviétique en Afghanistan, ni la chute du mur de Berlin…
            Depuis près de trois ans, l’économie russe est en récession. La conjugaison des sanctions internationales, de la crise ukrainienne, et surtout de la baisse des prix des hydrocarbures ont entrainé une baisse des recettes d’exportations, une dépréciation du rouble, une diminution des recettes budgétaires…et au total, une baisse du PIB de plus de 1% en 2016, après une baisse de 3,7% en 2015.

            Le niveau de vie russe a été fortement touché par la crise, et on peut se demander combien de temps peut tenir l’exceptionnelle capacité de résilience des Russes. Par manque de manœuvre budgétaire, les autorités russes ne peuvent mener de politique de relance. Les dépenses publiques baisseraient de 19,8% en 2016 à 16,2% en 2019. Le gouvernement a été obligé de geler les salaires et les retraites, de surseoir de nombreux projets emblématiques comme la modernisation des lignes de chemin de fer entre l’Europe et l’extrême Orient. Pire, elles ont été obligées de réduire les dépenses militaires.

            Toutes les lignes budgétaires, à l’exception de celle relative aux dépenses sociales, sont touchées par le gel, mais celles concernant la défense sont les plus touchées. Sur un budget militaire de plus de 40 milliards€ pour 2017, les économies portent sur plus de 14 milliards€, soit près d’un tiers du budget.
            Alors que les événements syriens démontrent que l’armée russe a retrouvé toutes ses capacités de projection et d’action, l’ensemble des dépenses consacrées à la défense passerait de 3,3% du PIB en 2017, à 3% en 2018, et 2,9% en 2019. Cela va avoir des effets négatifs sur le complexe militaro-industriel, ce qui va accentuer la récession économique.
            Les autorités russes essaient de limiter le déficit budgétaire à 3% du PIB pour éviter d’avoir à se présenter sur les marchés financiers car le fonds de réserve qui a engrangé les excédents pétroliers des années précédentes serait totalement utilisé ou sur le point de l’être. Cette situation explique que les Russes aient fait des efforts pour faciliter l’accord récent de diminution de la production d’hydrocarbures. La Russie a accepté de diminuer sa production de 300.000 barils/jour. Cela a fait remonter les cours du pétrole, et a entraîné une appréciation du rouble. La Russie a ainsi une formidable bouffée d’oxygène arrivée à point nommé.
            Jusqu’où les cours des hydrocarbures vont-ils remonter ? La réponse à cette question dépend de la réaction américaine. Avec la remontée des cours, le nombre de forages a augmenté de 464 en août à 544 en octobre, mais on est encore loin des 791 en octobre 2015. Si la production américaine redémarre, les cours risquent de plafonner, voire de rechuter. A suivre ! Cela signifie que l’embellie risque d’être de courte durée pour l’économie russe.
            Et je vous donne rendez-vous au mardi 10 janvier. Dans l’attente, je vous adresse mes meilleurs vœux de bonne et heureuse année.fermer
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1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

Le peuple russe, dans son ensemble, soutenant toujours le président Poutine contre vents et marées, il est touchant de voir avec quel zèle tous ces bons apôtres de l'économie mondialisée souhaitent l'effondrement économique de la Russie comme seul remède aux catastrophes que les Occidentaux - les États-Unis en tête - ont eux-mêmes créées dans toute cette région du monde.