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jeudi 29 décembre 2016

ALEP : Bachar Al-Assad superstar



ALEP : BACHAR AL-ASSAD SUPERSTAR

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps   

         

          La reprise d’Alep par l’armée régulière à Alep consacre la victoire de Bachar Al-Assad d’abord et de ses alliés iraniens et russes ensuite. Le Hezbollah peut se féliciter d’avoir sacrifié plusieurs milliers de ses combattants pour sauver le régime. La guerre de Syrie prend un autre tournant car les rebelles, qui avaient mené des combats sanglants pendant cinq ans, se sont effondrés en quelques semaines alors qu’on les croyait invincibles. Avec Alep, la rébellion perd un de ses plus gros bastions, à la suite d’un échec important de ses troupes.






            Assad peut pavoiser car à présent il peut justifier ses massacres par la reprise de la deuxième ville du pays, ou ce qu’il en reste. Loin est le temps, en 2012, où toutes les chancelleries occidentales ne misaient pas une livre syrienne sur le maintien au pouvoir du dictateur. Tout le monde préparait alors la relève sans se douter qu’elle n’aurait pas lieu. Assad peut considérer qu’il vient de remporter une victoire militaire et stratégique. La rébellion est à bout de souffle et, sans renforts ni moyens, elle sera neutralisée sinon éradiquée. Barack Obama peut se féliciter d’avoir vu juste en maintenant au pouvoir le dictateur syrien. Les Israéliens aussi ont eu raison de ne pas s’impliquer dans un conflit qui était pourtant à leur porte.


Fabrice Balanche

            Fabrice Balanche, chercheur au Washington Institute, tire ses propres conclusions : «Sans Alep, Bachar el-Assad n'était qu'un demi-président. En reprenant le contrôle de la deuxième ville du pays, de la grande métropole du nord syrien, il redevient un président à 100%. C’est donc une grande victoire qui le rend légitime auprès de la population syrienne, mais aussi à l’extérieur. On voit les bonnes relations qu'il entretient avec le président égyptien Abdel Fatah Al-Sissi, mais également le profit dont la Russie et l'Iran tirent de cette victoire pour le réhabiliter».
            Mais bien sûr Assad doit sa victoire surtout à ses alliés : les Russes d’abord qui ont effectué des bombardements massifs avec leur aviation sans laquelle le régime tombait ; les milices chiites libanaises et iraniennes qui ont sacrifié leur jeunesse ; les «conseillers» militaires des Gardiens de la Révolution qui ont perdu plusieurs généraux dans les combats et qui ont organisé une coordination des forces sur le terrain. Mais les media ont peu commenté la nouvelle puissance militaire émergente dans le conflit syrien, Asaïb Ahl al-Haq, «la ligue des vertueux». Ce groupe chiite radical, implanté en Irak et contrôlé par l’Iran, a fourni un appui de plus en plus important à l’armée de Bachar al Assad.
Asaïb Ahl al-Haq

            Le groupe avait même ouvert un véritable bureau de recrutement à Bagdad où les volontaires irakiens se pressaient, motivés par des arguments économiques puisque leur famille était assurée de toucher 5.000 dollars en cas de décès. Le groupe a pris de l’ampleur grâce à un mélange de diplomatie stratégique, d’opérations militaires agressives, d'intimidation qui sont les méthodes de son principal mécène, le général iranien Qasem Soleimani, le chef des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution. 
Qasem Soleimani

            Mais Bachar al-Assad ne va pas en rester là. Il est enivré par sa victoire et il veut conquérir d’autres territoires qui lui ont été enlevés. Sa stratégie n’est pas encore définie car il hésite entre faire tomber le dernier bastion d’Idlib qui a accueilli toutes les troupes de la rébellion, ou reprendre la partie de la ville de Palmyre toujours aux mains des djihadistes de Daesh.  Mais il aura à affronter des troupes aguerries qui ont l’expérience de plusieurs années de combat et qui sont armées jusqu’aux dents. Seuls les moyens militaires russes pourront en venir à bout. Encore faut-il que cela entre dans la stratégie de Vladimir Poutine.
            Par ailleurs, rien ne pourra se faire sans la Turquie. Jusqu’alors, elle avait soutenu les rebelles contre Assad, certains disent les djihadistes contre Assad. Erdogan a évolué puisque par opportunisme, il s’est rapproché des Russes et des Iraniens. Ce sont des alliés de circonstance car son objectif reste d’empêcher la réunification d’un territoire kurde au nord de la Syrie, capable de faire la jonction avec les Kurdes de Turquie. Pour l’instant il laisse passer, à travers sa frontière, le ravitaillement et les armes à destination d’Idlib sans quoi les rebelles auraient depuis longtemps été neutralisés.
Rebelles à Idlib

            Mais la reconquête d’Idlib risque d’être plus difficile et plus coûteuse en hommes qu’Alep.  La province d’Idlib est infiltrée par les islamistes les plus radicaux à l’instar de Fateh al-Cham, ex Front al-Nosra, autrefois affilié à al-Qaïda, qui contrôle la région avec des troupes très puissantes.  Les rebelles «modérés», qui avaient eu un temps le soutien des Occidentaux, ne sont plus si modérés. Ils ont été absorbés par les djihadistes qui représentent dorénavant l’opposition à Bachar Al-Assad.  Fabrice Balanche explique que «nous observons deux tendances au sein de la rébellion. Il y a ceux qui se découragent et qui envisagent soit de signer une trêve avec le régime, soit de partir à l’étranger ; et puis il y a ceux qui se radicalisent et qui veulent se battre jusqu’au bout. Ceux-là se rapprochent de Fatah al-Cham».
            Les observateurs sur le terrain pensent que la rébellion est au bout du rouleau ce qui risque de pousser les rebelles vers un combat désespéré, encore plus fanatisé. Le résultat est là ; Bachar Al-Assad a gagné ; il peut se maintenir au pouvoir avec l’absolution des Occidentaux. Les morts ne comptent plus, les destructions peuvent encore être à la base de sa méthode. L'Occident ferme les yeux pour ne rien voir de ce qui se passe en Syrie. Le rêve d’un processus de paix multilatéral s’éloigne. La Russie va dorénavant imposer ses directives pour des négociations inter-syriennes. Elle cautionne la plate-forme spirituelle exclusive pour le dialogue inter-religieux développée par le Kazakhstan qui a soulevé la nécessité et l’importance de la réconciliation entre les différentes religions. C’est un pays musulman sunnite mais laïc qui peut servir de modèle à une nouvelle Syrie. L’opinion internationale pense aujourd’hui, avec du recul, que Bachar el-Assad n’est pas le seul à avoir causé ce désastre en Syrie puisque l’Arabie Saoudite et le Qatar l’ont un peu aidé dans ce sens.
Victime Hezbollah

            La vieille ville d’Alep a subi d’irréparables dégâts. La fulgurante avancée des troupes du régime syrien s’est faite sans beaucoup de pertes pour les forces loyalistes au président Assad. Les forces rebelles en revanche ont perdu de nombreux combattants tués par des bombardements meurtriers qui n’ont pas épargné les quartiers historiques de la ville, aujourd’hui brûlés et en ruines. L’armée syrienne avait mis de gros moyens, épaulée par 10.000 mercenaires du Hezbollah libanais, des milices chiites irakiennes et afghanes, et des forces spéciales russes. Elle s’est déployée dans 15 points stratégiques de la ville pour paralyser le mouvement des rebelles, entraînant d’ailleurs une certaine anarchie chez les rebelles. La perte de la vieille ville d’Alep a été un coup psychologique dur. Avec ses ruelles enchevêtrées et sombres, elle était censée résister plus longtemps grâce à guerre de rues interminable.
            Assad est à présent en position de force et refuse tout cessez-le-feu. Bachar superstar. Il est probable qu'aucune résolution de l'ONU ne viendra perturber sa tâche d'élimination de son peuple à petit feu. 

  

2 commentaires:

Humbert de la Tour a dit…

Bachar n est qu un dictateur de plus dans le monde. Si l Arabie Saoudite et le Qatar n avaient pas voulu le déstabiliser sous couverture de Daesh et des rebelles islamistes il n'y aurait pas eu de guerre civile en Syrie. La France a mené une mauvaise politique en suivant les américains aveuglément qui voulaient évincer les Russes de Syrie. Notre politique française doit se tourner vers la Russie à équidistance avec les usa comme le faisait le Général de Gaulle. À mon humble avis.

andre a dit…

Bel article ! Tout est dit . Le Conseil de Sécurité ne votera aucune résolution puisque Bachar a gagné et que seuls ceux qu'on pense faibles sont accablés . Ben Ali serait au pouvoir s'il avait fait appel aux Russes plutôt qu'aux Français!