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mardi 15 novembre 2016

Trump et la reconnaissance d'un monde multipolaire par Dov ZERAH



TRUMP ET LA RECONNAISSANCE D’UN MONDE MULTIPOLAIRE

Le point de Dov ZERAH



Depuis une semaine, on entend, voit et lit tout et son contraire à propos de Donald Trump. Mon propos n’est pas d’épiloguer sur son équation personnelle, son sexisme, ses liens avec le Ku Klux Klan, sa prédisposition à la provocation…Essayons d’y voir un peu plus clair en matière internationale.
Il convient tout d’abord de noter que Donald Trump s’inscrit en l’accentuant dans la démarche de Barack Obama du repli sur soi, de l’isolationnisme. Après les expéditions militaires, voire les aventures guerrières, de George Bush junior, les Américains ne veulent plus payer le prix d’être les gendarmes du monde, le prix du sang de leurs enfants. 



La fin de la République impériale américaine constituerait un changement radical, source d’incertitudes et d’inquiétudes. Mais, il peut être source de paix, s’il conduit à un nouvel équilibre. Jusqu’à preuve du contraire, Donald Trump n’est pas un va-t’en guerre. Qui s’en plaindrait ? Il est étonnant de voir ceux qui hier critiquaient les États-Unis pour leur immixtion dans la gouvernance de nombreux pays se plaindre de cette évolution…A les entendre, ils en seraient à demander que les GI’s continuent à faire le boulot !
Parallèlement, cette approche reconnaît implicitement un monde multipolaire. Donald Trump reconnaît que la Chine et la Russie sont des puissances qui ont leur part de responsabilité dans la stabilité du monde.
Il a laissé entendre qu’il veut négocier un accord avec Vladimir Poutine. Qui peut s’en plaindre alors qu’avec Barack Obama, on avait renoué avec la guerre froide ? Les paramètres de ce probable accord porteraient sur :
Une acceptation implicite de l’annexion de la Crimée, et d’une influence sur le Donbass, l’est ukrainien…Cela pourrait conduire la Russie à tirer avantage en accentuant sa pression sur les anciennes Républiques soviétiques

Un retrait de Syrie pour y laisser les Russes faire le ménage. Les Américains, et plus généralement les Occidentaux sont dans une situation difficilement explicable. Comment combattre Daesh sans aider automatiquement Bachar El Assad que l’on veut voir partir, et sans s’appuyer sur d’autres groupes salafistes tout aussi dangereux que Daesh. Trump tranche le nœud gordien en laissant entendre qu’il appartient à la Russie d’y rétablir l’ordre
- Cela ne signifie pas pour autant qu’il laisse à la Russie les mains libres sur tout le Proche Orient. Il est probable qu’il demandera en contrepartie le soutien de la Russie pour la remise en cause de l’accord avec l’Iran. N’oublions pas qu’Hilary Clinton avait annoncé qu’elle proposerait au Conseil de sécurité de prendre des sanctions contre l’Iran pour non-respect des dispositions relatives aux essais concernant les engins balistiques. Donald Trump veut revenir sur la remise en cause par Barack Obama de l’alliance historique avec les pétromonarchies.

Il est clair que l’Europe risque d’être la grande perdante de cet éventuel nouveau Yalta américano-russe, d’autant que Donald Trump, comme l’avait commencé Barack Obama, a menacé de retirer des troupes si les membres de l’OTAN ne consacraient pas 2% de leur PIB à la défense. 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et 25 ans après la chute du mur de Berlin, les Américains ne veulent plus payer pour la défense de l’Europe. À quel titre pourrions-nous le critiquer ? Il renvoie les Européens à leur responsabilité de se défendre. Si l’Europe ne veut pas devenir une zone de convoitises, il est urgent qu’elle prenne en charge sa défense. Cela sera difficile avec le Brexit, eu égard que les armées britannique et française sont les deux plus importantes d’Europe.

Cela reflète le désintérêt américain pour l’Europe, déjà manifeste avec l’Administration Obama. Donald Trump veut garder ses ressources pour le principal défi auquel sont confrontés les États-Unis, la Chine avec ses velléités de contrôler la Mer de Chine. Tout en ayant déjà rassuré la Corée du Sud pour le maintien du soutien américain à la défense de la frontière avec Pyongyang, le président élu souhaite que le Japon aussi, comme l’Europe, assume sa défense, y compris avec des armes nucléaires.
La confrontation avec la Chine va principalement porter sur les échanges commerciaux et les changes. La nécessité de conclure un accord s’imposera compte tenu de l’implication chinoise dans le financement du déficit de l’État fédéral. Cela risque néanmoins d’entraîner des perturbations économiques.
Il faudra attendre pour être fixé sur la véritable déclinaison des déclarations de Donald Trump. Sa volonté de mieux défendre les intérêts américains dans le cadre des accords bilatéraux conduit-elle pour autant au protectionnisme ? La remise en cause des accords multilatéraux Trans pacifique ou transatlantique pourrait constituer un frein à la mondialisation, sans pour autant conduire au protectionnisme. Il est étonnant que cela ne réjouisse pas tous les détracteurs du libre-échange, tous les altermondialistes.
N’oublions pas que le protectionnisme et les dévaluations compétitives de l’entre-deux–guerres avaient accentué les exacerbations nationalistes qui ont conduit à la Seconde Guerre mondiale. Rappelons-nous que ce sont les États-Unis et le Royaume-Uni qui, pour éviter ces dérives, avaient préconisé le commerce entre les nations et la stabilité des changes. En tout état de cause, nous avons besoin de plus d’Europe pour faire face à cette nouvelle situation.
Enfin, les prises de position de Donald Trump sur la lutte contre le réchauffement climatique sont problématiques, car les États-Unis sont le deuxième émetteur mondial de CO2 derrière la Chine. Même s’il ne va pas jusqu’à remettre en cause la signature américaine des Accords de Paris, il faut s’attendre à un combat d’arrière-garde sur la COP 22.

Au total, nous pouvons constater que, pour faire face aux défis entraînés par l’élection de Donald Trump, nous avons besoin de plus d’Europe, de beaucoup plus d’Europe !

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