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vendredi 30 juillet 2021

Steve et Cécile défendent la culture française




STEVE ET CÉCILE DÉFENDENT LA CULTURE FRANÇAISE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



        Cet article fait suite au spectacle «Le temps d'un violon» de Cécile Bens' et Steve Suissa au théâtre Suzanne Dallal de Tel-Aviv, le 25 juillet 2021. 

Les francophones d’Israël sont incorrigibles. Ils ont beau avoir plusieurs années de séjour en Israël, ils s’accrochent à la culture française qui leur colle à la peau. Ils sont même accusés de refuser l’assimilation parce qu’ils lisent du Victor Hugo et qu’ils rêvent en écoutant une chanson de Jacques Brel. C’est vrai, il est difficile de renoncer à cette spécificité française qui fait que les pieds sont en Israël et la tête en France. Il n’est pas question de chauvinisme ni de déviation intellectuelle mais d’une culture ancrée dans les gènes. Le droit chemin israélien passe par le maintien des acquis culturels et non pas par le renoncement à sa culture.
Cliquer sur la suite pour voir deux extraits du spectacle


Institut français de Tel-Aviv


            Cet amour de la chose française est tel que les Francophones sont avides de tout ce qui parle ou chante français. Dès qu’une troupe, même d’amateurs, se produit sur une scène israélienne, alors on joue à guichets fermés et on refuse du monde pour des raisons de sécurité. Entendre français, voir jouer en français devient une drogue dès que l'on vit loin de la France. Mais les spectacles sont rares. L’Institut français et ses dirigeants ne semblent pas vouloir viser le public franco-israélien puisque peu de spectacles et de pièces de théâtre sont déplacés de France.
            La France possède pourtant un immense réseau culturel mais la lassitude finit par gagner ses animateurs. Les restrictions budgétaires et la rationalisation des services donnent l’impression d’un sentiment d’abandon de la politique culturelle à l’étranger. Le sens de cette action culturelle française doit être clarifié afin de lui donner un cap raisonnable à l’heure de la diversité des échanges et de l’Internet.
Extrait du spectacle



            Rien n’est fait pour subventionner de jeunes troupes pour qu’elles se produisent en Israël sachant que la culture peut créer un pont entre ceux qui constituent la différence. Nous assistons impassibles à l’invasion culturelle du nouveau monde. En Israël on peut avoir deux cultures, la française et l’israélienne alors que nous sommes poussés à une uniformisation pour ne pas dire une américanisation par le jeu de la mondialisation. Et pourtant la langue française s’est élevée au rang de langue classique de l’Europe, reconnue comme le latin des Anciens. L’influence culturelle se réduit parce qu’elle n’essaime plus, par souci financier et non pas par désintérêt.
            Alors de temps en temps, avec quelques faibles moyens, des spectacles français sont organisés localement par des mécènes ou des missionnaires de la culture. Ils font salle comble parce qu'il s'agit souvent de véritables artistes, quasiment professionnels, des amoureux de la langue française. Le dernier spectacle musical est animé par Steve Suissa avec Cécile Bens', une chanteuse qui a de la voix. Une musicienne monte sur scène pour un concert. Elle s’aperçoit que ce n’est pas son violon. Elle va vers lui, le prend dans ses bras et de là, toute l’histoire du peuple d’Israël nous est racontée en musiques, en chansons, en textes.
          Chantés et magnifiés par la voix, le jeu et le violon de Cécile Ben’s, Gershwin, Mendelssohn, Arthur Rubinstein, Yehudi Menuhin, Barbara, Moustaki, Barbara Streisand, John Williams, Naomi Shemer, Léonard Cohen, Jean Jacques Goldman, Primo Levi se croiseront à Salonique, New York, Auschwitz, Paris, Gottigen, Jérusalem… Le temps d’un violon…

Extrait du spectacle



Nous avons eu droit à un spectacle de professionnels qui a émerveillé un public exigeant, mais vite conquis.  Les mots, le verbe, les sons envoûtaient parce que le thème juif est toujours porteur. Steve Suissa est connu en France, depuis son premier film l’envol, pour ses mises en scène mais la découverte de Cécile Bens’ mérite aussi la reconnaissance du public israélien. Elle a une voix magistrale qui évolue entre Piaf et Barbara Streisand. Un pur plaisir d’une heure trente, trop court pour calmer les appétits culturels des Français d’Israël. On est loin des petites chanteuses sans voix, accompagnées par un orchestre de plusieurs musiciens pour masquer les lacunes vocales. Ici, une voix, un seul violon et des doigts qui dansent sur les cordes suffisaient à créer l’ambiance, à imaginer un caf’conc de l’époque héroïque.
Extrait du final du spectacle

Par manque de moyens financiers, seuls les gens de Tel-Aviv sont des privilégiés pour recevoir du plaisir français alors qu’ailleurs qu’ils sont aussi en manque. Le drame veut que la culture française en Israël manque d’argent et que les immigrants, qui ont fait le choix d’Israël pour y vivre, sont progressivement amenés à abandonner définitivement leur passé culturel s’il n’y avait pas d’initiative personnelle. Le risque est que la génération suivante ignorera tout de Victor Hugo et de Jacques Brel, vaincus par l’impérialisme de la culture anglo-saxonne.
Il est nécessaire que les petites troupes obtiennent des crédits pour permettre à des jeunes doués, à l’instar de Steve Suissa et Cécile Bens’, de faire oublier les maux normaux dont souffrent tous les déracinés français. C'est le rôle des représentants français que d'aller parcourir les ministères pour glaner, ça et là, quelques euros pour le bien-être culturel d'une population qui ne veut pas oublier la France. La politique est certes fondamentale mais la diplomatie culturelle est un aspect encore méconnu de l’action extérieure de la France. Les Francophones ne peuvent se contenter d'un spectacle tous les trimestres, et encore!

Nous laisserons la conclusion à Jean-David Levitte, ancien directeur général des relations culturelles, scientifiques et techniques, qui a dressé un bilan sévère de l’action culturelle extérieure : «L’image de la France à travers le monde, il faut en être conscient, tend à vieillir : tout se passe comme si, vues de New-York ou de Tokyo, la peinture française s’était arrêtée aux Impressionnistes, la musique à Debussy et Ravel, la littérature et la philosophie à Camus ou Sartre, la science à Pasteur».
Merci à ces deux jeunes courageux missionnaires de la culture française, Steve et Cécile, d’avoir fait passer un moment de nostalgie et de plaisir à des centaines de spectateurs qui n’attendaient que cela pour vibrer, loin de la politique politicienne.  

3 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Quand monsieur Levitte peut se permettre de dire : "L’image de la France à travers le monde tend à vieillir… », on voudrait pouvoir lui demander : « Mais à qui la faute ? »

Bien sûr ce ne sont pas nos élites qui répondront à cette question, et pour cause, puisqu’elles sont responsables du déclin de la France tant au niveau de son industrie, qu’à celui de sa culture, et que pour ma part, je fais remonter à la signature du traité de Maastricht où nous avons abandonné notre souveraineté à une UE dominée par l’Allemagne, et soumise aux États-Unis.

Alors merci à Steve et Cécile, ces jeunes artistes qui montrent une foi inextinguible dans cette culture française qu’on voudrait immortelle. Qu’ils continuent à la porter bien haut pour le plus grand plaisir de leurs spectateurs !

Très cordialement.

luc de nice a dit…

Bravo pour votre article et surtout bravo à Cécile Ben’s pour la qualité de sa prestation qui mérite pour son spectacle : une victoire de la musique…
Nous avons assisté à un haut niveau de professionnalisme
En chantant avec fougue en hébreu et en nous faisant vibrer sur les magnifiques textes en français de notre jeunesse, cette grande artiste a traduit notre ressenti de « « juif français.. »
Très belle soirée culturelle..
Luc de Nice

Yaakov NEEMAN a dit…

Oui c'est vrai, nous vivons avec les pieds ici et la tête là-bas.
"Rien n’est fait pour subventionner de jeunes troupes" La promotion de la culture française n'intéresse pas celui qui squatte le 55 rue du faubourg Saint-Honoré. Il y eut pourtant des présidents cultivés, qui citaient Maupassant ou Albert Cohen. Mais si l'Etat est défaillant, peut-être que nos grandes fortunes françaises pourraient prendre le relais et se découvrir une vocation de mécènes. Ce faisant, elles démontreraient que leur raison d'être n'est pas seulement la course au profit, mais la recherche de quelque chose de plus noble...