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mardi 15 novembre 2016

Steve et Cécile défendent la culture française




STEVE ET CÉCILE DÉFENDENT LA CULTURE FRANÇAISE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



          Les francophones d’Israël sont incorrigibles. Ils ont beau avoir plusieurs années de séjour en Israël, ils s’accrochent à la culture française qui leur colle à la peau. Ils sont même accusés de refuser l’assimilation parce qu’ils lisent du Victor Hugo et qu’ils rêvent en écoutant une chanson de Jacques Brel. C’est vrai, il est difficile de renoncer à cette spécificité française qui fait que les pieds sont en Israël et la tête en France. Il n’est pas question de chauvinisme ni de déviation intellectuelle mais d’une culture ancrée dans les gènes. Le droit chemin israélien passe par le maintien des acquis culturels et non pas par le renoncement à ses racines.
Cliquer sur la suite pour voir deux extraits du spectacle


Institut français de Tel-Aviv


            Cet amour de la chose française est tel que les Francophones sont avides de tout ce qui parle ou chante français. Dès qu’une troupe, même d’amateurs, se produit sur une scène israélienne, alors on refuse du monde pour des raisons de sécurité. Entendre français, voir jouer en français devient une drogue dès que l'on vit loin de la France. Mais les spectacles sont rares. L’Institut français et ses dirigeants ne semblent pas vouloir viser le public franco-israélien puisque peu de spectacles et de pièces de théâtre sont déplacés de France.
            La France possède pourtant un immense réseau culturel mais la lassitude finit par gagner ses animateurs. Les restrictions budgétaires et la rationalisation des services donnent l’impression d’un sentiment d’abandon de la politique culturelle à l’étranger. Le sens de cette action culturelle française doit être clarifié afin de lui donner un cap raisonnable à l’heure de la diversité des échanges et de l’Internet.
Extrait du spectacle
video

            Rien n’est fait pour subventionner de jeunes troupes pour qu’elles se produisent en Israël sachant que la culture peut créer un pont entre ceux qui constituent la différence. Nous assistons impassibles à l’invasion culturelle du nouveau monde. En Israël on peut avoir deux cultures, la française et l’israélienne alors que nous sommes poussés à une uniformisation pour ne pas dire une américanisation par le jeu de la mondialisation. Et pourtant la langue française s’est élevée au rang de langue classique de l’Europe, reconnue comme le latin des Anciens. L’influence culturelle se réduit parce qu’elle n’essaime plus, par souci financier et non pas par désintérêt.
Campus francophone

            Alors de temps en temps, avec quelques faibles moyens, des spectacles français sont organisés localement par des mécènes ou des missionnaires de la culture. Ils font salle comble parce qu'il s'agit souvent de véritables artistes, quasiment professionnels, des amoureux de la langue française. On doit ainsi au Collège Académique de Netanya, dont le Campus francophone est présidé par Claude Grundman-Brightman, un spectacle musical de Steve Suissa avec Cécile Bens', une chanteuse qui a de la voix.
Ce n’est pas la fonction première d’une université que de proposer des soirées de loisirs, mais elle comble les vides évidents. Alternant les textes d’Alain de Botton et les chansons du grand répertoire français, à travers les touches du piano de Arnon Starkman, nous avons eu droit à un spectacle de professionnels qui a émerveillé un public exigeant, mais vite conquis.  Les mots, le verbe, les sons envoûtaient parce que le thème de l’amour et de la rupture était porteur : «Dans une séparation, c'est celui qui n'aime pas d’amour qui dit les choses les plus tendres».

Cet échange entre deux amoureux était original et bien joué parce que le texte était ponctué de chansons du répertoire classique français qui ne lasse jamais. Steve Suissa est connu en France, depuis son premier film l’envol, pour ses mises en scène mais la découverte de Cécile Bens’ mérite aussi la reconnaissance du public israélien. Elle a une voix magistrale qui évolue entre Piaf et Barbara Streisand. Un pur plaisir d’une heure trente, trop court pour calmer les appétits culturels des Français d’Israël. On est loin des petites chanteuses sans voix, accompagnées par un orchestre de plusieurs musiciens pour masquer les lacunes vocales. Ici, une voix, un seul piano et des doigts qui dansent sur les touches suffisaient à créer l’ambiance, à imaginer un caf’conc de l’époque héroïque.
Extrait du final du spectacle
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Par manque de moyens financiers, seuls les gens de Tel-Aviv sont des privilégiés pour recevoir du plaisir français alors qu’ailleurs qu’ils sont aussi en manque. Le drame veut que la culture française en Israël manque d’argent et que les immigrants, qui ont fait le choix d’Israël pour y vivre, sont progressivement amenés à abandonner définitivement leur passé culturel s’il n’y avait pas d’initiative personnelle. Le risque est que la génération suivante ignorera tout de Victor Hugo et de Jacques Brel, vaincus par l’impérialisme de la culture anglo-saxonne.
Un député élu à l’Assemblée nationale représente les Français d’Israël mais il semble trop préoccupé par la politique politicienne et par sa réélection en 2017 pour satisfaire les desiderata des Français d’Israël. Ils ne veulent pas de discours violents à la tribune de l’Assemblée mais exigent qu’il obtienne des crédits pour permettre à des jeunes doués, à l’instar de Steve Suissa et Cécile Bens’, de faire oublier les maux normaux dont souffrent tous les déracinés français. C'est le rôle d'un représentant français que d'aller parcourir les ministères pour glaner, ça et là, quelques euros pour le bien-être culturel d'une population qui ne veut pas oublier la France.  La politique est certes fondamentale mais la diplomatie culturelle est un aspect encore méconnu de l’action extérieure de la France.

Nous laisserons la conclusion à Jean-David Levitte, ancien directeur général des relations culturelles, scientifiques et techniques, qui a dressé un bilan sévère de l’action culturelle extérieure : «L’image de la France à travers le monde, il faut en être conscient, tend à vieillir : tout se passe comme si, vues de New-York ou de Tokyo, la peinture française s’était arrêtée aux Impressionnistes, la musique à Debussy et Ravel, la littérature et la philosophie à Camus ou Sartre, la science à Pasteur».
Merci à ces deux jeunes courageux missionnaires de la culture française d’avoir fait passer un moment de nostalgie et de plaisir à des centaines de spectateurs qui n’attendaient que cela pour vibrer et au Campus francophone de notre amie Claude d’avoir su investir dans un domaine qui fait oublier la politique politicienne.  

4 commentaires:

Véronique ALLOUCHE a dit…

Israel ne fait pas partie de la francophonie alors que le Vietnam l'est avec seulement 375000 francophones sur une population de quatre vingt millions d'habitants. Israel en a pourtant fait la demande après les accords de Camps David, demande rejetée par le vote négatif du Liban....pourquoi la France n'impose pas à elle seule la rentrée d'un pays désirant y adhérer?
Très regrettable car Israël aurait été perçu autrement que par le seul conflit israélo palestinien.
Faute de quoi les francophones d'Israel se contentent de regarder les chaînes de télés françaises, les quelques films à la cinémathèque et les quelques pièces de théâtre où les places sont prises d'assaut.
Bien cordialement
Véronique Allouche

Georges KABI a dit…

On doit prendre en compte l'individualisme forcene des francophones, francais en particulier, ce qui ne facilite pas les choses, tres loin de la. Une myriade d'associations francophones ne font que se tirer dans les pattes les uns aux autres. Quand je me suis installe a Tiberiade, au moins la moitie de la population etait, a un degre ou autre francophone. Aujourd'hui, on n'entend pratiquement plus cette langue dans la rue, dans le bus ou dans le marche. Le francais a ete remplace par le russe. Et eux savent exactement ce qu'on peut obtenir en etant solidaire.

Anonyme a dit…

A Tel Aviv, des initiatives personnelles proposent de nombreuses activités en français, randonnées, cafés philo, et autres petits spectacles souvent répertories dans les journaux français informatiques et aussi le Jérusalem post en français... Ce n'est pas Paris mais tout de même, y a quoi faire...

Par contre, ces activités culturelles en français ne sont-elles pas parfois le refuge facile pour ne pas faire l'effort de connaître la langue et la culture israélienne si riche et si dynamique...

être biculturel est une richesse précieuse, être français immigré déconnecté de son environnement culturel israélien est une grande pauvreté.

je trouve

Evy

Sydney Bensaid a dit…

Notre identité se construit au fil des années.chaque moment de nôtre existence apporte sa pierre. Nous sommes la résultante d'une multitude de composantes:
Historiques,culturelles,génétiques...
Les juifs de France ont également leurs particularités multiples qui les déterminent sans concessions les unes vis a vis des autres.
C'est pour cette raison qu'ils sont présents lors de manifestations franco-culturelles.
Et de la même façon ils s investiront avec autant de convictions pour un concert de musique israélienne,ou toute autre manifestation culturelle israelienne.
C'est grâce à cette multiple allégeance que le peuple juif s'est renforcé, et enrichi.
Si l'on considère uniquement la composante israélienne,en faisant abstraction des autres,alors on retire des pierres et l'édifice se fragilise.
Il n'y a aucune incompatibilité a partager plusieurs cultures.
SB