ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

mercredi 2 novembre 2016

Les nouvelles frontières du FCFA (2) par Dov ZERAH



LES NOUVELLES FRONTIERES DU FCFA (2)

Le point économique de Dov ZERAH



          Créé en 1939, le FCFA est officialisé le 26 décembre 1945. Aux indépendances, en 1960, il change de dénomination pour signifier, selon la zone «franc de la communauté financière d’Afrique» en Afrique de l’Ouest, ou «franc de la coopération financière d’Afrique centrale» pour l’Afrique centrale. Certains détracteurs l’ont baptisé «franc de la communauté France-Afrique», avec un clin d’œil pour le jeu de mots.




Le FCFA est une monnaie commune à quatorze pays et trois zones monétaires : L’Union monétaire ouest-africaine (UEMOA) regroupe huit États, la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) comprend six États, et l’Union des Comores.
Le FCFA repose sur quatre principes :
Ø  Une convertibilité illimitée. Indéfiniment convertible grâce à la garantie du Trésor français, le FCFA est une vraie devise internationale. En cas de manque de devises, le Trésor français les fournit pour assurer cette convertibilité. Ce statut permet présente au minimum deux avantages :
-          Les pays membres de la zone franc disposent en permanence des devises nécessaires au paiement de leurs importations. Il ne peut y avoir, comme dans de nombreux pays en développement, rupture dans les importations, et plus particulièrement celles alimentaires ou celles concernant des biens de production. Une telle situation facilite le commerce, les échanges. C’est un avantage exceptionnel susceptible pour le développement économique.
Cela accompagne également le développement des entreprises étrangères installées dans ces pays. Elles peuvent avoir les devises nécessaires à leur fonctionnement, et surtout elles peuvent rapatrier des ressources et verser des dividendes pour rémunérer leurs actionnaires.
Certains n’hésitent pas à dire que c’est la véritable raison du mécanisme monétaire mis en place pour favoriser les entreprises françaises installées dans ces pays. Il est indéniable que cela a permis le maintien et le développement des entreprises françaises. Mais le mécanisme n’est pas limité à ces seules entreprises, et a permis de développer les investissements étrangers.
Ø  Cette convertibilité illimitée est garantie par le Trésor français. C’est la Banque de France qui assure la fourniture des devises en cas de besoin pour le compte du Trésor français. Cette garantie assure la crédibilité de la convertibilité. Les opérations sont retracées dans un compte d’opérations ouvert dans les livres de la Banque de France pour chacune des trois banques centrales africaines.
Ø  Cette garantie est assurée par une centralisation partielle des réserves en devises. En contrepartie de cette garantie, le Trésor français a demandé dès le départ que les réserves soient centralisées à la Banque de France. Aujourd’hui plafonnée à 50 %, cette contrainte n’est pas gratuite. Les réserves de change placées sont rémunérées aux taux pratiqués sur les marchés internationaux.
Cette obligation a aussi permis de limiter des détournements ou coulages qui auraient pu être réalisées dans le recours à des placements risqués…

Ø  Une parité fixe.
Pour éviter les errements de l’entre-deux guerres, les accords de Bretton Woods reposent sur trois grands principes. Chaque pays doit définir le taux de change de sa monnaie par rapport à l’or, ou au dollar américain lui-même convertible en or, et d’en assurer sa convertibilité. C’est le système de l’«étalon de change-or» ou du «gold exchange standard». Parallèlement, la parité est fixe et exceptionnellement ajustable.
Compte tenu des Accords de Bretton Woods, il était obligatoire d’avoir pour le FCFA une parité fixe, au moins jusqu’en 1975.
La généralisation des changes flottants ne résulte pas d’un choix délibéré, mais de l’incapacité de l’administration américaine à maîtriser les déficits publics et commerciaux et à tenir une parité fixe.
Même si nous nous sommes accommodés de l’instabilité monétaire résultant des changes flottants, même si les responsables économiques ont pris leur parti des effets collatéraux de la volatilité des cours des devises, la flexibilité des changes est un handicap à la sécurisation des affaires et au développement économique. La parité fixe constitue un formidable atout de développement. Il évite les risques des variations de change qui ne sont pas totalement éliminées par les couvertures de changes. Il diminue les coûts de change
L’africanisation de la zone franc
Depuis le processus d’africanisation des structures au début des années soixante-dix, la France intervient de moins en moins dans la conduite de la politique monétaire des banques centrales
Le tournant d’avril 1991
La baisse des cours des matières premières amorcée depuis 1988 a entraîné une crise économique et financière sans précédent de la zone franc. Tous les pays membres ont mis en place des politiques d’ajustement structurelles très rigoureuses. Dans ce contexte négatif, les ministres de l’économie et des finances de la zone, réunis pour leur session de printemps à Libreville, décident de faire de la zone monétaire une zone d’intégration économique.
L’objectif de la réunion de Libreville est de saisir l’opportunité de la monnaie unique, le FCFA, pour constituer un marché unique susceptible de développer les échanges entre les pays membres.
L’épreuve de la dévaluation
Les plans d’ajustement structurels, malgré la rigueur imposée, ne suffisent pas à rétablir les comptes. La dévaluation était inévitable. Elle est effectuée le 12 janvier 1994. La dévaluation a eu des effets positifs, ne serait-ce que parce qu’elle s’est accompagnée d’une annulation des dettes. L’augmentation automatique de la valeur nominale des dettes faisait qu’elles n’étaient plus soutenables. Leur effacement s’imposait.
En appauvrissant les populations urbaines, elle a diminué leur demande, et plus particulièrement leurs achats de produits importés, ce qui a contribué à la diminution des déficits extérieurs. Parallèlement, les populations rurales ont vu leurs revenus en monnaie locale s’accroître, ce qui stimulé la production agricole. L’exemple le plus caractéristique de ce boom agricole est la croissance de la production cotonnière.
Les nouvelles frontières du FCFA
De tous temps, la zone franc a fait l’objet de nombreuses critiques ; de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer une indépendance monétaire après l’indépendance politique. De nombreux détracteurs abordent les sujets sous un angle politique au lieu de les analyser sous ses aspects économiques. Les véritables problématiques de la convertibilité illimitée et de la parité fixe ne sont pas des survivances de la colonisation. La question fondamentale est de savoir si ces choix économiques sont favorables ou non pour le développement des États-membres, quelle que soit l’origine des mécanismes.
Le maintien d’un change fixe.
Les variations du franc jusqu’en 1999 et de l’euro depuis atténuent considérablement l’intérêt économique de la parité fixe vis-à-vis du franc ou de l’euro. Comment expliquer le rôle positif de la fixité lorsque l’euro varie entre 1,61 $ et 1,10 $ ? Le FCFA se trouve involontairement embarqué dans les choix des banques centrales américaine et européenne relatifs à leur politique de change. Une politique d’appréciation excessive de l’euro constitue certes un avantage en diminuant le coût des importations, mais handicape le développement industriel et la valorisation des spéculations agricoles.
Plus le commerce extérieur de ces pays se diversifie et ne se cantonne pas à la seule Europe, et plus ils seront vulnérables à cette volatilité. Les exportations de pétrole, matières premières et produits agricoles sont principalement libellées en dollars.
Le lien fixe avec l’euro fait du FCFA une variable collatéral de la relation entre l’euro et le dollar. Quand 1€ = 1,61$, cela donne 1FCFA = 0,00245$. Mais, quelques temps plus tard, 1€ = 1,1$, cela donne 1FCFA = 0,001677$ ; cette évolution en quelques mois a constitué une dévaluation involontaire de plus de 30 %. Ainsi, le FCFA subit les fortes variations entre l’euro et les autres devises, et plus particulièrement le dollar. Alors que la parité fixe avec l’euro le FCFA est censée le préserver de la volatilité des changes, il se retrouve totalement impliqué par ces variations.
Cela est totalement préjudiciable à son développement. Si on continue de considérer que la parité fixe constitue une bonne stratégie pour le développement économique, il conviendrait alors d’abandonner la seule référence à l’euro, et de déterminer la parité par rapport à un panier de deux devises, l’euro et le dollar, ou de trois devises en ajoutant le yen, ou en recourant au DTS…

Au-delà de ce sujet fondamental de la parité fixe, de nombreuses frontières pourraient être dépassées pour un meilleur fonctionnement de la zone franc : le développement des relations entre les trois zones monétaires, le développement de la titrisation par les banques centrales, L’augmentation du nombre de pays concernés...

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

La bonne nouvelle, pour ceux qui l'ignoraient ou l'auraient oublié, c'est qu'il existe encore une zone Franc ! La mauvaise, c'est qu'elle n'est réservée qu'à Afrique !
Après, il faut s'accrocher pour lire cet article ! Que veut dire exactement une phrase comme : "C'est un avantage exceptionnel susceptible pour le développement économique", ou comme : "Mais le mécanisme n'a jamais pas limité à ces seules entreprises..." ?
D'accord, je chipote car on comprend bien que le FCFA, garanti par le Trésor français, permet le maintien des investissements français et même étrangers en Afrique.
Seule ombre au tableau cette parité fixe entre FCFA et l'Euro. Il faudrait déterminer la parité par rapport à deux ou même trois devises ou recourir au DTS. DTS ? Sauf erreur de ma part, Monsieur Zerah à jugé inutile de nous dire de quoi il s'agissait.