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jeudi 24 novembre 2016

Les leçons du scrutin des primaires de droite



LES LEÇONS DU SCRUTIN DES PRIMAIRES DE DROITE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            

          L’analyse à froid des résultats du premier tour des primaires de la droite permet d’apporter une vision différente du scrutin.
Jean-François Copé a été sanctionné pour avoir truqué l’élection à la tête du parti et d’avoir volé le poste de leader de l’UMP à François Fillon. Par ailleurs, l’affaire Bygmalion lui a été fatale. Il a donc été victime d’une exigence de morale de la part des électeurs, ce qui est rare en politique; on n’aime pas les voleurs ni les tricheurs.



Pour Bruno Le Maire ce fut la déroute alors qu’il avait été annoncé comme le troisième homme de cette primaire. Il termine avec 2,4% des voix, un échec pour l’homme du «renouveau». Le candidat était trop pressé et il a mal interprété son résultat honorable face à Nicolas Sarkozy lors de l’élection à la présidence de l’UMP en 2014. Il a certes labouré la France pour installer un réseau de soutiens mais il a seulement trouvé un nouvel espace politique. Son argument d’être le seul à symboliser la jeunesse a été balayé lorsque Nathalie Kosciusko-Morizet, la plus jeune candidate, est entrée en campagne, lui enlevant ainsi 2,6% des voix qui lui étaient certainement destinées.  Mais il est encore trop jeune en politique et sa référénce reste sa carrière dans les cabinets ministériels. Par ailleurs il n’a pas fait preuve de personnalité marquante, à l’instar d’un Macron. Il a été écarté parce que les électeurs ont trouvé qu’il allait vite en besogne. Ils préfèrent un candidat au parcours classique non atypique : maire, député, ministre, ministre d’État ou premier ministre. Sa stratégie de campagne consistant à être offensif vis-à-vis de ses rivaux n’a pas été payante car elle ne mettait pas en avant son propre programme politique. Ainsi, les électeurs ont peu été au fait de ses propositions alors qu’ils espéraient de l’audace dans son programme pour prouver qu’il était l’homme du renouvellement. Il sort fragilisé de ces primaires et se dirige vers une traversée du désert qui lui sera bénéfique.
NKM

Nathalie Kosciusko-Morizet n’avait pas de prétention ; elle avait dit elle-même qu’elle n’avait aucune chance de figurer à une bonne place. Sa candidature avait surtout pour but de «voler» quelques voix à Nicolas Sarkozy. Sa bonne surprise fut d’arriver quatrième dans un scrutin de machos. Quel que soit le président, elle lui sera d’une bonne aide en ces temps où les femmes en politique sont recherchées, et pas seulement pour la parité.

La surprise de François Fillon peut trouver une explication originale qui ne tient forcément pas à la qualité de son programme ni à sa personnalité. Il avait avancé les propositions les plus dures, fondées sur la rigueur et sur les sacrifices et pourtant il a été adoubé par le plus grand nombre d’électeurs. Mais il pourrait s’agir d’une illusion de victoire qui entraîne un scrutin ouvert pour le deuxième tour. 
Les électeurs étaient persuadés par les sondages qu’Alain Juppé était déjà qualifié pour le deuxième tour mais ils voulaient absolument éliminer Nicolas Sarkozy pour qu’il n’arrive qu’en troisième position. Ils ont donc choisi le vote négatif en choisissant Fillon pour qu’il arrive avant Sarkozy selon la stratégie du TSS, tout sauf Sarkozy. Il n'est pas impossible que les gens de gauche aient forcé sur le vote Fillon. Cela explique l’engouement pour Fillon subi quelques jours avant le scrutin. Cela est inhabituel dans l’histoire des élections, inhabituelle aussi cette volatilité des voix qui font passer les Français pour des instables alors qu’ils sont de parfaits stratèges. Si les électeurs de Fillon ont voté par conviction alors il gagnera au second tour. 
Un exemple des mots d'ordre pro-Fillon

Si cette théorie du vote négatif est agréée alors on peut s’attendre au deuxième tour à des flux aussi inhabituels de voix qui vont retrouver leur chemin d’origine vers Alain Juppé puisque le danger Sarkozy aura été éloigné. Tout reste donc ouvert et nul n’est au bout de surprises. Cette incertitude permettra en revanche de s’attarder un peu plus sur les programmes au cours des débats. Les Français voudront savoir à quelle sauce ils seront dévorés.
Alain Juppé et François Fillon font partie du même camp, de la droite républicaine. Ils ont côtoyé les mêmes présidents de la République. Ils ont siégé dans les mêmes gouvernements et pourtant ils se distinguent sur plusieurs points de leur programme présidentiel, de droite conservatrice et libérale. La campagne électorale n’a pas pu dérouler avec détail ce qui pouvait les rassembler ou les opposer car le nombre de prétendants, sept, ne permettait pas un échange efficace.

Ils se retrouvent sur les retraites puisqu’ils veulent repousser l’âge de la retraite jusqu’à 65 ans mais seul Juppé fixe une date d’application précise en 2026.  Pour endiguer le chômage, ils veulent encourager le retour à l’activité en réduisant les allocations de manière dégressive, dans le temps pour Juppé mais avec un plafonnement pour Fillon.
Ils veulent durcir la politique pénale en construisant 16.000 places de prison pour Fillon et 10.000 places pour Juppé.
Ils divergent sur l’emploi des fonctionnaires. Les deux veulent certes réduire les dépenses publiques de 100 milliards d’euros en cinq ans, en diminuant le nombre des 5,5 millions de fonctionnaires. Mais Fillon envisage une suppression de 500.000 postes en cinq ans, couplée à une augmentation du temps de travail à 39 heures. Juppé envisage seulement de ne pas remplacer les départs en retraite 200.000 à 300.000 en cinq ans mais maintient l’embauche de nouveaux fonctionnaires dans les secteurs les plus sensibles.
Ils s'engagent tous deux à supprimer l'impôt sur la fortune (ISF), à réduire la fiscalité des entreprises, à procéder à des coupes budgétaires drastiques et à augmenter la Tva, un point pour Alain Juppé à 21% et deux points à 22% pour son adversaire. Le taux de Tva aura bien sûr une incidence sur le pouvoir d’achat des ménages.

Juppé ne reviendrait pas sur la loi Taubira instaurant le mariage homosexuel. Fillon est plus réservé dans ses intentions car, catholique pratiquant, il a été un opposant au «mariage pour tous». Il  envisage la réécriture du texte  sur l'adoption pour éviter que la loi considère «qu'un enfant est fils ou fille, de manière exclusive, de deux parents du même sexe».
Ils divergent sur le cumul des mandats. Fillon ne touchera pas à la loi qui interdira à partir de 2017 d'être à la fois parlementaire et maire. Juppé n'exclut pas d'autoriser un cumul de deux mandats dans les petites et moyennes communes.

Ils prônent un État plus fort et une immigration contrôlée. François Fillon veut accorder 12 milliards d'euros supplémentaires pour la police et la justice et défend l'idée d'une police municipale armée. Il veut empêcher le retour en France des djihadistes partis combattre à l'étranger et leur retirer la nationalité française, tout en expulsant les étrangers appartenant à la mouvance terroriste. Alain Juppé compte de son côté mettre 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires sur le terrain, expulser les condamnés étrangers radicalisés et assigner à résidence les individus jugés dangereux. Ils veulent mettre en place des quotas pour l'immigration. Mais Alain Juppé veut imposer un durcissement des conditions d'obtention de la nationalité française tandis que François Fillon veut limiter l'accès des étrangers aux prestations sociales.
En politique étrangère, Alain Juppé veut redéfinir les règles entre les pays de l'Union européenne et Bruxelles et renforcer les contrôles aux frontières alors que François Fillon veut créer un gouvernement à la tête de l'UE. Ils divergent totalement sur la Russie. Face à la menace que représente Daesh, François Fillon veut une coalition avec les Russes et prône une association avec le régime de Bachar el-Assad pour régler la question syrienne. Alain Juppé est plus critique vis-à-vis de Moscou à qui il ne fait pas confiance et persiste à dire qu’il n'y aura pas de retour à la paix en Syrie avec Bachar el-Assad au pouvoir.

Enfin sur Israël, ils resteront fidèles à la politique gaullienne. Entre les 8 millions d’Israéliens et les 200 millions d’Arabes, l’intérêt économique de la France primera et le slogan «Israël notre ami, notre allié» restera une pure vue de l’esprit quand il s’agira des grandes décisions. 

1 commentaire:

Véronique ALLOUCHE a dit…

La surprise de François Fillon tient justement à la qualité de son programme et à l'intégrité de l'homme. Programme fait de rigueur et de pragmatisme, c'est de cela que les français souhaitent. Même s'il leur en coûte un peu d'austérité, ils sont prêts à ce sacrifice. Ils ne veulent plus de ce laxisme permanent, de ces politiciens peoples dont Hollande a fait sienne son image.
Juppé n'a que quelques jours pour redresser son très mauvais score, et de quelle facon attaque-t-il son adversaire? Sur les sujets sociétaux laissant accroire que Fillon serait contre l'avortement! Alors qu'il a mainte fois dit clairement qu'il ne reviendrait pas sur la loi Veil.... Polémique de caniveau qui ne trompera pas les français!
Quant aux électeurs de gauche, leur candidat n'étant ni Juppé ni Fillon, il serait plus judicieux et honnête pour eux de faire l'économie des 2€ dimanche prochain pour se concentrer plutôt sur leur primaire à venir!
A chacun sa famille politique.
Bien à vous
Véronique Allouche