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mercredi 30 novembre 2016

Castro, le mauvais génie des dictateurs arabes



CASTRO, LE MAUVAIS GÉNIE DES DICTATEURS ARABES

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps
           

          En exploitant son passé révolutionnaire et son image de marque liée à son succès dans le renversement du régime de Batista à Cuba, Fidel Castro avait cherché à exporter ses idées. Contrairement à ce qu’il espérait, la révolution cubaine avait eu du mal à s’implanter en Amérique Latine. Les gouvernements alliés des États-Unis, souvent issus de coups d’État, triomphaient en écrasant les mouvements révolutionnaires. L’homme, qui a été à l’initiative de tous les combats contre la CIA et qui a fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat, est mort de vieillesse dans son lit. C’était son ultime pied de nez à ceux qui avaient misé une forte somme sur sa tête.


Liesse à Miami

Il a joué le rôle de perturbateur, d’agitateur d’idées irréalistes et de mauvais génie des dictateurs arabes et africains. Il a enthousiasmé une génération d’étudiants rêveurs et naïfs, à la recherche d’un idéal parce qu’ils ne se retrouvaient plus dans l’idéologie capitaliste. Ce faisant et par opportunisme, Fidel Castro a été l’ami de tous les dictateurs arabes et africains, sans distinction, qui l’ont utilisé pour justifier l’assise de leur pouvoir illégitime. Il n’en a raté aucun et s’est accoquiné avec les plus sanguinaires. Il avait choisi cette stratégie pour s’opposer aux États-Unis, symboles d’un capitalisme corrompu selon lui. Il était devenu l’idole des gauchistes et l’icône des déshérités. Seuls les exilés cubains en Floride ont fait la fête parce que la plupart avaient été dépouillés de leur richesse et de leur statut.
Che Gevara

Fidel Castro et son ami Che Guevara avaient renversé en 1959 la dictature militaire de Fulgio Batista, soutenu par les Américains. Cette réussite de révolutionnaires déguenillés, assimilée à une victoire contre le pays le plus puissant du monde, a revigoré ceux qui combattaient les «impérialistes» dans le monde, les Britanniques et les Français. Il avait inspiré tous les combattants révolutionnaires qui, souvent musulmans, n’étaient pas gênés par les thèses du marxisme-léninisme. 
Le 29 novembre 1947, Cuba avait voté contre le plan de partage des Nations Unies pour la Palestine, puis avait ensuite reconnu l'État d'Israël de facto le 14 janvier 1949 et de jure le 18 avril 1949. A la prise de pouvoir de Fidel Castro en 1959, Cuba décida l’établissement de relations diplomatiques qui s’étaient développées dans un esprit de confiance. Fidel Castro avait même décrété un deuil officiel de trois jours dans l’île à la mort du président Yitzhak Ben Zvi, en 1963, ce qui avait provoqué la colère du président algérien Ahmed Ben Bella qui avait aussitôt annulé la visite prévue de Castro en Algérie.
Golda  Meir et Ben Zvi reçoivent l'ambassadeur cubain en 1960

Au départ, la coopération entre Cuba et Israël fut importante dans le domaine économique. La production d’agrumes et de poulets s’était développée grâce au travail des ingénieurs agronomes israéliens, envoyés par les kibboutzim. Les deux pays partageaient d’une part le sentiment d’être en «état de siège» et d’autre part la volonté résolue de peser sur le destin du monde, malgré leur taille réduite et leur faible population.
C’est au cours de la Conférence de création de la Tricontinentale, qui s’est tenue en janvier 1966, que la position castriste commença à évoluer dans un sens hostile à l’État d’Israël. Dans son message apocalyptique adressé à la Tricontinentale, Che Guevara avait pris parti en faveur des «pays progressistes» de la zone du Moyen-Orient contre Israël qui était accusé d’être «appuyé par les impérialistes». Cuba avait refusé, malgré la pression arabe, de rompre avec Israël. Il avait cependant envoyé des troupes pour lutter contre Israël pendant la guerre d’usure (1967-70) et avait également rejoint les forces expéditionnaires pendant la guerre de Kippour de 1973 pour mettre fin aux relations diplomatiques avec Israël, la même année.
Ricardo Alarcon et Castro

L’armée et les services secrets cubains avaient pourtant une grande admiration pour le Mossad et Tsahal. Cela n’a pas empêché le principal porte-parole du régime à l’époque, Ricardo Alarcon, alors ambassadeur permanent à l’ONU, de dénoncer «l’agression armée contre les peuples arabes et l’attaque surprise à la manière nazie». Mais Castro lui-même avait déclaré en 1967 à l’hebdomadaire français Nouvel Observateur : «Les vrais révolutionnaires ne menacent jamais d’exterminer un pays entier, en l’occurrence l’État d’Israël». Au sein de l’intelligentsia cubaine, Israël faisait débat car les généraux étaient favorables à Israël tandis que les dirigeants politiques prônaient la rupture des relations diplomatiques pour coller au mieux à l’Union soviétique. Leur influence fut néfaste puisque Fidel Castro entra dans le rang russe pour combattre le sionisme.
Castro et Arafat

Cuba, qui avait maintenu des contacts secrets avec les Palestiniens, officialisa ses relations avec les mouvements palestiniens. Yasser Arafat fut reçu à Cuba en chef d’État en novembre 1974, la même année où le chef de l’OLP avait brandi un rameau d’olivier à la tribune de l’Onu. Tous les membres cubains du bureau politique du parti et du gouvernement avaient accueilli Yasser Arafat au pied de la passerelle. Les rivaux d’Arafat, George Habache et Nayef Hawatmeh, firent eux aussi le voyage de La Havane. Il ne s’agissait plus de discours stériles ou de promesses mais d’actes concrétisés par l’envoi d’armement et de conseillers. Les Cubains circulaient alors librement dans les camps palestiniens du Liban tandis que des guérilleros latino-américains participaient à des opérations de guérilla ou de sabotage. Cuba aligna alors sa position sur celle de la Russie en condamnant Israël dans tous les forums internationaux, allant jusqu’à accuser Israël de génocide envers les Palestiniens : «un génocide semblable à celui que les nazis perpétrèrent contre les Juifs».
En souvenir du soutien de Castro au combat des Palestiniens, le FPLP (Front populaire de Libération de la Palestine) a d’ailleurs été la première organisation à pleurer son décès. Fidel Castro s’était toujours opposé au sionisme parce que, selon elle, Israël était proche de «l’impérialisme mondial et des puissances colonialistes». Cuba avait soutenu concrètement les Palestiniens en envoyant ses combattants renforcer les forces arabes pendant la guerre d’usure qui a suivi la Guerre de Six-Jours. Il avait réitéré ce soutien au cours de la Guerre de Kippour de 1973. Castro avait même un doute sur «le droit d’Israël d’exister» et pour cela, il n’avait pas rétabli de relations diplomatiques officielles.
Vidéo de Castro en Algérie

Fidel Castro s’était distingué en étant le mauvais génie de beaucoup de dirigeants africains qui le vénéraient. Il appuya l’Algérie dans son combat contre la France colonialiste à tel point que le Département d’État des États-Unis avait annoncé en 1964 que l’Algérie était «devenue, littéralement, un agréable second foyer pour les voyageurs cubains, ainsi qu’une base de première importance pour étendre l’influence cubaine en Afrique». En échange d’une aide, le FLN favorisa en Algérie l’émergence d’un socialisme inspiré des Cubains ce qui fit dire à Ben Bella en 1962 : «Castro est mon frère, Nasser est mon maître, Tito mon exemple».
Castro en Iran avec Khamenei

Comme s’il visait systématiquement les ennemis d’Israël, Fidel Castro, pétri d’athéisme d’État, développa de bonnes relations avec la République islamique d’Iran qui ne se priva pas pourtant de réprimer en 1980 tous les mouvements gauchistes d’inspiration castriste. Les Mollahs ne voyaient en lui que l’opposant au «Grand Satan». Ali Khamenei, le Guide suprême, avait marqué son amitié à l’occasion d’une réunion en 2001 avec Castro : «Vous en avez été témoin, la Révolution islamique a toujours pris le parti de Cuba lors de ses différends avec les États-Unis, car nous estimons que votre cause est juste.  Le secret de la résistance de notre révolution aux pressions exercées sur nous par l’arrogance du reste du monde, c’est la forte conviction de notre peuple, lui qui adhère à l’islam, à ses principes et à ses valeurs. D’un point de vue islamique, votre résistance aux intimidations américaines et à sa domination est méritoire. C’est pourquoi nous vous avons réservé un accueil si chaleureux aujourd’hui, lors de votre visite à l’université de Téhéran».
Castro, Kadhafi et le président du Nicaragua Daniel Ortega

Cuba a toujours joué un rôle de premier plan au Moyen-Orient pendant la Guerre froide. La République démocratique populaire du Yémen, qui fut d’ailleurs le seul pays à adopter l’idéologie soviéto-cubaine, a accueilli des centaines de soldats cubains venus renforcer l’État contre les menaces de ses voisins. Des conseillers militaires avaient aussi été envoyés en soutien à l’enclave côtière de Dhofar pour aider les militants marxistes-léninistes à lutter contre le sultanat d’Oman. En Afrique du Nord, Cuba avait aussi armé et formé le Front Polisario dans sa lutte de libération du Sahara occidental contre le Maroc.
Castro Saddam Hussein

Au Moyen-Orient, Castro avait toujours été salué par les Irakiens, et par leur leader Saddam Hussein, comme un symbole d'héroïsme. Alors que l'Irak s’était trouvé isolé économiquement et politiquement, Saddam interrogeait souvent Castro sur ses méthodes pour faire échec aux Américains dans leur volonté de mettre Cuba à genoux. Il fut l'un des mantras de Saddam qui copia les méthodes cubaines face à la pression des États-Unis. Les sanctions américaines appliquées contre Cuba avaient été vues par Saddam Hussein comme un signe de l'hégémonie et de l'arrogance de l'Amérique.
L’effondrement de l’URSS a été une catastrophe économique pour Cuba qui ne s’est pas encore remis des conséquences. Ses relations avec le Venezuela, le Nicaragua et la Bolivie, qui ont viré à gauche, n’ont pas été suivies d’effets bénéfiques. Cuba s’est entêté à maintenir son idéologie héritée du temps de la Guerre froide en ce qui concerne le Moyen-Orient. Dans une région enlisée dans la corruption et la gabegie, les anciennes luttes datant de la Guerre froide sont toujours d’actualité. Ainsi par mimétisme avec la Russie, il soutient le gouvernement de Bachar Al-Assad contre l’avis de nombreux partisans cubains.
                                                            - Sarah : "on a dépassé Ben Gourion !"
     - Bibi      "on dépassera Fidel aussi !"
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 Fidel Castro laisse au Moyen-Orient un héritage durable. Le pays est encore l’un des seuls au monde, avec la Corée du Nord, où la plus grande partie de l’économie est étatique, embourbé dans la corruption et la gabegie. La démocratie n’y règne pas alors que le renversement du régime de Batista avait pour but de l’instaurer. La censure empêche les Cubains de savoir ce qui se passe dans le reste du monde dès lors où l’accès au téléphone mobile et à l’Internet est lui strictement restreint. Sa disparition laisse espérer un retour des Cubains dans le monde libre. Comme l'a souligné si judicieusement notre confrère Etienne Caubel : «Fidel Castro sera incinéré; les Cubains verront pour la première fois à quoi ressemble une urne».  

1 commentaire:

atoilhonneur corto a dit…

J'aime bien votre conclusion
cdlt,
Corto