ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

lundi 17 octobre 2016

Dore Gold face au vide de la diplomatie israélienne


DORE GOLD FACE AU VIDE DE LA DIPLOMATIE ISRAÉLIENNE
Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps
            

          Pour des raisons de pure opportunité politique, le poste de ministre israélien des affaires étrangères n’est toujours pas pourvu. La raison officielle est qu’il est réservé à un membre du parti travailliste, le jour où il rejoindrait la coalition gouvernementale. Ce n’est pas demain la veille car un clivage existe au sein de la gauche sur l’opportunité de faire la courte échelle politique à Netanyahou. La raison officieuse tient dans la volonté du premier ministre de garder la haute main sur la diplomatie sachant que tout ministre qui fréquente, par sa fonction, les Grands de ce monde devient un concurrent redoutable en politique intérieure.


            
Arafat, Gold et Netanyahou
     Le directeur du ministère des affaires étrangères Dore Gold, numéro-2 en titre de la diplomatie israélienne, l’a appris à ses dépens alors que depuis de nombreuses années il lorgnait sur ce poste prestigieux. Mais Netanyahou a préféré l’abandon des chancelleries occidentales plutôt que de faire entrer le loup dans la bergerie. C’est la traduction même de l’exercice solitaire du pouvoir. Pourtant les états de service de Gold plaident en sa faveur car, en tant que citoyen américain né aux États-Unis, il était très connu des milieux diplomatiques américains. Il fut d’ailleurs conseiller de Netanyahou en 1996 au cours de son premier mandat et servit comme ambassadeur d'Israël auprès des Nations Unies, de 1997 à 1999.

         Il a ensuite sillonné le monde pour porter la voix d’Israël, à la Chambre des Communes en Grande-Bretagne. Très récemment il s’est rendu au Tchad et en Guinée au lendemain de la reprise des relations diplomatiques car il était partisan d’ouvrir Israël à l’Afrique.
Dore Gold en Guinée

Après les élections de mars 2015, les experts politiques avaient jugé qu’il fallait un homme fort au ministère pour raccommoder les liens distendus avec Barack Obama. Gold était l’homme politiquement désigné pour être ministre des affaires étrangères après la parenthèse désastreuse d’Avigdor Lieberman qui avait fait l’unanimité contre lui dans toutes les chancelleries occidentales. Doré Gold fut cantonné à un rôle secondaire. Mais la surprise fut générale quand il a annoncé, le 13 octobre, son départ d’un poste prestigieux mais insuffisamment taillé à la grandeur de ses prétentions. Les raisons familiales avancées ne sont pas crédibles pour un homme bercé par la politique. La vraie raison tient dans sa mise à l’écart dans toutes les décisions diplomatiques importantes.
Au Tchad avec le président Deby

Le malaise date de la visite de Netanyahou à l’assemblée générale de l’ONU au cours de laquelle il n’a pas été invité aux réunions avec Obama, le 21 septembre en particulier. Il analysa cette décision comme une volonté de le reléguer aux tâches secondaires. Le premier ministre lui avait préféré des hommes plus discrets, des hommes de l’ombre moins dangereux politiquement, comme l’avocat Yitzhak Molcho qui n’a aucun poste officiel dans l’organigramme israélien. Molcho a discuté avec les États de la région comme représentant personnel de Netanyahou. Il a négocié avec l’Égypte puis avec la Turquie pour parvenir, avec l’aide de Joseph Ciechanover, ancien directeur du ministère des affaires étrangères, l’accord de réconciliation.
Dore Gold s’est alors trouvé sans moyen quand le budget du ministère a subi des coupes drastiques et sans pouvoir réel lorsqu’il s’est fait doubler par Tsahi Hanegbi, Michael Oren et Miri Regev. Haaretz a raconté que le 4 octobre, aucun diplomate du ministère des affaires étrangères n’avait été invité à la réunion préparatoire de la visite de Netanyahou à l’ONU alors que les responsables de la défense étaient présents. Netanyahou leur avait répondu : «Vous n’avez pas besoin des gens du ministère des affaires étrangères puisque je suis ici». Étrange conception du partage des responsabilités qui découle de la suspicion qui règne à l’égard des hauts fonctionnaires !
David Sharan

Netanyahou semble vouloir conforter sa stratégie d’homme seul capable de tout faire sans aide extérieure. Il ne délègue plus comme s’il se méfiait de son entourage. Cette maladresse a déjà été constatée à l’occasion de la nomination de David Sharan au poste de secrétaire du gouvernement, nomination annulée semble-t-il sur ordre de Sarah Netanyahou qui craignait que son secrétaire prenne trop d’importance aux côtés de son époux. C’est une constante chez elle que d’éliminer les concurrents potentiels du leader du Likoud. Autant cela est justifié pour des concurrents politiques, autant c’est inexplicable pour des experts dont Israël a besoin. Netanyahou a peur de tous ceux qui l’entourent parce qu’il considère qu’ils travaillent tous pour sa chute.  Dore Gold aurait d’ailleurs justifié en privé son départ pour le manque de confiance de Netanyahou envers lui et les diplomates.
L’absence d’un ministre des affaires étrangères en titre est préjudiciable à l’intérêt d’Israël car il n’y a personne pour expliquer, justifier et convaincre les chancelleries du bien-fondé des positions de l’État juif sur la Cisjordanie et sur la bande de Gaza qu’on assimile toujours à une «prison à ciel ouvert» ce qui est une imposture. Or, il faut savoir marteler les arguments pour créer le doute chez nos adversaires et même nos amis. Tsahi Hanegbi n’était pas qualifié pour assister à une réunion d’États donateurs à l’Autorité palestinienne tandis que Michael Oren n’avait pas le poids d’un Dore Gold pour dialoguer d’égal à égal avec l’Allemagne et les Pays-Bas au sujet des projets envisagés à Gaza. Et pourtant ils ont été choisis à la place de Gold. À chacun son métier.
Dany Dayan

Comme s’il n’y avait pas suffisamment de cadres diplomatiques, le gouvernement a multiplié les nominations politiques. La présence d’un ministre des affaires étrangères aurait évité la bévue du refus du Brésil d’accepter un ancien dirigeant des implantations, Dany Dayan, comme ambassadeur en décembre 2015, ce qui a entraîné une dégradation des relations bilatérales.
Nombreux sont ceux qui ont l’impression que le gouvernement cherche à démanteler le ministère des affaires étrangères et que les nominations politiques à des fonctions diplomatiques poursuivent ce but. Depuis quelques années l’ambassade d’Israël en France est délaissée et placée entre les mains d’ambassadeurs qui ne parlent pas le français ou qui le dominent mal. Aucun d’eux n’est capable de tenir un débat contradictoire à la télévision face à des journalistes exigeants ou des monstres politiques palestiniens qui manient la langue de Molière avec art. On imagine le massacre d’un éventuel débat politique face à Leila Shahid. D’ailleurs le précédent ambassadeur Yossi Gal a été rarement vu à la télévision car il ne parlait pas le français et pourtant les francophones de haut niveau ne manquent pas en Israël.
Ygal Palmor

Pour permettre des nominations de complaisance, on a préféré éliminer Yigal Palmor qui, pendant dix ans a été vu dans toutes les télévisions européennes pour expliquer avec brio les guerres d’Israël. Effectivement, n’ayant pas la carte du parti, il ne méritait pas le poste. On a aussi oublié le militant fidèle du Likoud, parfait bilingue et super diplomé, le professeur Emmanuel Navon, que l'on voit dans les télévisions françaises et israéliennes. De quoi lui enlever toute envie de garder sa carte du parti.
En revanche, la collaboratrice d’Avigdor Lieberman, Aliza Bin-Noun, a eu plus de chance. On a préféré supprimer le Consulat général de Marseille qui essaimait ses diplomates de Menton à Bordeaux pour un vide sidéral alors que les élus locaux français devaient être «travaillés» pour qu’ils soutiennent Israël.
À moins que le gouvernement israélien préfère utiliser certains charlatans de la politique comme le député français Meyer Habib qui représente le Likoud en France et le gouvernement français en Israël, avec une efficacité douteuse. Son positionnement est contestable. Pour être agréable aux deux anciens présidents français, avec lesquels il a voyagé dans l’avion présidentiel pour les funérailles de Shimon Pérès, notre député ira, selon le Canard enchaîné toujours bien informé, jusqu’à mettre en garde les deux présidents «contre les écoutes téléphoniques très en vogue en Israël». La défense d’Israël est entre de bonnes mains !
Et l’on s’étonne ensuite du vote de la France à l’Unesco alors qu’il n’existait aucune force de pression israélienne à la hauteur du défi. Les organisations juives françaises ont depuis longtemps perdu de leur efficacité, voire de leur crédibilité. Il n’existe personne pour fournir des éléments convaincants au premier ministre pour prendre ses décisions. Dore Gold avait fait le diagnostic du mauvais état du ministère et voulait avoir le pouvoir de changer les choses pour au moins faire évoluer la Hasbara, la communication. Il avait besoin d’une responsabilité ministérielle pour défendre le budget du ministère alors que le premier ministre accusait les diplomates de «ne pas se battre mais de simplement signaler». Pour ajouter à cela, le premier ministre fait preuve de maladresse. Les funérailles de Shimon Pérès, organisées en toute hâte, ont été une réussite face à l’arrivée de haut dignitaires étrangers. Mais Dore Gold au ministère des affaires étrangères a été outré de ne recevoir aucun compliment à cet égard alors la ministre de la culture, Miri Regev, a été encensée par Netanyahou.  
Youval Rotem

Le remplaçant de Dore Gold, en la personne de Youval Rotem, ancien consul général à Los Angeles et ancien ambassadeur en Australie, a lui-même était surpris de ce choix. Il est loin d’avoir l’envergure diplomatique pour ce poste sauf s’il se contente d’un statut inférieur sur quelques questions de politique étrangère. Il est vrai qu’il s’agit d’un intérim mais, en Israël, il risque de durer plus longtemps que prévu.
Dore Gold ne sera pas perdu pour tout le monde. Sauf à être intransigeant dans sa fidélité à Benjamin Netanyahou, il pourrait rejoindre en politique la cohorte des déçus du Likoud avec en tête Moshé Yaalon et Gidéon Sar. La politique pourrait enfin prendre des couleurs dans les semaines à venir. 

2 commentaires:

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Ignorant tout de cette classe politico-diplomatique israélienne, vous comprendrez aisément que je ne suis pas sentie en mesure d'écrire le moindre commentaire qui eût pu intéresser quiconque.
J'attendais donc avec impatience ceux de vos commentateurs habituels. Ils ne sont pas venus.
Dans ces conditions j'espère que vous me pardonnerez de vous dire que je me suis surtout concentrée sur les portraits que vous avez publiés. Et c'est ainsi que c'est avec plaisir que j'ai considéré les petits yeux malicieux et le sourire spirituel d'Ygal Palmor et que j'ai donc été ravie de constater que vous sembliez lui accorder votre estime.

Très cordialement.

Jacques BENILLOUCHE a dit…

Chère Marianne,

Beaucoup de commentaires sans intérêt pour être publiés. Quelques uns rageurs mais souvent hors sujet pour répéter les mêmes accusations de "gauchisme".

En revanche vous avez raison, j'aime beaucoup Yigal Palmor avec qui j'ai fait de nombreuses émissions radio. C'est un homme posé, qui ne se comporte jamais en militant, qui analyse, qui explique et qui conteste parfois. N'étant pas français il parle pourtant parfaitement notre langue. Mais Lieberman et Netanyahou ne l'aiment pas. Un véritable gâchis. Un de plus.

Amicalement