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jeudi 25 août 2016

Likoud : l'ogre qui dévore ses enfants



LIKOUD : L’OGRE QUI DÉVORE SES ENFANTS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps



Il a toujours existé une similitude de parcours entre Nicolas Sarkozy et Benjamin Netanyahou au point qu’on les a qualifiés de «jumeaux politiques». Sur un point certainement, ils se ressemblent car ils ont donné à leurs épouses une place politique importante. Cecilia Sarkozy était membre des cabinets ministériels de son mari où elle avait une influence politique qui la faisait redouter de tout l’entourage de Sarkozy. Elle faisait et défaisait des carrières politiques. Elle disposait d’un bureau à ses côtés et avait été officiellement nommée conseiller technique au cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.



Cécilia ex-Sarkozy

Il n’est plus un secret pour personne que Sarah Netanyahou, à l'instar de Cécilia Sarkozy, se mêle des affaires publiques. Elle est à l’origine de la disgrâce de certains ministres, donnant l’impression aux observateurs politiques qu’elle est la personne la plus puissante d’Israël. De nombreuses étoiles montantes du parti ont eu à subir la vindicte de Sarah car elle refusait la concurrence des jeunes politiques lorgnant sur le poste de son époux. 
Ayelet Shaked et Naftali Bennett
Naftali Bennett fut le premier, en tant que directeur de cabinet du premier ministre, à souffrir de sa détestation au point de quitter en pleine gloire le parti pour tenter de ranimer le Parti National religieux en ruine. Il emporta avec lui une autre étoile montante, Ayelet Shaked, qui aujourd’hui se trouve à l’étroit au Foyer juif parce qu’il est difficile à deux fortes personnalités de cohabiter. Sans relâche après leur départ, Sarah continua à s’opposer à leur entrée dans la coalition gouvernementale sauf à des postes subalternes mais les exigences d'une constitution de majorité l'ont contrainte à avaler des couleuvres.
Matanya Ben-Artzi

Même les membres de sa famille la fuient, pour des raisons souvent opposées. Son frère ainé, Matanya Ben-Artzi, professeur de mathématiques et intellectuel spécialiste de la Bible, est devenu l’une des figures de l’ultragauche israélienne. À l’opposé son deuxième frère, Hagi Ben-Artzi, passe son temps à attaquer la «mollesse» de Netanyahou dans sa politique hésitante de construction dans les implantations. Seul le député français Meyer Habib, qui lui est redevable, trouve grâce en elle : «Pour subir ce qu’elle subit depuis vingt ans, il faut avoir le cuir solide, mais cela la touche, bien sûr. C’est de l’acharnement ».
Galia Golan

Elle serait d’ailleurs à l’origine de plusieurs décisions gouvernementales. Elle avait en effet convaincu Netanyahou, en 2011, de libérer un millier de prisonniers palestiniens en échange du Guilad Shalit. Le journal Yediot Aharonot, très critique à l’égard du premier ministre, avait trouvé une explication à l’acharnement de certains médias contre Sarah : «Bibi est très fort : il domine la classe politique israélienne de la tête et des épaules. Comme personne n’arrive à le déloger, on s’attaque à son point faible : Sarah. Et de ce côté, on a pour consigne d’y aller à fond».  Le professeur Galia Golan de IDC pense qu’il s’agit d’une ficelle politique : «Pendant qu’on brasse de l’air pour savoir si sa femme a oui ou non piqué une nouvelle crise de nerfs, on ne parle pas des vrais sujets. Qui évoque les gros points noirs de son mandat : l’isolement d’Israël sur la scène internationale ou la bombe iranienne ? Personne». 
Les jeunes leaders potentiels pensent qu’ils n’ont plus aucun avenir au Likoud. Pour se faire une place au soleil dans la politique israélienne, ils sont amenés à quitter le parti car leur carrière est bouchée. Le parti de Begin, connu pour son pluralisme et pour la force de ses échanges politiques internes, perd ses leaders et son potentiel.  Pour maintenir son leadership sur le parti, Netanyahou a été contraint d’éliminer, de neutraliser ou d’écœurer les prétendants à sa succession, sans se rendre compte qu’il créait un risque et un vide pour l’avenir de son parti s’il n’y avait pas de renouvellement de générations.
Sylvain Shalom

La liste est longue des leaders du parti qui sont partis vers d’autres cieux alors qu’ils représentaient de véritables pointures politiques. Sylvain Shalom devait recevoir, après les élections de 2009, le portefeuille des Affaires étrangères mais il risquait de faire de l’ombre à Netanyahou auprès des Grands du monde et il fut relégué au ministère du Développement du Néguev et de la Galilée et du Développement économique régional, après avoir été écarté du Cabinet de sécurité, punition extrême. 
La rumeur prétend que Netanyahou dispose de plusieurs dossiers de scandales sexuels concernant ses prétendants et qu’il menace de les exploiter. D’ailleurs la plupart de ceux qui sont tombés l’ont été sur ce genre d'accusations, souvent fantaisistes d’ailleurs. Ainsi, Sylvain Shalom, a été contraint de présenter sa démission du gouvernement et de quitter la vie publique  après avoir été accusé de harcèlement sexuel. Le 30 juin, 2016, le procureur général Avichai Mandelblit clôtura sans suite le dossier de ces allégations. Mais le mal était fait et Sylvain Shalom ne put présenter sa candidature au poste de président de l’État.
Moshé Kahlon

Moshé Kahlon, arrivé en tête des primaires du parti, était devenu trop populaire auprès des militants du Likoud. Il avait mobilisé sur son nom tous les séfarades. Sa disgrâce avait été donc planifiée et il préféra quitter le parti en 2012 pour créer sa propre structure Koulanou en 2014 qui lui permit d’obtenir 10 sièges à la Knesset.
Le jeune Gidéon Sar avait occupé le ministère de l'Éducation de 2009 à 2013 puis le ministère de l'Intérieur. Il s’était retrouvé deuxième, derrière Benjamin Netanyahou, sur la liste du Likoud pour les élections législatives de 2009. Il avait eu le tort de vouloir concourir pour le leadership du Likoud, après être arrivé à la première place aux primaires de 2012, ce qui le mit en disgrâce vis-à-vis de Sarah Netanyahou. Ainsi, comme par hasard en février 2013, il fut accusé par une lettre anonyme d'abus sexuels à l'encontre d'un membre de son cabinet. En mars, le procureur de l'État annonça que la lettre était un faux et innocenta le ministre mais il était trop tard pour lui rendre sa respectabilité.
Gidéon Saar

Comme Moshe Kahlon avant lui, il réalisa que tant que Netanyahou était premier ministre, personne n'avait aucune chance de gravir les échelons du Likoud et il utilisa l’image d’un proverbe russe disant : «seuls les champignons poussent sous les grands arbres. Rien ne pousse sous les petits arbres».  Sa démission du parti en 2014 sonna comme un coup de tonnerre pour ses partisans qui firent tout pour l’empêcher de partir. Il existait certes un profond désaccord qui lui fit dire que "les rats ne sont pas seuls à quitter le navire en perdition mais les politiciens réalistes fatigués de se battre contre le capitaine". Mais Saar n’a pas sauté le pas en se projetant ailleurs, il a gardé l’espoir de revenir comme sauveur, en héros au Likoud.
Danny Danon

          Danny Danon, ministre adjoint de la défense, avait été démis de ses fonctions le 15 juillet 2014 pour avoir fait des «déclarations irresponsables». Il prenait trop d’importance au sein du parti. Il avait affirmé que son parti, le Likoud et la coalition gouvernementale de l’époque étaient farouchement opposés à une solution à deux États. Il a depuis fait amende honorable mais a été exilé à l’étranger au poste de représentant permanent d'Israël auprès des Nations Unies où il est moins gênant pour le premier ministre.


L’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon était fréquemment cité pour prendre la tête du Likoud. Mais il avait manifesté quelques oppositions à Benjamin Netanyahou. Cela lui valut d’être écarté de son ministère. Il n’eut plus d’autre choix que de démissionner en mai 2016 pour reprendre sa liberté. Une autre perte pour le parti.
Le dernier à avoir subi les foudres du premier ministre fut Israël Katz, ministre des transports, qui se permit de contester Netanyahou. Il lui faudra beaucoup de temps pour récupérer du coup humiliant que lui a asséné Netanyahou le 17 août. Certains considèrent qu’il s’agit d’une véritable raclée.
Israël Katz

Le 16 août, le secrétariat du Likoud, l’instance suprême du parti, dirigé par Katz, avait voulu faire bouger les choses en apportant plus de démocratie au parti. Katz, militant historique du parti, était pourtant très proche de Netanyahou. Il était devenu populaire parmi les militants ce qui n’était pas du goût du premier ministre. Sarah détestait la place prépondérante qu’il prenait au sein du gouvernement et n’eut de cesse que de le provoquer pour casser la couverture médiatique dont il était l’objet. Il montrait trop à la télévision sa volonté de supplanter le premier ministre. Pour elle, il était devenu une véritable menace politique. Malgré les promesses et la victoire électorale de mars 2015, dont il était l’un des promoteurs, on lui refusa le poste de ministre des affaires étrangères sous prétexte qu’il était réservé aux travaillistes. Il resta aux transports, ce qui aggrava son amertume.


Mais le plan que Katz avait conçu au sein du secrétariat du Likoud se retourna contre lui. Il a voulu saper le pouvoir de Netanyahou en l’empêchant de nommer les cadres du parti et de décider des budgets internes.  Le vote a été une victoire que Katz eut le tort de claironner trop vite et trop fort car il montrait qu’il était devenu l’homme fort du Likoud. La réaction des Netanyahou à ce putsch fut terrible. Katz a été forcé de faire machine arrière pour ne pas être licencié du gouvernement.  
Il a rejoint ainsi la liste croissante des responsables du parti qui ont osé s’opposer au premier ministre mais qui sont vite rentrés dans le rang ou qui l’ont quitté. Le Likoud bénéficie aujourd’hui de l’atonie de l’opposition, des travaillistes en particulier, mais ce n’est pas une situation qui pourra perdurer car déjà Moshé Yaalon, Ehud Barak et Yaïr Lapid, sans oublier Gaby Ashkénazi, envisagent de combler le vide. Des personnalités politiques issues du Likoud ou de la société civile sont sur les rangs pour reprendre un flambeau éteint. Netanyahou n'est pas à l'abri d'une surprise venant d'un Brutus.   

1 commentaire:

Georges KABI a dit…

Natanyahou n'a que 67 ans. Il a encore au moins 15 a 20 ans de vie politique devant lui. Aussi, il est dans son interet (meme pas celui de Sarah) de faire le vide autour de lui-meme, et il le fait assez bien.