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jeudi 11 août 2016

Israël contre l'éradication de Daesh



ISRAËL CONTRE L’ÉRADICATION DE DAESH

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
Général Herzi Halévy

          Les analystes militaires israéliens ne réagissent pas de manière automatique face au danger lorsqu’il s’agit de traquer leurs ennemis. Ils tiennent compte de nombreux critères auxquels les non-initiés n’y pensent jamais. Ils analysent à long terme tandis que les sentiments prennent peu de place dans leurs conclusions. Ainsi aujourd’hui, au bout de leur réflexion, ils ne sont pas loin de penser que si Daesh est l’ennemi évident d’Israël et du monde occidental, il est certain que son éradication n'entre pas dans les intérêts de l’État juif ni même de l’Occident, même si paradoxalement les attentats en Europe lui sont imputés.



Les journalistes n’y sont pour rien dans cette conception sécuritaire qui a été émise par de hauts gradés de Tsahal. Des officiers généraux israéliens considèrent en effet que Daesh pourrait être le moindre mal parmi tous les maux qui touchent Israël. Le chef du renseignement militaire israélien, le général Herzi Halévy a affirmé publiquement qu’Israël ne voit pas d’un bon œil la défaite de Daesh. Ce n’est pas la première fois qu’Israël montre sa préférence pour Daesh plutôt que pour le gouvernement syrien d’Assad. Dans l’intérêt du pays, en haut lieu, on ne songe pas sérieusement à éradiquer le groupe fondamentaliste.

          En effet l’analyse stratégique est fondée sur les revers que subit Daesh ces derniers mois, une première depuis qu’ils ont proclamé leur Califat. Quelque 45.000 combattants du groupe Etat islamique ont été tués en Irak et en Syrie depuis que la coalition anti-EI, dirigée par les Etats-Unis, a commencé ses bombardements il y a deux ans, a affirmé le général américain qui la commande : «Nous estimons que sur ces 11 derniers mois, nous avons tué environ 25.000 combattants ennemis. Si on y ajoute les 20.000 que l'on estime tués précédemment, cela fait 45.000 ennemis de moins sur le champ de bataille» a affirmé le général Sean MacFarland.
          Le général Halévy a ensuite poursuivi : «Israël ne veut pas que la situation en Syrie finisse par la défaite de Daesh. Le retrait des superpuissances de la région et le fait de laisser Israël seul en face du Hezbollah et de l’Iran, qui possèdent de bonnes capacités, mettra Israël dans une position difficile. Par conséquent, nous devons faire tout notre possible pour ne pas nous retrouver dans une telle situation».
Ephraïm Inbar 

            Cette analyse n’est pas singulière puisqu’elle vient d’être reprise par le directeur Éphraïm Inbar du Centre Begin-Sadate : «l'éradication de Daesh est une erreur stratégique de premier ordre, l'Occident doit ainsi préserver les mauvais éléments dans l'organisation, qui ne concentrent pas leurs efforts dans des attaques terroristes aux États-Unis et en Europe». Les attaques que vient de subir la France sont négligeables par rapport aux éventuels effets d’une éradication totale de Daesh du Moyen-Orient. La récente réunion du Secrétaire américain à la Défense Ashton Carter avec les ministres de la Défense des pays alliés pour définir un plan d'intervention de la coalition contre Daesh afin de l'éliminer de manière décisive est donc, pour lui, une erreur stratégique.

En fait, pour Israël, un Daesh faible vaut mieux qu'un Daesh destructeur. Le raisonnement tient la route car si le groupe terroriste est éliminé de Syrie et d’Irak, les nombreux militants européens qui l’ont rejoint n’auront pas d’autre choix que de rentrer chez eux après une formation militaire et idéologique très poussée. Leur expérience acquise sur le terrain, avec une expertise des explosifs, leur permettrait d’organiser de grands attentats en Occident, en utilisant comme bases les pays européens à grande population musulmane.
C’est pourquoi la stratégie israélienne tend à éviter de «créer une diaspora terroriste en Occident» qui aura des capacités de prosélytisme pouvant mener les jeunes vers plus d'extrémisme. Le raisonnement israélien est simple et paradoxal; maintenir l’existence d’un Daesh faible signifiera automatiquement la mort de la plupart des terroristes au Moyen-Orient, sans qu’il soit nécessaire de lancer des opérations de lutte antiterroristes. L’autodestruction des djihadistes sera naturelle et elle s’exercera loin des villes occidentales et surtout loin des frontières d’Israël.

On néglige le fait que le combat à outrance contre Daesh conforte la domination de la Russie en Syrie et augmente son influence au Moyen-Orient tout en réintroduisant la Turquie dans la région avec le risque d’exacerber les tensions avec les Kurdes. La conséquence est la montée en puissance de l’Iran en Irak. C’est pourquoi Israël conteste la stratégie de consolider «l’axe du mal» Moscou-Téhéran-Damas par l’élimination de Daesh. L’État juif ne voit que des avantages quand les djihadistes affaiblissent le Hezbollah dans une guerre d’usure qui anéantit les cadres et les soldats de la milice islamiste libanaise.  On évalue à 3.000 morts au minimum le nombre de miliciens tués. Les forces de Nasrallah sont concentrées aujourd’hui en Syrie au lieu du Liban-Sud d’où elles pourraient pointer leurs missiles sur la population juive du Nord. Daesh bloque donc l’expansion de l’Iran dans la région, tout en prolongeant la durée du régime de Bachar Al-Assad. Pour Israël, l’ennemi principal reste l’Iran et son vassal le Hezbollah.
Moshé Yaalon

Ce même raisonnement a été développé par l’ancien ministre de la défense, Moshé Yaalon qui ne voit pas lui aussi Daesh comme une menace : «Le Hezbollah libanais est beaucoup plus dangereux que Daesh pour nos frontières. Nous craignons que les factions, soutenues par les Gardiens de la révolution iranienne et leurs alliés profitent de la crise syrienne pour ouvrir un nouveau front terroriste contre Israël sur les hauteurs du Golan. L’Iran est très occupé avec sa lutte en Syrie». L’Iran devenu, depuis la signature de l’accord nucléaire, un acteur incontournable sur la scène internationale, est embourbé sur les théâtres syrien et yéménite, et lutte contre Daesh ce qui ne lui laisse pas le temps de se lancer dans une aventure contre Israël. De son côté, le Hezbollah a pour priorité de défendre ses troupes contre Daesh et n’a aucun intérêt à ouvrir un front avec Israël alors qu'il enregistre de nombreuses pertes humaines.
Général Nitzan Alon

Il est vrai que la position d’Israël avait paru ambiguë lorsque le général Nitzan Alon avait donné l’impression qu'Israël quittait sa neutralité vis-à-vis de Daesh. Cette interprétation résultait du fait que l’État hébreu fournissait officiellement à la coalition internationale des informations militaires. Mais le général avait bien précisé que si l'Iran demeurait le principal ennemi d'Israël : «Nous voyons clairement Daesh comme un ennemi». En fait il n’y avait pas de tournant stratégique.
Israël n’avait montré aucune volonté d’intervention contre Daesh en Syrie en raison de son hostilité totale vis-à-vis de l'ensemble des parties qui participent à la guerre civile en cours. Mais il ne fait aucun doute qu’Israël, même à l'écart des combats, est un ennemi de longue date du régime de Bachar al-Assad, qui entretient des liens étroits avec l'Iran et soutient le Hezbollah libanais. De même, l'État hébreu se méfie de certaines factions islamistes qui combattent le régime de Damas.

Cette «neutralité» reste toutefois relative, puisque Tsahal continue ses frappes aériennes en Syrie pour éviter que l'armement sophistiqué de l'armée syrienne ne tombe entre les mains de certaines factions rebelles, et du Hezbollah en particulier. Pour toutes ces raisons, on n’entrevoit aucune possibilité pour Israël d'intervenir et de participer de manière active aux frappes contre Daesh. 

6 commentaires:

Francois Guthmann a dit…

"Mon D., gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge !"

Quand j'ai vu le titre de l'article j'ai eu comme une bouffée de 'sueurs froides'. Mais non la démonstration de Jacques Bénilouche est encore une fois limpide. En effet, nous n'avons que des ennemis en Syrie. Certains plus violents et directement impliqués, le Hezb bien sûr, d'autres plus lointains. La real politik au MO nous oblige en effet à tenter de maintenir coûte que coûte un statut quo. Mais pas au prix de la souffrance des populations civiles syriennes... C'est le seul bémol que je mettrais à cette hypothèse. Il faut absolument arrêter l'hécatombe en Syrie, près de 300.000 victimes à date et des millions de réfugiés ainsi que des millions de déplacés. Pour l'Etat d’Israël il est aussi impératif de faire preuve de Rahmanout.

Rikus a dit…

Aider de façon indirecte et discrète, les Kurdes et le Front Révolutionnaire Syrien (Front Sud) est important pour Israël mais n’offre pas de contrepoids à la menace « Iran via Assad via Hezbollah »
Si déjà on doit penser à certaines populations, le sort des Kurdes n’est pas moins honorable que celui des syriens, qui eux ont une patrie. Je ne vais pas développer mais en tant que juif je ressens pleinement la différence.
La Turquie d’Erdogan est plus qu’un problème, c’est une question.

Michel LEVY a dit…

Il serait logique de voir un état arabe sunnite à cheval sur l'Irak et la Syrie, mais un état digne de ce nom, oeuvrant pour le bien de sa population. Il faudrait bâtir quelque chose sur les ruines de DAESH, en se servant des cadres «repentis» de DAESH et non agir comme en Irak. Il serait malsain de laisser la majorité sunnite sous la coupe des chiites.

Marianne ARNAUD a dit…

Peut-être pourrait-on demander aux Juifs de François Hollande et à ceux de Donald Trump ce qu'ils en pensent ?

Bernard MEYER a dit…

Messieurs de l'Occident, vous avez donné un blanc-seing à l'Iran
sans vous préoccuper des conséquences pour Israel.

On peut faire une entière confiance aux généraux Israéliens pour la défense des citoyens. Daesh devenant, en cette période, un allié stratégique.
Bernard Meyer

Albert Schinasi a dit…

Lire L histoire D Abraham qui se trouve au milieu D une guèrre de 5 royaumes
Il refuse de se mêler mais il se trouve qu Îl séra mele A cette guèrre Ét en sortira victoirieux