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vendredi 5 août 2016

Ci-gît le parti travailliste israélien d'Herzog



CI-GÎT LE PARTI TRAVAILLISTE ISRAÉLIEN D’HERZOG
Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 


Après sa convention du 31 juillet, le parti travailliste a hypothéqué ses chances de revenir au pouvoir par la grande porte. Itzhak Herzog peut se vanter d’avoir gagné mais il s’agit d’une victoire à la Pyrrhus. C’est à se demander si les militants de gauche ne cherchent pas le suicide organisé. Une partie des militants souhaitait changer immédiatement la direction du parti mais, après le vote, il a été décidé que les élections internes n'auront lieu qu'en juillet 2017, le temps de laisser le parti s’assoupir encore plus. Le président Itzhak Herzog, par 750 voix contre 402, a réussi à neutraliser ses rivaux Shelly Yacimovich, Erel Margalit et Omer Bar-Lev qui avaient proposé la tenue de primaires en décembre 2016.



Une convention houleuse

Et pourtant la convention n’a pas été de tout repos pour Herzog qui a dû subir à son arrivée les sifflets et les huées de la part de militants qui lui ont conseillé de «rentrer à la maison» et qui l’ont comparé, au moyen de caricatures dans la salle, à Poutine ou Erdogan. C’était lui faire trop d’honneur car il n’en a pas la carrure. Dans ce brouhaha, Herzog a renoncé à s’adresser aux militants pour passer directement au vote secret sur fond de querelles intestines. Shelly Yacimovich l’accusait d’avoir des contacts avancés avec Benjamin Netanyahou pour entrer dans la coalition de droite gouvernementale.
Des échanges de noms d’oiseaux ont émaillé les interventions des dirigeants dont le comportement n’a pas été digne ce qui n’augure pas de l’avenir des luttes de clans. Herzog s’était d’ailleurs indigné : «Je ne vais pas permettre au Parti travailliste l’existence d’une culture proche de la Familia (club de supporters de l'équipe de football Beitar Jérusalem, connu pour des actes de violence et pour ses réseaux mafieux)». Eitan Cabel, partisan du président, a lui aussi marqué sa désapprobation quant au comportement des militants : «Je connais ce parti depuis des décennies mais je n'ai jamais vu quelque chose comme ça. Rien de tout cela n'a jamais eu lieu, même dans les moments les plus difficiles du parti, même dans ses luttes féroces. Nous ne nous sommes jamais comporté si bas auparavant. Mon Dieu ! Qu'avons-nous fait pour en venir là ?».
Qui a dit que nous n'étions pas une force d'opposition combative ?

Mais ces incidents n’étaient pas les premiers parce qu’il faut se souvenir du comportement inadmissible d’Ehud Barak en novembre 2004. Il s’était emparé par la force du micro pour accuser les dirigeants d’alors, Shimon Peres en particulier, de lui «jouer des sales tours». Avec ces péripéties publiques, l’on s’étonne encore que les jeunes ne soient pas tentés par la politique mais plutôt par le monde des affaires.
La victoire d’Herzog est une illusion. Il a choisi une stratégie erronée alors que son parti doit s’affirmer et marquer sa présence sur la scène politique. Pour l’instant il est atone et inaudible. Cette victoire ne lui donne aucune assurance d’être le futur premier ministre. Il ne s’est d’ailleurs jamais remis de sa défaite de mars 2015. Il aurait dû prendre exemple sur les Britanniques qui démissionnent lorsqu’ils perdent des élections.
- As-tu réglé ton réveil ?   - Oui, bonne nuit

Le résultat du vote est étonnant car il démontre qu’Herzog continue à contrôler le parti. Mais cela dénote surtout le désarroi des militants qui n’ont pas de choix nouveau et judicieux face aux mêmes chevaux de retour. Un leader charismatique nouveau manque à l’appel pour revitaliser le parti et aller à la conquête des voix de gauche et du centre qui se sont portées sur Benjamin Netanyahou. Le parti continue à faire la soupe dans les vieux pots mais les électeurs en sont las.
En fait Herzog veut gagner du temps car il est certain de perdre les prochaines primaires et certainement les prochaines élections ce qui lui enlèvera toute chance de devenir premier ministre. Il dispose donc d’une année pour négocier avec Netanyahou son entrée au gouvernement sachant que certains postes de ministres lui sont d’ores et déjà réservés, même si l’entrée d’Avigdor Lieberman le force à réduire ses prétentions s'il veut devenir ministre. 
La victoire d’Herzog ne masque pas sa mauvaise côte auprès du public israélien qui le juge trop faible pour lui confier les rênes du pays. Les sondages désastreux ne lui garantissent même pas de garder la moitié de ses 24 sièges à la Knesset. Le centriste Yaïr Lapid est au firmament et attend son heure pour devenir le principal parti d’opposition sinon le premier parti de gouvernement. Alors, perdu pour perdu, autant assurer un poste de ministre des affaires étrangères dans un gouvernement de droite. 
Les militants travaillistes ne sont pas si dupes que cela et leur vote peut s’expliquer. Ils veulent avoir eux-aussi le temps de se choisir un bon et nouveau candidat, étant déjà acquis que Yachimovich, Margalit, Amir Peretz ou Bar-Lev sont hors-course. Aucun d’eux ne serait capable de battre Benjamin Netanyahou ni de relever le parti travailliste de sa léthargie sauf à entrer dans une guerre de clans. Le parti travailliste est orphelin d’un leadership qui lui redonnerait ses couleurs d’antan.
Nétanyahou, Herzog et le chef de la liste arabe

Herzog a beau répéter qu’il est trop tard pour un partenariat avec Netanyahou, on ne le croit pas : «Cette option a été épuisée. Netanyahou a choisi de mettre en place un gouvernement de droite, un gouvernement qui promeut la peur et l’hystérie, et c’est pourquoi il parle sans cesse». En invitant Lieberman à entrer au gouvernement, le premier ministre a voulu faire pression sur Herzog pour lui faire comprendre qu’il disposait d’autres solutions de rechange.
Netanyahou n'est pas pour autant sorti de ses problèmes face à une coalition agitée et indisciplinée. Herzog pourrait être une carte pour lui. Il est soumis sans cesse à une guérilla politique de la part de Naftali Bennett, du Foyer Juif, qui conteste toutes ses décisions. Après ses attaques sur la gestion de la guerre de Gaza de 2014, il refuse le projet de réforme de l’Autorité de Radiodiffusion dans une confrontation ouverte. Il avait peu apprécié au Cabinet les propos de la ministre de la culture, Miri Regev, qui ne voyait pas l’intérêt d’une nouvelle structure : «que vaut cette régie si ce n'est pas nous qui la contrôlons ?  Si nous n'obtenons pas le contrôle de la régie, pourquoi lui donnerions-nous de l’argent ?». Il avait rétorqué que le Likoud contrôlait déjà toutes les institutions, laissant des miettes à ses partenaires.  

En fait, en cette saison d’été, il faut soutenir l’idée du ministre des finances, Moshé Kahlon, qui estime que «le gouvernement doit prendre de toute urgence des vacances sous peine d'être hospitalisé». Mais ce conseil doit aussi s’appliquer au chef de l’opposition Herzog qui risque lui, de prendre des vacances prolongées.


6 commentaires:

Elizabeth GARREAULT a dit…

Comme disait la très lucide, intelligente et parfois cruelle Françoise Giroud: "On ne tire pas sur une ambulance ".

David SILICE a dit…

Le Parti Travailliste est malade depuis déjà 30 ans (au moins). Feu mon arrière grand-père s'étranglait de rage en voyant ce que devenait son parti dans les années 1980. Le problème est le suivant : le Parti Travailliste a traité les séfarades, les yéménites et les éthiopiens comme de la merde (parlons crûment). Et ne s'est toujours pas excusé pour cela. Ajouté à cela le fait que le Parti Travailliste n'a pas compris qu'il y avait une vie en dehors de Neve Tzedek et que les olim hadashims votent massivement à droite et vous avez le cocktail parfait pour un enterrement de 1ère classe incessamment sous peu

Michel LEVY a dit…

La faiblesse de ceux qui souhaitent nous diriger est affligeante. On aimerait de l'intelligence de l'honnêteté et du charisme

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Cet article, qui pourrait se décliner dans bien des pays occidentaux - à commencer par la France - sous le titre : "Ci-gît la démocratie", en changeant le nom des politiciens, et qui au lieu de se demander : "Mon Dieu, qu'avons nous fait pour en venir là ?", devraient plutôt se dire : "Mon Dieu, qu'avons-nous pas fait, pour en être là ?"

Très cordialement.

Philippe BLIAH a dit…

Peut être que le parti travailliste n'a simplement rien à dire sachant parfaitement que sa stratégie des 2 états (dont il n'ose pas encore sortir) ne peut être appliquée mais surtout ne peut plus être vendue au public israélien.En attendant il faut bien durer, c'est ce à quoi s'emploie le pale Herzog.

zeev a dit…

Si vous observez bien ce qui ce passe en Europe, avec la montée en puissance de tous les partis populistes et d'extreme droite, les sondages tres favorables a D. Trump aux Usa, force est de constater que partout dans le monde la gauche est lamimée.
Israel n'echappe pas à cette tendance.
J'irais jusqu'a dire que le comportement de Herzog ressemble étrangement à l'autisme de Francois Hollande.