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lundi 1 août 2016

Ayelet Shaked à l'étroit au Foyer Juif



AYELET SHAKED À L’ÉTROIT AU FOYER JUIF

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps 

Ayelet Shaked à la Knesset

Des rumeurs circulent tendant à accréditer l’idée du retour de la ministre de la justice, Ayelet Shaked, au sein du Likoud. Bien qu’elle démente l’information vigoureusement, la traitant «d’absurdité», sa démarche pourrait s’expliquer à plus d’un titre. Celle qui est qualifiée de «Dame de fer» du Foyer juif avait figuré à la troisième place sur la liste Habayit Hayehudi aux dernières élections. 


Shaked et Bennett

Ayelet Ben Shaul est née le 7 mai 1976 à Tel Aviv. Après avoir obtenu un master en ingénierie électronique et informatique à l'Université de Tel-Aviv, elle a fait ses premières expériences professionnelles au service marketing de la société Texas Instruments. Son époux est pilote de chasse. Laïque, mère de deux enfants, elle habitait un appartement à Bavli à Tel-Aviv mais elle a déménagé en juin 2016 dans une villa dans les quartiers chics de Ramat-Hakhayal, au nord de Tel-Aviv.
Sur le plan politique, elle était entrée en politique comme directrice du cabinet de Benjamin Netanyahou de 2006 à 2009 et à ce titre elle avait préparé les élections législatives de 2009 auprès de Naftali Bennett avec qui elle avait créé le mouvement «Mon Israël» (Israël Sheli). Bien que nommée en 2012 coordinatrice du Likoud, elle avait choisi de démissionner du parti pour rejoindre Habayit Hayehudi (Foyer juif) aux élections de 2013 à la suite desquelles elle a été élue députée à la Knesset.

Située à la droite du Likoud, elle s’était faite remarquer par des prises de position excessives, en particulier durant l’opération Bordure protectrice contre Gaza en 2014, concernant le devenir des terroristes et de leurs proches. Elle avait en particulier préconisé «qu’Israël devrait déclarer la guerre à l'ensemble du peuple palestinien, ce qui inclut leurs personnes âgées et leurs femmes, leurs villes et leurs villages, leurs biens et leurs infrastructures». Elle souhaitait généraliser la politique de démolition des habitations palestiniennes pouvant être utilisées par les terroristes palestiniens : «Derrière chaque terroriste se tiennent des douzaines d'hommes et de femmes, sans qui il ne pourrait pas s'engager sur la voie du terrorisme. Ils sont tous des combattants ennemis et ils devraient mourir. Ceci concerne aussi les mères de ces martyrs qui les envoient à une mort certaine avec leur bénédiction. Elles devraient donc subir le même sort que leurs fils, rien ne serait plus juste. Elles devraient mourir et les maisons dans lesquelles elles ont élevé ces serpents devraient être détruites. Sinon, d'autres petits serpents y seront élevés après».
Elle a des positions extrêmes ; entière, elle ne fait pas dans la dentelle et n’a jamais cherché à moduler ses attaques acides : «Ce n’est pas une guerre contre la terreur, ni une guerre contre l’extrémisme, ni une guerre contre l’Autorité Palestinienne. La réalité est qu’il s’agit d’une guerre entre deux peuples. Qui est l’ennemi ? Le peuple palestinien. Pourquoi ? Demandez-leur, ils ont commencé». 
Son parti avait publié un projet détaillé pour «secouer la police» parce qu’elle veut plus de sécurité dans tous les secteurs en Israël. Ayelet Shaked, placée troisième de liste après être arrivée première aux primaires, avait plusieurs fois exprimé son désir d’être ministre des affaires étrangères ou ministre de l’éducation. Mais elle a été désignée ministre de la Justice pour remplacer une autre dame forte, Tsipi Livni.
Livni-Shaked

Elle avait des idées bien arrêtées qu’elle comptait mettre en application en ce qui concerne les prisonniers arabes dans les prisons israéliennes. Elle voulait réduire les avantages dont ils bénéficiaient à savoir les nombreuses visites, l’usage des téléphones portables, l’accès à des achats à la cantine et même la télévision. Elle s’était engagée à rétablir la sécurité dans «tous les quartiers de Jérusalem» et à traiter avec sévérité les clandestins africains de Tel-Aviv. Elle voulait prendre comme modèle Rudolph Giuliani, l’ancien maire de New-York, en appliquant la «tolérance zéro» comme mot d’ordre pour tout Israël.
Mais elle semblait être une erreur de casting au sein d’un parti issu du vieux PNR (parti national religieux) alors qu’elle s’autoproclame laïque. D’ailleurs le monde religieux avait émis des réserves contre cette intruse qui faisait tâche dans un milieu d’hommes à kippa. Sa vie dans les quartiers bourgeois du nord de Tel-Aviv ne la prédestinait pas à faire partie de l’élite de droite et à construire des liens forts avec les idéaux du monde sioniste religieux. En fait, bien que non orthodoxe, son éducation religieuse date de son enfance. Sa mère professeur de Bible et son père, juif traditionaliste, la conduisaient tous les samedis à la synagogue. Ensuite, ayant servi dans la brigade Golani, elle s’était rapprochée de nombreux soldats sionistes religieux qui avaient renforcé son idéologie. Durant son séjour à la base militaire de Hébron où elle était détachée, elle avait fréquenté les habitants juifs de cette ville qui ont influencé ses idées.

Le déclic, qui a eu une profonde influence dans l'élaboration de sa vision du monde et de ses vues politiques, date selon elle d’un débat auquel elle avait assisté à l’âge de huit ans entre Shimon Peres et Yitzhak Shamir. Cet échange l’avait convaincue de choisir le camp de la droite. Elle savait que son entrée dans le parti religieux avait indisposé les rabbins favorables au maintien du clivage entre femmes et hommes. Mais elle avait réussi à briser le cercle fermé masculin parce qu’elle voulait participer à la création d’un grand parti à la droite de Netanyahou, basé sur la Bible et sur les valeurs juives, ouvert aux Juifs séculiers et traditionnels qui s’identifient avec les valeurs de la communauté sioniste religieuse.
On pourrait cependant se poser la question pourquoi précisément elle a tenu à intégrer un parti religieux avec toutes les réticences qu’elle a suscitées. Ce fut un dilemme pour elle mais elle s’est justifiée en précisant que, membre du Likoud durant de nombreuses années, elle avait constaté que le parti avait tendance de plus en plus à dévier vers la gauche. Compte tenu de cette préférence idéologique, elle avait un programme consistant à développer une forte identité juive pour tous les Juifs en Israël. Elle souhaiterait que cela fasse partie du système de l'école publique nationale et pas seulement dans les écoles religieuses.

Elle avait décidé de combattre les actions de certaines organisations d'extrême-gauche et d'arrêter leur pénétration dans le pays parce que, selon elle, elles sont impliquées dans un large éventail d'activités anti-israéliennes telles que la dé légitimation des soldats de Tsahal et d'Israël dans le monde entier. C’est pourquoi, elle vient de faire voter la «loi transparence» qui oblige les ONG à préciser l'origine de leurs donations si plus de la moitié provient d'États autres qu'Israël. Par ailleurs, elle voudrait encourager les femmes à travailler, à s’impliquer dans le monde des affaires et dans la vie publique. Elle est consciente de l’existence de problèmes sociaux et elle prône de réduire les écarts socio-économiques dans la société grâce à un système d'éducation qui permet aux défavorisés de la périphérie d’avoir les mêmes chances que les enfants de Tel-Aviv.
Elle s’est donnée pour tâche de préparer une annexion déguisée de la Cisjordanie en y faisant appliquer la loi israélienne, légalisant ainsi l'inégalité entre les citoyens israéliens et les sujets palestiniens. Sa proposition risque d’instituer l'apartheid dans le code juridique du pays ce qui causera pour Israël des dommages dans l'arène internationale. Les opposants historiques au retrait, comme les anciens premiers ministres de droite Menahem Begin et Yitzhak Shamir, ne s'étaient jamais engagés dans cette voie et avaient tenu à éviter une telle mesure.

On s’étonne aussi de certains de ses combats, en particulier sa campagne contre la radio de l’armée, Galeï Tsahal, qu’elle accuse d’avoir un ordre du jour essentiellement de gauche. La charge contre la station a été reprise par le ministre de tutelle de la radio, Avigdor Lieberman. Obnubilée par son aversion pour la gauche, elle accepte cependant le paradoxe d’être une laïque qui reconnaît avoir le rabbin Ronsky comme conseiller spirituel. Comme oratrice, elle manque de fougue et peut difficilement égaler ses consœurs militantes de gauche. Enfin elle veut contrer la gérontocratie qui règne dans les grands partis. 
Rabbin Ronsky

Les rumeurs qui circulent sur sa réintégration au Likoud semblent au moins un ballon d’essai pour tester l’opinion publique et surtout les militants du parti. Il ne s’agit pas à proprement parler d’une rupture au sein de Habayit Hayehudi mais d’un conflit naturel lié à l’existence de deux fortes personnalités à la tête du parti. Les structures bicéphales finissent toujours par rencontrer des problèmes. Ayelet Shaked se trouve à l’étroit dans un petit parti qui n’est pas parvenu à décoller malgré l’arrivée de jeunes du high-tech au sommet. Les huit députés ne pèsent pas lourd dans la coalition ce qui est une raison de la déception de Shaked. Par ailleurs, pour une laïque, l’arrivée du rabbin Haim Amselem, ancien député orthodoxe du Shass, au sein du parti augure un virage plus orthodoxe alors qu’elle voulait justement l’ouvrir aux non religieux.

Mais il est un fait que l’absence d’un leader charismatique au Likoud pour remplacer Netanyahou lui ouvre de nouveaux horizons.  Elle pense qu’elle dispose de plus d’espace dans un parti historique, plus structuré, qu’elle n’a quitté que pour suivre Naftali Bennett, lequel n’a pas réussi à porter le Foyer Juif vers les sommets. En revanche son arrivée au Likoud risque de créer des étincelles avec Miri Regev, une autre dame de fer tonique, qui en plus pourrait remettre sur le tapis le conflit séfarades-ashkénazes.

Il n’est pas impossible que Netanyahou soit à l’origine des avances faites à Shaked car, en bon politicien, il verrait d’un bon œil le retour de l’enfant prodigue. En quittant le Foyer juif elle affaiblirait un parti dont le leader ne cesse d’affronter ouvertement le chef du gouvernement. En effet, Bennett est critique à l’égard du chef de la coalition, au sujet des tunnels de Gaza en particulier, et il s’oppose à l’arrivée des Travaillistes au gouvernement d’union. Sa neutralisation permettrait d’éliminer un concurrent gênant en consolidant les contours d’une coalition fragile, aujourd’hui à la merci des ministres religieux. Le poste de ministre des affaires étrangères reste toujours réservé aux éventuels nouveaux venus. 

3 commentaires:

Georges KABI a dit…

Ce serait intéressant de voir une confrontation Ayelet Shaked - Miri Reguev. Je miserai sur la première, la seconde est vraiment trop vulgaire, mais cette attitude doit refléter le niveau intellectuel de ce grand parti de droite, anti-intellectuel, exaltant les nouveaux riches comme modèle du progrès économique.

andre a dit…

Très intéressant . Ces jeunes femmes qui ont tout réussi, études, mariage,enfants,carrières professionnelles et irruption dans la scène politique, sont l'avenir du pays.
Bravo A Jack Benillouche de nous informer aussi bien.
Andre M Tribune juive

Janie Cheraki a dit…

Je trouve très démagogique d'arriver
À ces extrêmes en ce qui concernent
Les Palestiniens,POURQUOI tant de Haine !
On à tendances à faire toujours des AMALGAMES QUI NE RESOUDRA RIEN. PAR LA HAINE!