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mardi 16 août 2016

Abbas, Erdogan, Netanyahou et le Hamas



ABBAS, ERDOGAN, NETANYAHOU ET LE HAMAS

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

            
          Les retrouvailles turco-israéliennes seront certainement bénéfiques pour les Arabes de Palestine, et pour le Hamas en particulier, car la Turquie a toujours été une alliée de poids pour les islamistes de Gaza qui se revendiquent de l’idéologie des Frères musulmans à laquelle sont sensibles les Turcs. Mais il ne faut pas se méprendre, la Turquie a des arrières pensées pétrolières. La montée en puissance des islamistes et l’affaire de la flottille de Gaza avaient certes changé la situation au point de mettre le partenariat Israël-Turquie au plus mal. 



       
           Après l’idylle de plusieurs années, était venu le temps des invectives. Ainsi en visite à Tunis le 15 septembre 2011, Erdogan avait fanfaronné : «Israël ne va plus être capable de faire ce qu'il veut en Méditerranée ; vous allez voir des navires de guerre turcs dans cette mer !»
            La Turquie, ancienne alliée historique d’Israël, n’a pas perdu ses prétentions de prendre le leadership musulman et rêve d’être à nouveau un pont entre Israël et les pays arabes en incluant bien sûr les Palestiniens. Certains expliquent l’attachement d’Erdogan à Israël par ses relations privilégiées avec la communauté juive turque qui n’a jamais été la cible d’une politique antisémite ou raciste même si, au fond d’eux-mêmes, les Islamistes détestent Israël et tout ce qui est juif. 

        Mais Erdogan, qui ne peut en aucun cas être taxé d’antisémite, a la reconnaissance du ventre. Il n’a pas oublié que des membres influents de la communauté juive, en l’occurrence Yitzhak Alaton, président du groupe Alarko/Carlier, qui a de nombreux amis parmi les pontes de Washington, a financé le Parti de la Justice et du Développement pour qu'Erdogan prenne le pouvoir en 2002. 
Ehud Olmert

On se souvient aussi que la diplomatie turque avait été à l’origine, en 2008, des pourparlers entre Israël et la Syrie à Istanbul. Les premiers ministres turc, syrien et israélien y ont eu un tête-à-tête très amical alors qu'Ehud Olmert dirigeait le gouvernement. La guerre avec Gaza mit fin à ces échanges et les Turcs n’hésitèrent pas à dénoncer comme «semeur de troubles le clan russe» au sein du gouvernement hébreu. Ils qualifièrent alors Avigdor Lieberman de «tête de mule moldave». 
Des questions pétrolières ont convaincu Erdogan à renouer avec Israël. Il craint d’être mis à l’écart du projet israélo-chypriote de recherche de pétrole au nord de Chypre. À ce sujet, il avait même menacé Israël d’appuyer l’adhésion d’un État palestinien aux Nations-Unies. Les navires de guerre turcs avaient d’ailleurs pris position autour de la plateforme pétrolière gréco-israélienne pour peser sur le couple hébreu-chypriote.
Le Hamas a réagi chaudement à l’accord de normalisation entre Ankara et Jérusalem bien qu’il n’y ait eu aucune décision définitive sur la levée du blocus de Gaza. Le mouvement islamiste, grand allié de la Turquie, ne pouvait pas faire autrement. Erdogan a calmé les réticences du Hamas en envoyant à Ashdod un navire turc chargé d'aide humanitaire. 

Le chef du Hamas, Khaled Mechaal, s’est rendu en Turquie pour confirmer son appui à Erdogan en espérant  «que la Turquie continue à soutenir le peuple palestinien, à œuvrer à la levée totale du blocus et à faire pression sur l'occupant sioniste pour qu'il cesse ses agressions». En revanche le djihad islamique «refuse que toute partie arabe ou musulmane s'engage dans la normalisation avec l'ennemi sioniste mais salue tout effort arabe ou musulman visant à alléger les souffrances du peuple palestinien».
Mais la Turquie a calmé de son côté les appréhensions palestiniennes en précisant que l'accord avec Israël prévoyait la construction avec des fonds turcs d'une centrale électrique, d'une usine de dessalement et d'un hôpital à Gaza et que l’aide turque transiterait par le port israélien d'Ashdod.

Erdogan voudrait redorer son blason après l’échec du coup d’État et les purges qui ont suivi et c’est pourquoi il tente de diversifier sa politique internationale en se réinsérant dans le débat israélo-palestinien. Il a invité Mahmoud Abbas à une rencontre à la fin du mois à Istanbul pour convenir d’une attitude commune sur plusieurs questions à l’ordre du jour : la situation des Arabes à Gaza, l'initiative de paix française toujours en vigueur et le projet de l'Autorité palestinienne d’envisager des mesures contre Israël au Conseil de sécurité des Nations Unies. Mahmoud Abbas va profiter de cette occasion pour étendre son voyage régional à l'Égypte, la Jordanie, la Turquie et même la France. Les relations bilatérales sont tendues avec Abbas car il n’est un secret pour personne qu’Erdogan soutient le Hamas avec qui il se sent plus d'affinités.
Mais il semble que le voyage d'Abbas a d’autres buts politiques ; des indiscrétions font état d’une médiation turque pour l’organisation des élections municipales palestiniennes du 8 octobre 2016, auxquelles le Hamas a officiellement accepté de se présenter, sur pression de la Turquie justement. Les dernières élections tenues dans tous les territoires palestiniens, Cisjordanie et bande de Gaza, datent de 2005.   
Haniyeh avec Hanna Nasir président du CEC

Le Hamas a reçu des assurances du président Hanna Nasir de la CEC (Commission électorale centrale palestinienne) que les libertés seront préservées et que les décisions des tribunaux de Gaza vis-à-vis des résultats des élections seront respectées. Les Turcs interviendront auprès des Israéliens pour que le matériel électoral, les brochures et les urnes ainsi que le personnel de la CCE puissent entrer librement à Gaza. Le Hamas a accepté de participer aux élections municipales à Gaza et en Cisjordanie à condition de ne pas traiter directement avec les autorités israéliennes. Reste en suspens cependant la question du financement de huit millions de dollars pour la tenue des élections ; il n’est pas impossible que les Turcs fassent le geste de mettre la main à la poche.
Docteur Tholfikar Swairjo, porte-parole officiel de la branche gazaouie du FPLP

Mais un nouveau problème a surgi qui a besoin d’un arbitrage extérieur. Les forces palestiniennes de gauche ont annoncé leur intention de se présenter aux élections sur une liste unifiée composée de cinq partis, dans une tentative pour briser la polarisation aiguë entre le Hamas et le Fatah.  Les Palestiniens ont beaucoup appris des élections israéliennes qui ont vu une liste arabe unifiée gagner 13 sièges à la Knesset. Lors des élections législatives de 2006, ces factions s'étaient présentées sans succès sur des listes séparées : liste des Martyr Abu Ali Mustafa affilié au Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), liste Alternative affilié à la coalition du Front démocratique pour libération de la Palestine (FDLP), l'Union démocratique palestinienne (FIDA), le Parti du peuple palestinien (PPP) et la liste Palestine indépendante affiliée à l'Initiative nationale palestinienne (PNI). La Hamas avait ainsi battu le record des micros partis détenu par Israël.
Marwan Barghouti

Il semble aussi que Mahmoud Abbas, dont le mandat a expiré en janvier 2009, ait décidé de bouger en raison des résultats d'un récent sondage d'opinion publié par le Centre palestinien pour la politique et la recherche qui a montré que 65% des Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza souhaitaient sa démission. Mais l’élection de tout remplaçant reste subordonnée à une approbation internationale. Pour l’instant, aucun autre dirigeant palestinien n’émerge à l’exception de Marwan Barghouti, emprisonné en Israël, qui a les faveurs des militants du Fatah. 
Il y a un rejet net de Mahmoud Abbas qui, selon les Palestiniens, n'a réalisé aucun progrès notable. Il est accusé d’avoir développé l’anarchie en Cisjordanie et d’avoir abandonné la bande de Gaza au Hamas en 2007. On le voit mal, à 82 ans, se représenter à nouveau. En revanche, le candidat adoubé par l'Égypte, les Émirats arabes unis, la Jordanie, Israël et les États-Unis est sans conteste Mohamed Dahlan. 
Haniyeh, Abbas et Dahlan

Le successeur d’Abbas est soumis à un consensus régional et international. Un nouveau président doit avoir l’imprimatur des Israéliens et des Américains et cette question pourrait être tranchée par un arbitrage turc.



2 commentaires:

דוב קרבי a dit…

Erdogan pas antisémite ? En 1974, Erdogan avait écrit une pièce antisémite qui avait été jouée dans différents endroits de Turquie avant d’être retirée à la demande du parti politique auquel il appartenait, et qui craignait d’être déclaré hors-la-loi à cause de son antisémitisme. La pièce de théâtre en question décrivait les juifs de la même manière que le faisait Hitler dans ses écrits.
Dans les années 1970-80, Erdogan rejoignait un groupe musulman extrémiste qui prônait le Jihad mondial et déclarait à plusieurs reprises « que son objectif était la disparition de l’Etat d’Israël ». En 1988, époque où la Turquie était foncièrement laïque et pro-occidentale, Erdogan fut envoyé en prison pour dix mois pour « incitation contre l’Occident et les juifs ». Ce fut après qu’il ait fait sienne la célèbre déclamation des maîtres de l’islamisme turc : « Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, et les minarets nos baïonnettes ! »
Dans les années 1940, sa famille s’est engagé dans les brigades musulmanes fascistes qui aidèrent les troupes allemandes à pourchasser les juifs en Afrique du nord.

Marianne ARNAUD a dit…

Cher monsieur Benillouche,

Je viens de lire votre article et le commentaire. Je n'aurais que trois mots : Oh, la, la !
Excusez-moi de ne pouvoir m'attarder, mais nous avons ici, un épineux problème de burkini qui retient notre attention tout entière. Au point que notre Président est allé en référer au Pape aujourd'hui même. Espérons qu'il reviendra de Rome avec une solution, sinon le pire sera à craindre.

Très cordialement.