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lundi 1 août 2016

Tsahal dans la tourmente



TSAHAL DANS LA TOURMENTE

Par Jacques BENILLOUCHE

copyright © Temps et Contretemps 


Le contrôleur de l'Etat Yossef Shapira et Netanyahou
La guerre du Liban contre le Hezbollah de l'été 2006, ne finira pas de polluer l’atmosphère délétère qui touche l’armée. Les conclusions publiques de la commission d'enquête Winograd ont estimé que ce conflit a été «un grand et grave ratage. Nous avons relevé des manquements graves au plus haut niveau de l'échelon politique et militaire». Le chef d'État-major de l'époque, le général Dan Haloutz, ainsi que trois autres militaires, avaient été contraints à la démission à la suite de ce rapport. La tentative de placer un aviateur à la tête de l’armée s’est avérée une erreur quand on sait qu’en Israël la guerre restait une guerre de fantassins et de blindés.



Dan Haloutz

Depuis lors la contestation s’est amplifiée au sein de la population pour demander des comptes à Tsahal. C’est une première dans un pays qui mise tout dans son armée populaire laquelle doit faire face à des critiques destructives. Cela s’est accompagné d’une politisation de plus en plus néfaste de ce qui fut la Grande Muette. Deux députés de la coalition gouvernementale, Oren Hazan et Bezalel Smotrich, veulent soutenir le Contrôleur de l’État, Yossef Shapira, dans sa volonté de créer une commission d’enquête sur la conduite de la guerre de Gaza de 2014. Il s’agit d’une première dans un pays où l’armée est taboue.
Bezalel Smotrich

Mais ces deux députés ont des comptes à régler avec Netanyahou et ils sont prêts à tout pour satisfaire leur ego. On se demande d’ailleurs comment Hazan a pu être sur les listes du Likoud pour passer du statut de député de base à celui de vice-président de la Knesset. Ce personnage sulfureux avait un passé douteux avant d’entrer en politique. Il détenait des parts dans des restaurants et des bars qu’il abandonna avec les dettes pour s’installer en Bulgarie où il était devenu gestionnaire d’un casino de Bourgas et, selon certains, directeur de clubs de sexe. Netanyahou a tout fait pour le pousser à la démission en l’excluant de la commission des affaires étrangères et de la Défense de la Knesset mais il ne réussit qu’à aggraver sa rancune pour le forcer à se ranger parmi l’opposition.
Oren Hazan au tribunal militaire

Selon la loi, le contrôleur de l'État peut recommander le lancement d'une commission d'enquête s'il a le soutien de la majorité des membres du Comité de contrôle d'État, composé de six représentants du gouvernement, dont Oren Hazan, et cinq membres de l'opposition. Hazan a déjà annoncé qu'il votera en faveur du lancement d'une commission d'enquête pour faire basculer les chances en faveur de l'opposition. Le règlement de compte est donc en cours. Hazan a été rejoint par le ministre Naftali Bennett, leader du Foyer Juif, qui depuis quelques temps s’oppose frontalement à Netanyahou pour lui contester son poste de premier ministre. Il cherche à le déstabiliser pour mettre en doute son autorité en matière sécuritaire et, à la clef, le forcer à démissionner. 
Ces gesticulations politiques sont inquiétantes car elles touchent à présent le saint des Saints, l’institution militaire jusqu’alors toujours préservée des conflits politiques. Mais à vouloir faire preuve de trop de démocratie, on finit par déconsidèrer ce qui représente le ciment de la population israélienne. L’ennemi de Tsahal n’est plus le Hamas, le Hezbollah ou l’Iran mais cette guerre intestine qui érode la confiance de la population à son égard.
Eizenkot et Netanyahou

D’ailleurs le chef d’État-Major, le général Eizenkot, qui s’adressait à la Commission de la Défense de la Knesset, a consacré toute son intervention à fustiger les hommes politiques qui attaquent Tsahal, sans se rendre compte de la menace qu’ils font peser sur l’armée. Il a soulevé le problème du jeune Elor Azria dont l’affaire a été récupérée par les politiciens. Les avocats et la famille, appuyé par quelques nationalistes, ont choisi de faire beaucoup de bruit sur un incident qui aurait pu être traité rapidement dans le silence des travées de la Cour. Elor aurait pu plaider la panique ce qui à son âge peut s’excuser et l’affaire aurait été vite oubliée avec peu de dégâts.
Mais ses attaques contre l’armée, contre ses chefs et contre le gouvernement ont fait désordre et ont été cautionnées par Oren Hazan qui veut à tout prix la chute de Netanyahou. L’ancien député Eli Yishaï s’est joint à la curée pour anticiper ses propres élections en se préparant une réserve de voix parmi les Tunisiens et les francophones orthodoxes. La politique a pris le pas sur l’intérêt suprême du pays tandis que Hassan Nasrallah doit se réjouir de la rupture au sein de l’armée qui a terme, influera sur le moral des soldats. 
Eli Yishaï

C’est pourquoi Eizenkot a voulu enfoncer le clou en réveillant l’opinion publique pour la mettre face à ce qu'il considère comme la plus grande menace qui pèse sur Tsahal, devenu la cible des attaques et du dénigrement public en provenance de la droite nationaliste. Même Netanyahou s’est cru obligé d’appeler le père d’Azria comme s’il voulait s’excuser que l’armée accuse son fils de lâcheté pour avoir tué un terroriste neutralisé à terre. Cette implication du politique sur l’armée est déplorable. Même le ministre de la défense, Avigdor Lieberman, a fait volte-face en prenant fait et cause pour le soldat inculpé après l’avoir condamné, intérêt politique oblige.

Devant tant d’attaques contre Tsahal, Moshé Yaalon ne doit pas regretter sa démission d’un poste où il aurait eu à subir une telle mise en accusation de la classe politique. Pour certains, tuer un terroriste arabe, même à terre et désarmé, est légitime et justifié. Ce n’est pas la philosophie du chef d'État-major Eizenkot qui tient à maintenir la dignité de l’armée. Il a fait preuve de courage en expliquant clairement aux députés le fond de l’affaire avec une honnêteté brutale sans craindre de cibler son ministre, Lieberman, qu’il accuse de saper la confiance à l’égard de Tsahal : «De nombreuses déclarations ont été faites sans connaissance de cause afin de promouvoir certains programmes qui ne devraient pas être liés à l'armée israélienne. Nous voulons que Tsahal fonctionne selon les ordres, les règles d'engagement, l'esprit et les valeurs de l'armée israélienne. Si quelqu'un veut l'ethos d'un gang, il devrait le dire». Les attaques contre l’armée lui enlèvent «sa légitimité et ses capacités stratégiques». Il s’est imposé la mission de réveiller la société israélienne pour qu’elle comprenne son cri.  
Moshé Yaalon a abondé dans le sens d’Eizenkot en qualifiant Lieberman de «chef de gang» pour avoir défendu le soldat de Hébron. Il ne regrette pas d’avoir réprimandé le sergent Azria jugé pour le meurtre du palestinien neutralisé. Il a conseillé aux politiciens de laisser le tribunal militaire faire son travail et ne pas «décider eux-mêmes du sort d’Azria. L’échelon politique, et surtout le ministre de la Défense, ne doivent pas être autorisés à décider du sort du soldat, encore moins avant que le processus juridique ne soit fini». Yaalon et un certain nombre d’autres responsables militaires ont défendu la décision de l’armée de poursuivre le responsable d’un meurtre incompatible avec les valeurs de l’armée.
Tsahal se retire de Gaza

Yaalon a critiqué la direction politique d’Israël qui créerait des divisions dans la société plutôt que l’unité : «Un coup contre les Arabes, un autre coup contre les résidents d’implantation, cette fois contre les gauchistes, une autre fois contre les ultra-orthodoxes, à nouveau contre la communauté gay, et maintenant les Ashkénazes et les Orientaux. D’où tirent-ils cela ? Le fait de rechercher des divisions tout le temps ?».
Tsahal ne sortira pas intact de ces gesticulations politiques au moment où il a besoin de concentrer sur lui le soutien de tous les citoyens face au danger de la région. Cela risque d’être un signal pour tous ceux qui rêvent d’éradiquer l’État d’Israël. Nous vivons en pleine inconscience.



2 commentaires:

Francois Guthmann a dit…

Gadi Eizenkot est le meilleur COS que nous ayons eu aux commandes de D'égal depuis des decennies. En sus d'un connaisseur du Hezb, de Nassralah et des dangers qu'ils font peser sur les populations du nord d'Israël. Il faut le soutenir vs les 'politicards' qui n'ont que leur carrière et leur portefeuille pour vision.

Pascale CHATELUS a dit…

Quelle tristesse de lire le soutien inconditionnel dont bénéficie cette tête brûlée d azaria..