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mardi 19 juillet 2016

Nissa la Bella par Marianne ARNAUD



NISSA LA BELLA

Un témoignage de Marianne ARNAUD



Après la guerre, c'est à Nice que ma grand'mère a décidé de revenir avec ses deux filles et leurs six enfants : trois garçons et trois filles. Elle avait été heureuse dans cette ville dans les années Trente. Le père de mes cousins, médecin fonctionnaire territorial en Indochine, était mort à Toulon en débarquant du Pasteur qui le ramenait, lui et sa famille, en France.
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Notre père, à ma sœur et à moi, était resté à Shanghai, qu'il ne quittera pour Israël qu'en 1949 à l'arrivée des Communistes. Nous le reverrons en 1951. Ma mère lui avait donné rendez-vous dans un café au bord de la vieille ville de Nice. Sa ma mère paraissait bizarrement heureuse de revoir son ancien mari, ma sœur et moi étions très embarrassées devant cet homme que nous connaissions à peine, dont on nous avait dit tant de mal, et envers qui il fallait aujourd'hui rester souriantes et polies. Je crois que cet embarras ne nous a jamais quittées. Et même par-delà la mort, je suis encore embarrassée à la pensée de mon père.
C'est donc une famille qu'on dirait aujourd'hui «traumatisée» qui débarque à Nice par ce bel été 1946. Cela faisait au moins dix ans que les deux sœurs ne s'étaient plus vues. Leurs enfants, nous deux et nos quatre cousins, ne se connaissaient pas. Ma sœur et moi, nous étions suissesses, nos cousins étaient français. Les deux grands garçons - qui avaient cinq à sept ans de plus que nous – et qui venaient de «gagner la guerre» n'avaient pas assez de mépris pour nous !

Mais bientôt nous quittions l'hôtel Chatham de la rue Alphonse Karr où nous avions tous trouvé refuge, allant chaque midi prendre notre repas dans une pension de famille de la rue de l'Hôtel des Postes, en attendant que ma grand'mère ait acheté ce grand appartement du Palladium au boulevard du Tzarevitch qui allait devenir notre maison familiale pendant plus de dix ans.
Eglise russe de Nice

Sur les immenses terrasses pleines de fleurs – où il y avait même une vigne – nous pouvions jouer à toutes sortes de jeux ou lire à l'ombre assis sur les bancs. Nous avions une vue sur l'Église russe, plus loin, le Parc Impérial, et au-delà, les collines dominées par le Mont Chauve ! Ce n'est que plus tard, quand cette beauté m'a été enlevée, que je me suis mise à y repenser, car souvent les enfants sont ainsi faits, qu'ils ne peuvent prendre la mesure de la beauté qui leur est offerte.
Dès Noël nous étions devenus de parfaits petits Niçois d'adoption. Les filles en pension chez les Sœurs de la rue Barla, les garçons chez les Frères de Sasserno. Tous les dimanches, après la messe, un des grands cousins venait nous chercher à Saint Joseph, pour nous emmener à la maison de l'autre côté de la ville, que nous traversions avec le tram N°7 jusqu'au haut de l'avenue Thiers. Si le plus grand des cousins, se tenait loin de nous dans le tram parce que nous lui faisions sans doute honte, son frère lui, qui était déjà un baroudeur de première, conservait l'argent du tram, et nous faisait traverser toute la ville, en rang par grandeur, au pas, tandis que lui scandait : une, deux, une deux... et ainsi jusqu'au pont Barla, puis boulevard Carabacel, boulevard Dubouchage, avenue Victor Hugo, rue Rossini et enfin le tout petit bout du boulevard Gambetta sous le pont de chemin-de-fer, et nous étions arrivés à la maison.
À l'adolescence, Nice n'avait plus aucun secret pour nous. Ma sœur traversait la ville sur le vélo que lui avait acheté notre père à l'occasion d'une de ses visites-éclair, pour aller voir sa meilleure amie dans le quartier Risso. Et moi, avec une autre amie, dont le père était journaliste à Nice-Matin, j'écumais les cinémas car j'avais attrapé le virus, au grand dam des bonnes sœurs.
Plage Beau Rivage

          Et nous avons encore grandi, la plage Beau-Rivage était devenue notre Q.G. C'est là que s'échafaudaient les plans de nos distractions. Irions-nous danser au Queenie, cette boîte qui périclitait et que nous avions remise à la mode ? Ou bien organiserions nous une surprise-partie chez Arziari à Corros ou chez les frères Bertagna boulevard Gambetta, dont l'un jouait si bien du piano-jazz ? Et pourquoi ne pas aller déambuler dans les rues de Juan-les-Pins, après une journée de plage à la Garoupe ?

C'est à cette époque révolue que je pensais, le cœur lourd, en écoutant «Nissa la Bella», ce matin.

1 commentaire:

Véronique ALLOUCHE a dit…

Madame, votre nostalgie est partagée par beaucoup de français qui ne reconnaissent plus aujourd'hui leur pays, quelqu'en soit la ville.
Merci pour ce joli moment de lecture. Votre passé nous fait méditer sur un avenir bien incertain....
Bien cordialement
Véronique Allouche