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jeudi 7 juillet 2016

La versatilité des marchés par Dov ZERAH



LA VERSATILITÉ DES MARCHÉS

Le point économique de Dov ZERAH



Après avoir consacré deux chroniques au Brexit, je ne ferai qu’un seul commentaire sur ce vote britannique. La semaine dernière, j’appelais votre attention sur le dévissage de la livre, et la perte de valeur des bourses mondiales, estimée à plus de 2.000 milliards$, la plus importante de tous les temps. Je considérais cette réaction des marchés excessive et que le Brexit ne justifiait pas une telle chute. Une semaine après, les marchés ont pratiquement retrouvé les niveaux d’avant le vote. Sacrés marchés ! L’incertitude occasionnée par ce résultat ne justifiait pas une telle violence des marchés.



Royaume-Uni

Le Royaume-Uni ne faisant partie ni de la zone euro, ni de l’espace de Schengen, le problème des futures relations avec l’Union européenne se limitera principalement au sujet du marché unique avec l’épineux problème des secteurs bancaire et financier. Un modèle existe, celui de l’espace économique européen entre l’Union et l’Islande, la Norvège ou la Suisse. Même si le cadre existe, cela ne signifie pas pour autant que les négociations seront faciles et courtes. Mais cela ne justifiait pas une telle volatilité des marchés. La place relative de l’économie britannique dans l’ensemble mondial ne justifiait pas de tels excès des marchés.
Comment comprendre ces yo-yo ? Quelle est la rationalité des marchés ? Que s’est-il passé entre lundi et mardi pour justifier de tels écarts ? À quoi jouent les marchés ?
À la suite des événements de ces derniers jours, certains s’interrogent sur les futures circonstances qui pourraient occasionner une réaction similaire des marchés. Est alors souvent citée l’éventuelle élection de Donald Trump en novembre. Ses déclarations sur les musulmans, les hispaniques, les femmes, et surtout ses critiques du libre-échange ont de quoi inquiéter les marchés.

Le Brexit, l’avenir très incertain du pacte transatlantique et les tendances protectionnistes aux États-Unis renforcent la contestation radicale de la mondialisation. Voilà une préoccupation pour les marchés, d’autant que le spectacle donné par les marchés depuis dix jours ne crédibilisent pas l’économie de liberté, et encore moins la mondialisation. Malgré cette incertitude, les transactions ne sont pas interrompues.
Les marchés pourraient, devraient être perturbés par les effets collatéraux des taux faibles, voire négatifs. Les taux américains à 10 ans sont inférieurs à 1,50%, ceux britanniques inférieurs à moins 0,90%, ceux français inférieurs à 0,20%. Quant aux taux japonais, ils sont à –0,25%, les allemands à -0,13%, et les suisses à -0,07%. Cette situation, résultat de l’activisme des banques centrales, favorise l’excès de liquidités, le surendettement des agents économiques au premier rang desquels les États, le bon fonctionnement des marchés obligataires, et surtout perturbent l’activité de toutes les banques et pas seulement celles de la Cité. Malgré cette épée de Damoclès, les marchés continuent de fonctionner.
Cet abondance de liquidités conduit certains États pétroliers comme l’Arabie saoudite, le Qatar ou dernièrement le Koweït à s’endetter dans le cadre de l’acclimatation de leurs signatures par les marchés. Plus généralement, l’endettement des pays émergents pourraient effrayer les marchés. Le FMI estime que la dette des entreprises des pays émergents a quadruplé entre 2005 et 2015. La récente remontée des cours des matières premières rassurent mais n’atténuent pas pour autant le poids des encours, d’autant que tous les opérateurs, et plus particulièrement le FMI s’inquiètent de l’impact d’une nouvelle remontée des taux américains sur les émergents.

Dans ce contexte de volatilité, les marchés pourraient s’inquiéter de la poursuite ou non de la politique américaine de resserrement monétaire et d’augmentation progressive des taux qui pourrait accentuer l’instabilité des marchés. Il n’en est rien, et les marchés semblent avoir dépassé cette problématique.
Et si, enfin, on examinait les fondamentaux de l’économie réelle, de la croissance économique, ces critères déterminants pour l’activité des entreprises, leurs bénéfices et leurs capacités à distribuer des dividendes. Dans ce domaine, la situation s’améliore. La croissance américaine se maintient, même si tous les opérateurs s’attendent à la fin du cycle. La reprise européenne se renforce, et le Brexit contrarie peu le mouvement. L’économie chinoise poursuit son processus de consolidation. La bonne nouvelle vient de la remontée des cours des matières premières, et surtout du pétrole, qui améliore la situation de nombreux pays dont la Russie. Nous assistons à un véritable renouveau russe dont les opérateurs et populations ont fait preuve depuis trois ans d’une formidable résilience.
Cette situation économique devrait justifier une progression plus ou moins rapide des marchés avec des variations autour d’une tendance centrale, mais certainement pas les excès post Brexit. Avec les mouvements boursiers des derniers jours, on pourrait parler de versatilité des marchés, plus que de volatilité. Selon le Littré, est versatile celui qui change, qui ne sait pas se fixer. Au-delà de cette caractéristique, la journée boursière s’ouvre à Tokyo, et tels les moutons de Panurge, toutes les Bourses suivent le mouvement jusqu’à New York.
Et dans cette chaine dominos, il n’y a aucune place qui se distingue pour introduire une rationalité dans les réactions et prises de position. Sauf à chercher délibérément des écarts pour faire des commissions et des marges, il serait temps que les opérateurs revoient leur mode opératoire.

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