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vendredi 8 juillet 2016

Israël redécouvre l'Afrique



ISRAËL REDÉCOUVRE L’AFRIQUE

Par Jacques BENILLOUCHE
copyright © Temps et Contretemps

Afrique Sub-Saharienne

          Comme l’avait écrit Dov Zerah dans une chronique dans notre site [1] : «Depuis 2004-2005, l’Afrique connait une exceptionnelle croissance de plus de 5 %, contre 2,6% dans les années 80 et 2,3% dans les années 90. L’afro optimisme a pris le pas sur l’indifférence à l’égard de ce continent, ou sur l’afro pessimisme. Les titres, qualificatifs et superlatifs ne cessent de fleurir : «L’Afrique qui gagne», «L’Afrique en émergence», «La revanche de l’Afrique», «L’eldorado du XXIème siècle», le grenier potentiel du monde, le futur atelier du monde, l’émergence du made in Africa… L’Afrique est devenue la coqueluche des responsables, des observateurs, des économistes, des investisseurs…et surtout de tous ceux qui avaient oublié l’Afrique pendant quinze ans, attirés par les lumières de l’Asie».



Dov Zerah dans son bureau de l'AFD

Le voyage de Benjamin Netanyahou pour commémorer l’opération Entebbe remet l’Afrique au goût du jour. Florissantes après leurs indépendances, les pays africains avaient réduit leurs relations à un niveau quasi inexistant pour des motifs politiques. Il faut reconnaître que l’ancien ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, fut le premier en 2009 à tenter de renouer avec ce continent en focalisant sa politique sur les questions économiques qui faisaient consensus. 
Du 2 au 10 septembre 2009, il avait visité successivement l’Éthiopie, le Kenya, le Ghana, le Nigeria et l’Ouganda pour renforcer les relations économiques avec l’Afrique dans les domaines de l’énergie, de l’agriculture, de l’irrigation, des infrastructures ou de la sécurité avec l’idée sous-jacente de combattre l’Iran qui tentait de s’y implanter.
Avigdor Lieberman en 2009

La ministre des Affaires étrangères israélienne, Tsipi Livni, avait déjà résumé à sa manière en 2007 cette question : «Le début des relations entre Israël et l’Afrique date du milieu du XXe siècle. De 1957 pour être exact, avec l’ouverture d’une représentation diplomatique au Ghana. En réalité, on pourrait dire qu’elles sont nées il y a trois mille ans, quand la reine de Saba a rendu visite au roi Salomon. Il est vrai qu’elles ont connu des hauts et des bas – elles étaient florissantes dans les années 1950 et 1960, inexistantes dans les années 1970 et renaissantes dans les années 1980 et 1990. Aujourd’hui, les relations entre Israël et la grande majorité des pays africains peuvent être qualifiées d’excellentes».
Israël se trouvait en communauté de destin avec l’Afrique puisque qu'ils avaient dû se débarrasser de la tutelle coloniale et mettre en valeur des terres arides, sans compter qu’ils avaient un passé d'esclaves. Les Israéliens ont besoin de l’Afrique pour rompre leur isolement face aux pays arabes au sein des Nations Unis. Ils souhaiteraient revenir aux années idylliques de 1960 lorsqu’Israël ouvrit plus de trente ambassades en Afrique grâce à l’envoi d’experts, à la formation d’unités militaires d’élite et à la vente d’armes. En effet, une dizaine de pays reçut une aide militaire israélienne.
Israël au Sénégal

La guerre des Six Jours de 1967 donna un coup d’arrêt à ces relations car de victime des colonialistes, Israël devint pour les Africains un État «conquérant». La guerre de Kippour de 1973 décida d’une véritable rupture avec l’ensemble des pays africains. À l’exception du Malawi, du Lesotho et du Swaziland, tous les pays avaient rompu leurs relations diplomatiques avec l’État juif qui s’était alors retourné vers l’Afrique du Sud raciste. Tout devenait motif pour condamner les Israéliens avec l’inadmissible résolution 3379 des Nations Unies assimilant sionisme et racisme, qui a depuis été annulée. La limite supportable avait été dépassée.
Au nom de la realpolitik, l’absence de relations officielles n’empêcha pas les liens économiques et surtout militaires. Dans les années 1970, Israël exportait 35% de ses armes en Afrique. Les échanges avec le Nigeria, le Kenya et le Zaïre s’étaient accrus. Les hommes d’affaires remplacèrent les diplomates dans les chancelleries. Des officines de sécurité assurèrent la protection rapprochée de certains dirigeants africains comme en Côte d’Ivoire, au Liberia, au Zaïre, au Togo et au Gabon.
Mobutu

Les accords de Camp David de 1978 ouvrirent de nouvelles perspectives et en 1982 Mobutu Sese Seko, dans l’ex-Zaïre, fut le premier à restaurer des relations diplomatiques, suivi par le Liberia (1983), la Côte d’Ivoire et le Cameroun (1986) et le Togo (1987). Pour obtenir le rapatriement des Juifs d’Éthiopie, Israël accepta de fournir des armes au dictateur marxiste Mengistu. Mais échaudé par le comportement ambigu africain, Israël préféra se tourner vers l’Europe, les États-Unis et les pays de l’ex-URSS. 
Cependant, malgré les vicissitudes des relations officielles, le secteur privé continua ses activités en particulier avec le commerce du diamant et les sociétés de sécurité souvent avec l'accord du Mossad. L’Afrique achète peu d’armement sophistiqué mais Israël reprend progressivement pied sur le continent africain. Tous les pays ont renoué leurs relations à l’exception du Mali, de la Mauritanie et du Niger.
Aujourd’hui, le business prime avant tout dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie, de la téléphonie et de la sécurité et surveillance. L’Afrique du Sud est le premier partenaire commercial d’Israël sur le continent depuis la fin de l’apartheid. 800 sociétés israéliennes y sont présentes sans aucun souci idéologique. À l’échelle du continent, les échanges sont en forte progression. Ils sont passés de 430 millions de dollars en 1990 à plus de 2 milliards en 2013. Avigdor Lieberman avait été accompagné d’une vingtaine d’hommes d’affaires dont le savoir-faire est reconnu.
visite du président kényan, Uhuru Kenyatta

Le premier ministre israélien a profité de la commémoration de l’opération Entebbe pour raviver les relations avec le Kenya, l’Éthiopie, le Rwanda et l’Ouganda. Malgré les gaffes répétées du dictateur ougandais Yoweri Museveni, Netanyahou ne lui a pas tenu rigueur pour son ignorance sur la Déclaration Balfour ni sur sa persistance à considérer Israël comme la Palestine. Intérêt diplomatique oblige. Israël refuse d’intervenir dans les affaires intérieures des États et pour preuve, on mesure l’écart existant entre la démocratie énergique du Kenya et les dictatures brutales et technocratiques du Rwanda et de l’Éthiopie mais leur taux de croissance élevé compte sur la balance. La démocratie est une notion relative en Afrique. Museveni a été au pouvoir pendant 30 ans en Ouganda comme le président Paul Kagamé au Rwanda
Netanyahou a cependant choisi une visite dans des pays qui ne sont pas les plus intimes amis d’Israël. Au contraire, leurs dirigeants s’étaient opposés à la politique israélienne bien avant leur entrée au pouvoir. Mais Israël recherche de nouveaux partenaires internationaux et s'intéresse aux économies émergentes d'Afrique qui ont besoin du type de technologie de pointe, du développement et de l'assistance sécuritaire dans lesquels Israël excelle. C’est le côté pragmatique qui ressort de cette diplomatie. Il est d’ailleurs souvent fait référence au commerce avec la Chine qui n’est pas un modèle de démocratie.
Les noms des groupes israéliens présents en Afrique sont moins connus que ceux de Dan Gertler ou Benny Steinmetz, les magnats miniers qui ont depuis longtemps considéré le continent africain comme une terre d’expansion pour Israël qui vend son expertise dans l’ingénierie, l’agronomie, l’irrigation et la sécurité. Parmi les plus gros projets en cours figure la centrale thermique au gaz naturel de Songon-Dagbé, construite à Abidjan par le groupe israélien Telemania pour un montant de 500 millions d’euros.
Les Israéliens ont longtemps dédaigné l’Afrique au profit de débouchés plus porteurs aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Chine. D’ailleurs en lisant les statistiques de l’IEICI (Institut israélien des exportations et de la coopération internationale) l’Afrique fait partie du «reste du monde» aux côtés de la Turquie, du Canada et du Brésil, un reste qui représente 24% des ventes d’Israël à l’étranger.
 En 2013, l’Afrique du Sud, le Togo, le Nigeria, l’Égypte et le Kenya ont été classés parmi les principaux partenaires commerciaux. Le Togo, classé second, a importé d’Israël pour 191 millions de dollars de dollars contre 64 millions en 2012. L’Afrique du Sud, en tête des partenaires grâce à l’industrie du diamant, a importé des produits et des biens d’équipement pour 425 millions de dollars en 2013 (dont 147 millions de diamants). Les ventes de minerais et métaux précieux de l’Afrique du Sud à Israël se sont élevées à 721 millions de dollars (dont 283 millions de diamants).
Le flux de diamants entre les deux pays s’explique parce que les diamantaires de Tel-Aviv importent des gemmes brutes et exportent des pierres taillées. Le reste des échanges concerne l’agro-technologie et les technologies de l’information, de l’énergie renouvelable et du traitement des eaux.
La balance commerciale est souvent en faveur d’Israël. Le Nigeria, qui ne vend que pour 10 millions de dollars à Israël, a importé pour 155 millions de biens israéliens en 2013 (contre 368 millions en 2012). L’Égypte a acheté pour 120 millions de biens à Israël en 2013 (contre 97 millions en 2012) et lui en a vendu pour 108 millions de dollars. Le Kenya a importé pour 91 millions de dollars (contre 120 millions en 2012), mais n’a vendu ses produits qu'à hauteur de 27 millions de dollars.
Israël dispose en Afrique d’amitiés particulières avec le Togo, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et la République démocratique du Congo (RDC) qui d’ailleurs avaient renoué avec Israël dès les années 1980, bien avant les membres de l’Union africaine qui avaient rompu en 1973.
Experts israéliens dans la vallée de Car-Car

L’assistance israélienne, qui avait débuté en Côte d’Ivoire avec Laurent Gbagbo, s’est prolongée avec Alassane Ouattara qui a maintenu ses bons rapports avec Jérusalem parce qu’il comptait Stanley Fisher, gouverneur de la Banque centrale d’Israël, parmi ses amis après l’avoir côtoyé au FMI (Fonds monétaire international). La sécurité du port autonome d’Abidjan et de l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny est assurée par des filiales de la société israélo-canadienne Visual Defence.
En septembre 2009, Avigdor Lieberman, avait privilégié les pays anglophones, en particulier ceux engagés dans la lutte contre les islamistes en Somalie. La conséquence s'exprima en juin 2012 avec une délégation de cinq gouverneurs de banques centrales africaines (Ghana, Kenya, Ouganda, Sud-Soudan, Swaziland et Zambie) qui s’est ainsi rendue en Israël afin d’avoir sa propre perception sur Israël.

2 commentaires:

Patrick PEREZ a dit…

Dans cette tournée de Mr Nethanayou en Afrique de l'Est cette image mémorable du fils d'Amin Dada à côté de la fille du commandant de Tsahal durant l'opération Entebbe.Formidable!! Mais ne pensez vous pas qu'il y a un grand absent dans cette tournée : l'Afrique du Sud?Et pourtant c'est le seul pays f'Afrique qu'El Al dessert régulièrement et aussi une importante communauté juive dans ce pays.

Anonyme a dit…

L'Afrique est constituee en plusieurs blocs. Le bloc "Afrique de l'Est" était prioritaire
compte tenu de la menace islamiste présente. Ceci dit, les autres blocs font aussi partie
de l'Agenda dont celui de "l'Afrique Australe" auquel appartient l'Afrique du Sud.