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dimanche 29 mai 2016

Sharon-Yaalon : Même combat


SHARON-YAALON : MÊME COMBAT
Par Jacques BENILLOUCHE

Copyright © Temps et Contretemps
            

          Benjamin Netanyahou a bonne mémoire et il doit se souvenir de l’épisode d’Ariel Sharon qui lui a coûté la direction du parti. L'histoire peut se répéter. Il n’est pas vain de faire un parallèle entre la carrière d’Ariel Sharon et celle de Moshe Yaalon car beaucoup de similitudes peuvent être relevées.


Sharon 1973

            Au cours des années 1950, Sharon était militant du Mapaï, le parti de gauche dominant à l'époque en Israël, l’ancêtre du parti travailliste. Par certaines de ses prises de position, Moshé Yaalon pouvait être plus considéré comme un homme de gauche plutôt que de droite. Il est né dans la banlieue populaire et ouvrière de Haïfa, à Kyriat Haïm précisément, d’un père ouvrier d’usine et d’une mère rescapée de la Shoah. Jeune, il a toujours milité dans la jeunesse travailliste sioniste «Hanoar Haoved Véhalomed» puis a ensuite rejoint le kibboutz Grofit, dans la région Arava proche d’Eilat.
            Ariel Sharon a opéré un revirement en juillet 1973 en contribuant à la création du Likoud suite à l’union des partis de droite et du centre. Bien qu’élu à la Knesset, il n’y restera qu’une année avant de la quitter pour aider dans sa tâche Yitzhak Rabin, devenu premier ministre d'Israël en 1974. Cependant, aux élections de 1977, il avait essayé de revenir au Likoud pour remplacer, en vain, Menahem Begin à la tête du parti. Sharon eut donc recours à la formation de son propre parti, Shlomtzion, qui finira par fusionner avec le Likoud le 5 Juillet 1977.  

            Chef du Likoud à partir de 1999, Sharon devint premier ministre le 7 mars 2001, puis fut reconduit aux élections législatives du 28 janvier 2003. Sa liste emporta alors un franc succès avec 38 sièges de députés en augmentation de 19 par rapport au scrutin précédent. En tant que premier ministre, il mit en œuvre en 2004-2005 le retrait israélien unilatéral de la bande de Gaza. Mais cette mesure divisa le Likoud où il fut l’objet d’attaques incessantes de la part de Benjamin Netanyahou qui lui contestait le leadership du parti. 
          Lassé par les luttes intestines, Sharon finira par le quitter pour créer le parti centriste, Kadima, le 21 novembre 2005. Quatorze des 40 députés du Likoud, ainsi qu’une partie du gouvernement, dont le vice premier ministre, le ministre de la Justice, le ministre du Tourisme, le ministre de la Sécurité intérieure, le ministre du Transport et le ministre du Travail, décidèrent de le suivre à Kadima.
            Les élections de 2006 avaient réduit le Likoud à 12 députés, nombre à peine suffisant pour que Benjamin Netanyahou soit nommé chef de l’opposition. Il avait frôlé l’échec total qui l'aurait contraint à quitter de la vie politique, face à un général ultra décoré. La mort d’Ariel Sharon lui sauva la mise.

            La similitude de la situation aurait dû faire réfléchir Benjamin Netanyahou. En lançant  son tremblement de terre avec Lieberman, il savait qu’il perdrait le soutien de l’aile modérée de son parti. De nombreux déçus du Likoud, de Koulanou et du parti travailliste pourraient rejoindre Yaalon à l’instar de l’ancien ministre Guideon Saar. Yaïr Lapid verrait d’un bon œil la disponibilité politique de ce général. L’ancien chef d’État-major Gabi Ashkenazi lorgne lui-aussi vers un poste politique tandis que Benny Kantz attend janvier 2018 pour se libérer de l’armée, un autre général dont les relations avec Netanyahou ont été exécrables. 
          Avec ce départ, le Likoud pourrait de ne pas compter dans ses rangs une pointure sécuritaire ce qui fut l’échec de la liste travailliste aux élections de 2015. D’ailleurs, l’ancien ministre de la défense, Moshé Arens, à l’origine de la carrière de Netanyahou en le nommant à Washington, a fait une analyse sévère : «Benjamin Netanyahou a fait le mauvais choix. La confiance d'une grande partie du public à l’égard du Likoud pour assurer la sécurité a été ébranlée par cette escapade récente. Un séisme politique est en perspective ».
Netanyahou, Yaalon Arens

            Les observateurs politiques ne comprennent pas la décision de Netanyahou de remplacer Moshe Yaalon par Avigdor Lieberman, l’un de ses plus farouches adversaires politiques, en lui offrant le deuxième poste le plus influent du gouvernement. Cela explique l’attaque frontale de Yaalon qui avait affirmé que «des éléments extrémistes et dangereux ont repris Israël et le mouvement du Likoud. Ce n’est plus le Likoud de Menahem Begin ni le Likoud auquel je m’étais joint. Ces éléments menacent notre maison et tout le monde à l'intérieur». C’est au mot près la même motivation de Sharon pour quitter le Likoud.
            Cette nomination a choqué, même les plus inconditionnels. Un héros de Tsahal, le lieutenant-colonel Daniel, réputé pour ses prises de position «patriotiques et nationalistes» contre les militants pro-palestiniens et les «gauchistes» s’est lâché à la télévision : «à 67 ans je ne suis plus un jeune homme. J'ai grandi dans un kibboutz près de la frontière jordanienne. J’ai labouré les champs. On m'a ordonné d'aller à l'armée, je suis allé à l'armée. On m'a conseillé de devenir officier, je suis devenu officier. Je suis devenu commandant de bataillon. Je me suis battu dans toutes les guerres. Et après ce qui s’est passé cette semaine, je sens pour la première fois dans ma vie que je ne suis pas sûr de vouloir que mes enfants restent ici ». 
            La raison de la colère du colonel s’explique par le remplacement d’un héros militaire par un ancien caporal qui a servi seulement pendant un an comme magasinier. Il n’accepte pas de donner à n’importe qui la «responsabilité de la vie des fils et des filles d'Israël». Israël est un pays différent, toujours en guerre, qui, pour ce poste stratégique, choisit d’habitude l’homme qui a le plus de qualifications professionnelles.
Tsipi Livni en 2009

            Sans le coma de Sharon, il est fort probable que la carrière de Netanyahou fût autrement. Si le premier ministre perd aujourd’hui le soutien de l’aile modérée du Likoud, il peut pousser les centristes de son parti à rejoindre un dirigeant plus charismatique, comme naguère Sharon. Sa défaite aux élections de 2009, gagnées par Tsipi Livni, est encore dans les esprits. Il ne doit son poste de premier ministre qu’à l’erreur tactique de la gagnante qui a refusé de constituer un gouvernement minoritaire qui aurait été vite rejoint par quelques  députés prêts à vendre leur âme pour un maroquin.
Sayeret matkal

            Sharon ne voyait en Yaalon que l'ancien commandant de l’unité d’élite Sayeret Matkal, qui avait personnellement dirigé l’élimination dans la banlieue de Tunis d’Abou Jihad, le bras droit d’Arafat. Ce fut l'une des opérations les plus difficiles de Tsahal, à plus de 1.500kms d’Israël. Sharon avait tout fait pour lui enlever cette image de gauche qui le poursuivait et qui était déformée. Il est vrai que sur le problème palestinien Yaalon avait pris une position iconoclaste. En octobre 2003, il avait même critiqué Sharon sur sa politique à l’égard des Palestiniens. Sur les conseils du Shabak, la sécurité intérieure, il avait demandé d’augmenter le nombre de permis de travail pour les Palestiniens et d’offrir plus d’autonomie au premier ministre de l’autorité palestinienne, Ahmed Quorei que Yaalon voyait à la place de Mahmoud Abbas.
            La guerre de Kippour de 1973 avait été révélatrice pour Yaalon qui a combattu comme officier subalterne à la guerre. Il avait été choqué par l’inconséquence des officiers généraux qui avaient ignoré les mises en garde des services de renseignements sur l’imminence d’une attaque égyptienne. C’est pourquoi il estime que les officiers doivent toujours s’exprimer, quitte à contredire le gouvernement, car certains silences sont plus dramatiques.
            Yaalon se retrouve aujourd’hui avec la même analyse que Sharon en 2005 lorsqu’il avait décidé de quitter le Likoud devenu aux yeux de Sharon trop extrémiste «dépassé par les forces qui mettent leurs propres intérêts avant ceux du pays. Je ne reconnais plus mon parti». Le pays l’avait alors entendu puisque le Likoud de Netanyahou avait été écrasé dans les urnes, et Kadima a formé un gouvernement de centre-gauche. Mais Yaalon était de nature discipliné et avait joué le jeu avec Netanyahou alors que tous les anciens généraux et les dirigeants sécuritaires n’avaient cessé de critiquer le chef du gouvernement de tous les noms d’oiseaux «faux messie, ego-maniaque, menteur pathologique, pire gestionnaire, un danger pour l’existence d’Israël, un lâche qui perd ses c… dans les moments critiques». Les critiques étaient certes sévères mais c’est le propre du langage des militaires.
            Yaalon ne se privait pas de critiques lui-aussi : «les descriptions apocalyptiques de Netanyahou de la menace iranienne en Israël sont exagérées». Il n’usait pas de langage messianique en parlant du caractère sacré de la terre ou en s’appuyant sur les promesses contenues dans la bible.  C’était un laïc qui ne s’est jamais permis de déclarations racistes contre les Arabes. Il avait un discours pragmatique : «Je ne suis pas partisan du grand Israël. J'ai soutenu les Accords d'Oslo. J'étais prêt à abandonner le territoire en échange de la paix. Mais les Palestiniens ne sont pas des partenaires pour ce genre d'affaire, du moins pas dans un avenir prévisible». Yaalon avait été réservé dans l’affaire iranienne parce qu’il avait une approche calculée de l'utilisation de la force militaire. De même, alors que pendant la guerre de Gaza de 2014, les ministres les moins expérimentés au cabinet de sécurité, Avigdor Lieberman et Naftali Bennett, avaient exigé une invasion générale de Gaza, Yaalon avait été le modérateur, suivi en cela par Tsahal.


            Sur le plan politique il est très proche du président Réouven Rivlin, observateur attentif de la politique israélienne, qui déteste les extrémistes de plus en plus populistes, et les éléments racistes au sein de l'aile droite du Likoud. Les modérés se trouvent ainsi orphelins d'un leader. Son discours autorisant les officiers supérieurs à critiquer le gouvernement en public a été son discours de démission. Il avait déjà décidé de reprendre sa liberté à la surprise de Netanyahou, persuadé de le garder au gouvernement. Ce discours a rappelé mot pour mot le discours d'un autre général célèbre, Ariel Sharon, devenu homme politique, qui, tout comme lui, avait des connexions biographiques avec le parti travailliste. Personne ne croit à sa décision de prendre «ses distances avec la vie politique». Il n’est pas homme à partir sur ce qu’il peut considérer comme un échec politique. Netanyahou risque donc de payer cher une décision peu réfléchie.   

2 commentaires:

Emmanuel DOUBCHAK a dit…

Ce dont Israël a besoin, c'est d'un leader, d'un premier ministre qui soit un mensch (en chinois dans le texte !).

Yaakov NEEMAN a dit…

Cher Monsieur Doubchak : mais vous l'avez ce mensch tant souhaité, tant désiré ! C'est celui qui occupe la fonction ô combien délicate de Premier ministre ! Bibi a parfaitement senti que la dérive "droits-de-l'hommiste" incarnée par Yaalon lors de ses déclarations à l'intention des personnels militaires conduisait -- au delà de Tsahal -- le pays à donner, encore et encore, l'avantage aux ennemis d'Israël. Il faudrait s'interroger sur la raison pour laquelle Yaalon n'a semble-t-il pas considéré la menace iranienne comme sérieuse à court terme. N'est-il pas évident que le modus vivendi des Ayatollahs est exactement le même que celui d'Hitler : on réarme le pays tout en développant une problématique antisémite et antisioniste à destination de l'opinion internationale. Or a-t-on jamais vu un ennemi du peuple juif ne pas aller jusqu'au bout de ses menaces, et ne pas tenter de satisfaire sa passion génocidaire ? L'arrivée de Liberman à de nouvelles responsabilités correspond donc à un nécessaire réalignement de la politique de défense. Reste à savoir s'il aura les moyens de faire ce qu'on attend de lui. Quand on voit la bassesse avec laquelle nombre de médias s'efforcent de discréditer l'image de Bibi, on peut être certain d'une chose : le masochisme juif se porte bien, et grâce à la parfaite soumission à l'autre -- à tous les autres -- qu'exige la démocratie (nouvelle idole) il n'est pas exclu que les belles âmes et les naïfs réussissent à conduire le navire hébreu à l'abîme. On peut alors être sûr d'une chose : les nations se livreront à un long exercice de contrition, et ils ne manqueront pas de dire le kaddish !