ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE DEPUIS JUIN 2010 - LE BEST DU BEST OFF - CLIQUER UNE IMAGE POUR LIRE OU ARRÊTER LE DEROULEMENT


ARTICLES LES PLUS LUS SUR LE SITE - Cliquer l'image pour lire ou arrêter le déroulement

 

dimanche 22 mai 2016

Orly LEVY et Moshé YAALON se rebiffent



ORLY LEVY ET MOSHE YAALON SE REBIFFENT

Par Jacques BENILLOUCHE
Copyright © Temps et Contretemps

            

          Benjamin Netanyahou, fin tacticien, a réussi à semer le trouble au sein de toutes les formations politiques israéliennes. Sa spécialité est de se trouver là où il n’est pas attendu. Il a réussi à être à l’origine d’une recomposition politique des partis puisque certaines personnalités vont retrouver leurs véritables marques après s’être fourvoyées loin de leurs convictions premières.



            La députée Orly Levy-Abecassis a refusé de jouer plus longtemps le rôle de potiche et surtout d’icône de la communauté séfarade dans un parti d’essence russophone. Elle était l’alibi d'Avigdor Lieberman qui voulait ratisser large pour amener à lui  les voix de nouveaux électeurs. Fille de David Levy, originaire du Maroc et ancien ministre Likoud des Affaires étrangères, elle lui a volé la vedette, au moins dans les medias internationaux, en devenant députée à la Knesset pour le parti Israël Beiteinou. David Levy avait profité de la volonté de Menahem Begin en 1977 de mettre fin au régime socialiste, installé depuis la création de l’État, en s’appuyant sur les communautés séfarades qui avaient été mises à l’écart de la gouvernance. Sa fille avait repris le flambeau de la famille.

            Tous les partis avaient compris que les élections de mars 2015 ne pouvaient se gagner que sur les problèmes économiques et sociaux. Avigdor Lieberman avait donc décidé de propulser sa candidate socio-économique, la députée Orly Levy-Abecassis à la seconde place de sa liste. Orly Levy, née le 11 novembre 1973, à Beit She'an, avait fait son service militaire dans l'armée de l'air israélienne et avait ensuite obtenu un diplôme en droit. Aux élections de 2009, elle avait été élue à la Knesset après avoir obtenu la sixième place sur la liste Israël Beiteinou qui avait remporté quinze sièges. Pour les élections de 2013, elle avait été candidate en 16ème place sur la liste commune Israël Beiteinou-Likoud. Elle avait alors obtenu l’une des vice-présidences de la Knesset et avait été nommée à la présidence de la Commission pour les droits des enfants. Mariée et mère de quatre enfants, Orly Levy-Abecassis vit au Kibboutz Mesilot, à quelques encablures de la frontière jordanienne, proche de la ville de Beit She'an, dont son père fut le maire de 1964 à 1977.
            Orly Levy a été à l’origine d’une proposition de loi, en février 2014, qui devait obliger le premier ministre et certains responsables politiques à prononcer un discours sur «l’état de la Nation israélienne», sur le modèle américain. Cela donnait l’occasion d’évoquer les succès et les défis de l’année passée, ainsi que les obstacles et les objectifs à atteindre pour l’année à venir. Cette règle se serait appliquée pour le chef d’État-major, le chef de la police, le président de la Cour suprême, le président de la Knesset et le chef de l’opposition. Orly voulait que les dirigeants du pays se comportent de manière responsable et transparente vis-à-vis du peuple. Effectivement, il n’y a aucune obligation actuelle pour les représentants de l’État de répondre aux questions du public.

            À la suite du rapport de l'UNICEF qui avait placé Israël au 4ème rang des pays développés concernant le taux de pauvreté chez les enfants, Orly Levy-Abecassis avait réagi : «Dans chaque classe, il y a au moins un enfant qui vit en dessous du seuil de pauvreté.  Il est inconcevable que certains élèves ne soient pas autorisés à participer aux activités scolaires, leurs parents n'ayant pas les moyens de les financer». Elle avait constaté qu’en raison du développement du paupérisme, les familles défavorisées étaient contraintes d’accepter le placement de leurs enfants dans des institutions. C'est contre cette réalité qu’elle s’est insurgée : «Un soutien versé directement aux familles serait de loin préférable afin que l'enfant puisse rester dans son cadre familial et certes moins coûteux à l'État. Il en va de la responsabilité du gouvernement et de son devoir».
            Avigdor Lieberman comptait sur les compétences sociales d’Orly pour booster sa liste désertée par tous les candidats historiques d’Israël Beiteinou qui avaient été écartés pour cause judiciaire. Par ailleurs il n’avait pas voulu rééditer l’erreur du Likoud qui avait réservé peu de places aux femmes puisque cinq seulement étaient en position éligible. Sa candidate était très discrète, préférant le social à la politique; elle occupait rarement le devant des medias politiques. Mais elle n'a jamais été récompensée alors qu'elle avait des prétentions ministérielles, ce qui est l’objectif normal d’une militante active. Elle savait qu’elle ne pourrait obtenir des résultats qu’à la tête d’un ministère social. Or depuis 2009, Lieberman ne lui avait réservé aucune place au gouvernement pour favoriser ses amis russophones.
            À l’occasion de son entrée au gouvernement cette semaine, Lieberman n’a pas jugé utile, à nouveau, de lui confier un portefeuille qu’elle méritait amplement. Elle a donc décidé de quitter son parti pour ne plus faire de la figuration ; mais elle ne sera pas perdue pour tout le monde. Avec ce départ, Israël Beiteinou laissera certainement quelques plumes aux prochaines élections certes prévues, sauf contretemps, pour l'année 2019.

            Le cas de Moshe Yaalon est nettement différent. Il a longtemps joué le rôle de «colombe» dans le Cabinet de sécurité. La démocratie israélienne fonctionne avec des règles strictes qui empêchent le premier ministre de prendre seul les décisions engageant l’avenir d’Israël. Le Cabinet de Sécurité des principaux ministres, organe suprême du gouvernement, est souverain en matière d’actions sécuritaires. Ces dernières années, le rapport de force avait changé au profit des partisans d’une attaque immédiate contre les usines nucléaires iraniennes. Mais deux personnalités du Likoud, qu’on qualifiait jusqu’alors de «faucons», Moshé Yaalon et Beni Begin étaient opposés à une action militaire contre l’Iran.
            Après les postes militaires prestigieux qu’il a occupés, Moshé Yaalon sait de quoi il parle. Il détient des informations militaires confidentielles qui justifient sa position mitigée. Pour lui il ne s’agit pas de savoir si Israël devrait attaquer l’Iran mais quand : «Mon expérience avec la guerre est qu’elle ne devrait se produire qu’en tant que dernier recours». De ce point de vue, il était sur la même ligne que l’ancien chef du Mossad, Meïr Dagan, qui estimait que l’attaque devait être menée en dernière extrémité, s’il n’y avait pas d’autre choix. Il est difficile de  penser que ces deux monstres sécuritaires s'exprimaient à la légère.
Yaalon, Netanyahou et Begin

            Moshé Yaalon n’était pas un inconditionnel du premier ministre. A fortiori, il n’avait pas apprécié la volonté de dramatisation de Benjamin Netanyahou qui, dans une comparaison douteuse pour parvenir à ses fins, voulait assimiler certains aspects de la Shoah à la menace nucléaire iranienne : «Il y a beaucoup de sensibilité implicite dans la comparaison entre 1938 et nos jours. Cette sensibilité est compréhensible. Mais il n’y a rien qui puisse être comparé à la Shoah sauf certains comportements typiques de l’Ouest que nous avons vus à la veille de la Seconde Guerre mondiale».
            Yaalon n’est pas un pacifiste et il l’avait démontré dans son opposition à Ariel Sharon lorsqu’il avait refusé le désengagement de Gaza et demandé à être relevé de son poste. Il fondait alors sa thèse sur deux stratégies : la dissuasion et la guerre soft. Selon lui, l'Iran renoncera à son programme nucléaire s'il doit choisir entre cette option ou survivre. Il était convaincu que l’Iran mettra un terme à son programme lorsque les Occidentaux et les États-Unis afficheront une fermeté en menaçant de détruire le régime s’il persistait dans son entêtement. Mais il n’était pas dupe sur les négociations car il a  appelé l'Occident à ne pas «tomber dans le panneau une nouvelle fois».
            Il est fervent partisan de la guerre cybernétique. Il préconise de contrer la menace nucléaire iranienne par le recours à de puissants virus informatiques, comme la cyber-arme Flame : «Il est justifié, pour quiconque considère la menace iranienne comme une menace significative, de prendre différentes mesures, y compris celle-là, pour la stopper». Cette déclaration à la radio militaire avait été jugée osée car elle alimentait les spéculations sur une possible implication d'Israël dans le programme informatique de destruction des systèmes de contrôle des centrifugeuses nucléaires.  Lui, au contraire, estimait que «Israël est en pointe dans les nouvelles technologies et ces outils nous offrent toutes sortes de possibilités».
Cabinet de sécurité

            Sa prise de position négative au sein du cabinet de sécurité, calquée sur celle du chef du Mossad Meir Dagan, ne  pouvaient pas être assimilées à une lâcheté face au danger car les états de service de ces deux monstres sécuritaires sont éloquents. Ils estimaient d’une part que l’Iran n’avait pas encore atteint la côte d’alerte et, d’autre part, qu’il existait des armes redoutables cybernétiques qu’il fallait d’abord utiliser avant d’envoyer à la mort nos soldats. Ce n’était pas du goût de Netanyahou qui voyait sa stratégie contestée.
            Israël a toujours fait confiance à son armée et à ses chefs parce qu'elle est une armée populaire de conscrits. Le jour où la population se mettra à douter de Tsahal, alors Israël sera véritablement en danger. Moshé Yaalon a voulu mettre le holà à une dérive qu’il estimait dangereuse pour l’unité du pays. Il défendit l’éthique et les valeurs morales de Tsahal parce que, selon Arie Avidor, il était «devenu l'ultime gardien d'une conscience morale laissée à l'abandon par un gouvernement défaillant, voire complice à l'égard de l'extrême-droite».
            Le ministre israélien de la Défense a démissionné avec fracas en remettant en cause la crédibilité de Benjamin Netanyahou : «J'ai dit au Premier ministre qu'étant donné son comportement au cours des derniers événements et mon manque de confiance en lui, je démissionnais du gouvernement et de la Knesset et je prenais mes distances avec la vie politique». Il a ensuite fustigé ces politiciens animés par «la soif de pouvoir et gouvernés par les échéances électorales plutôt que par les valeurs morales».
Bibi braque à droite et va rentrer droit dans le mur, suivi par un peuple apathique et fataliste!

            Il est vrai que, par certaines de ses prises de position, Moshé Yaalon pouvait être plus considéré comme un homme de gauche plutôt que de droite. Il est né dans la banlieue populaire et ouvrière de Haïfa, à Kyriat Haïm précisément, d’un père ouvrier d’usine et d’une mère rescapée de la Shoah. Jeune il a toujours milité dans la jeunesse travailliste sioniste «Hanoar Haoved Véhalomed» puis a ensuite rejoint le kibboutz Grofit, dans la région Arava proche d’Eilat. Il avait d’abord soutenu les accords d’Oslo puis avait «reconnu son erreur» lorsqu’il décida le 17 novembre 2008 de rejoindre le Likoud après une carrière militaire d’exception.
            Ses désaccords avec Ariel Sharon étaient notoires. Il avait ainsi publiquement accusé, durant l’été 2003, le premier ministre israélien de n’avoir pas cherché à renforcer Mahmoud Abbas, face à Yasser Arafat en refusant notamment de faire des gestes de bonne volonté à son égard qui auraient pu permettre de prolonger le cessez-le-feu qu’il avait réussi à arracher aux groupes radicaux palestiniens. Il avait ensuite émis des réserves sur le calendrier du retrait de Gaza de 2005 car il souhaitait que le plan de désengagement ne soit pas unilatéral. Sharon avait en effet déclaré : «Il est très important pour nous que ce territoire ne tombe pas aux mains du Hamas ou du Djihad islamique mais qu’au contraire l’Autorité palestinienne en prenne le contrôle».
Yehouda Glick

            Moshé Yaalon quitte la Knesset la tête haute après avoir annoncé son retrait de la vie politique. Personne ne croit à un départ politique définitif. Certains au Likoud sont déçus de sa démission parce qu’il sera remplacé à la Knesset par Yehouda Glick, défenseur de la présence juive au Mont du Temple et du droit des Juifs à venir y prier. Un activiste de plus vient renforcer les éléments d’extrême-droite du Likoud. 

http://www.i24news.tv/fr/tv/revoir/journal-du-soir/x4bjxks


2 commentaires:

Georges KABI a dit…

Orly Levy, en quittant son parti, et a cause des nouveaux reglements de la Knesset, ne pourra que terminer son mandat, isole, sans aucune possibilite de rejoindre une autre formation politique, perdant aussi le budget alloue a chaque depute pour ses activites politiques. Elle ne pourra, non plus, sieger dans aucune commission de la Knesset et sa presence ne sera notee que lors d'un vote a la Knesset.
Pour etre honnete avec elle-meme, elle devrait imiter Moshe Yaalon et annonce son depart de la Knesset et son retrait, permanent ou momomentane, de la vie politique. Cela lui permettrait aussi de mettre en chantier une nouvelle liste politique avec des objectifs sociaux et aussi bien sur des des experts militaires. En aura-t-elle, l'aura, la force? Pour l'instant, j'en doute.
Moshe Yaalon a bu la coupe jusqu'a la lie. Bibi n'aime pas qu'on lui dise "non". Tous ceux qui se sont opposes a lui ont disparu de la scene publique. Ce sera le cas de Moshe Yaalon.
Le seul qui puisse dire "non" a Bibi, sans etre inquiete, est precisement Liebermann qui a une clientele electorale tres importante qu'il sait d'ailleurs cajoler sous forme de prets, dons, rectifications de retraite, privilege sur les logements sociaux, et si il est necessaire d'agir sur la frange qui separe la legalite de l'illegalite.

janine a dit…

Je pense que tu as raison georges en ce qui concerne lieberman...hier j'ecoutais a la radio que bibi, non content d'etre premier ministré cumulait deux ou trois autres portefeuilles ministeriels .....israel serait il devenu une republique bananiere? Ce cumul est une honte pour un etat qui se veut democratique. Manque t on a ce point de personnalites politiques capables d'etre un bon ministre ou bibi a t il envie de gouverner tout seul? De mieux en mieux .......j'ai peur pour l'avenir du pays