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jeudi 26 mai 2016

Ombres chinoises par Dov ZERAH



OMBRES CHINOISES

Le point économique de Dov ZERAH

         


          Le ralentissement économique chinois se confirme. L’activité manufacturière est, en janvier, en recul pour la première fois depuis 27 mois. Avec une croissance d’environ 7 % en 2015, c’est la plus mauvaise performance depuis 25 ans. Et, pour 2016, le FMI prévoit une croissance de 6,8 %.
       Pour relancer la deuxième économie mondiale, les autorités chinoises ont fait marcher la «planche à billets», baissé les taux d’intérêt, et n’hésitent pas à pratiquer des dépréciations compétitives du yuan.


Evolution du taux du Yuan

        Cette stratégie pourrait devenir problématique et contradictoire avec celle de faire du yuan une monnaie internationalement reconnue, notamment grâce à l’introduction du yuan dans le panier du DTS, ou la création de la Banque asiatique d’investissement.
            La valeur du dollar en yuan, «la monnaie du peuple», permet d’apprécier les dévaluations compétitives sur lesquelles s’est construite la puissance chinoise : en 1980, un dollar valait 1,53 yuan ; de 1993 à 2005, il valait 8,77 yuans. Depuis, il a régulièrement baissé pour atteindre 6,15 en 2014 pour remonter depuis jusqu’à 6,50. Cela permet aussi de compenser un coût salarial en hausse régulière. Pendant les trente glorieuses, la Chine a appuyé son modèle économique sur trois dumpings : social, monétaire et environnemental.
          Ces mesures monétaires se sont accompagnées d’un plan de relance de près de 1.000 milliards€ pour le financement d’investissements publics. Il faut espérer que cette volonté des autorités de relancer la croissance va éviter de faire de 2016 une année horribilis d’autant que 2016 est aussi l’année du cinquantenaire de la révolution culturelle.

            Évincé de la Présidence à la suite de la faillite du «grand bond en avant» et de la famine qui en découla, le «Grand Timonier» a cherché à reconquérir le pouvoir. En s’appuyant sur les jeunes, il a éliminé ses opposants. Avec «son petit livre rouge», Mao Tse Toung a instrumentalisé «les gardes rouges» ; il les a mobilisés pour combattre, éradiquer les valeurs traditionnelles chinoises, les valeurs occidentales, «les quatre vieilleries».
Bouddha du temple de la source

            Ils ont installé un climat de terreur, affiché des dazibaos, détruit des statuts de Bouddha, des temples, des biens culturels, dénoncé père et mère, vandalisé des foyers, confisqué des logements…Le nombre de morts généralement avancé s’échelonne entre plusieurs centaines de milliers et plusieurs millions. Les corps des victimes flottaient sur les fleuves empourprés. Les hiérarques du parti, les fonctionnaires, les intellectuels étaient obligés de faire publiquement leur autocritique.
            Dans son fameux livre «Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera», Alain Peyrefitte a écrit que la majorité de ses interlocuteurs «ont gardé le souvenir d’un cauchemar dont l’angoisse se reflète encore dans le regard». Il faudra attendre 1976 et la mort de Mao Tse Toung pour que le chapitre soit définitivement refermé. Dix ans de troubles.
            Beaucoup d’observateurs considèrent que la Chine fait face à une nouvelle déclinaison de la révolution culturelle. Le nouveau pouvoir a lancé une campagne contre les valeurs occidentales, figure imposée de toutes les dérives maoïstes, contre les révisionnistes, la corruption…les thèmes classiques d’une reprise en main d’un pouvoir fort. Une des déclinaisons économiques de cette stratégie est l’édiction de mesures fiscales à l’égard des sociétés étrangères travaillant en Chine à partir de bases installées à Hong Kong et Singapour pour des raisons d’optimisation fiscale. Microsoft a subi en novembre dernier un redressement de 125 millions$.
            Comme il y a cinquante ans, intellectuels, réformistes, blogueurs s’inquiètent de la répression et de la reprise en main du parti, de la société. Certes, l’ouverture du pays et l’internet rendent difficile, voire impossible, la reproduction des événements des années 66-67, ou les suites des manifestations de Tien An Men de 1989. Mais, cela peut compliquer la situation chinoise et la rendre insaisissable.
Tien An Men 1989

            Entre une situation économique de plus en plus difficile, à un niveau de croissance insuffisant pour absorber l’exode rural et satisfaire des attentes de plus en plus fortes, et un contexte politique sensible, la Chine peut se retrouver confrontée à des difficultés, voire des troubles. N’oublions pas que la longue histoire de la Chine a connu des périodes de pouvoir central fort et des phases de prééminence des pouvoirs locaux, des séquences politiques agitées, mouvementées.

            Si tel devait à nouveau être le cas, alors, le monde tremblera…Pourvu que la croissance revienne rapidement, très rapidement !

1 commentaire:

Marianne ARNAUD a dit…

N'oublions pas non plus, que quelles qu'aient été les horreurs de la Révolution culturelle et ses millions de morts, il s'est trouvé en Europe occidentale plus d'une centaine d'organisations politiques soutenues par des intellectuels et journalistes de gauche telles les Brigades Rouges en Italie ou la Gauche prolétarienne de Jean-Paul Sartre en France, pour chanter les louanges de la Grande Révolution de Mao !